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Une femme regarde un écran d'ordinateur inquiète.
© Skynesher via Getty Images

Pourquoi Wikipedia est un enfer pour les femmes

Le 17 juin 2019

Wikipedia est peut-être un exemple de collaboration sur le web, mais c’est loin d’être un modèle de parité. Moins de 10 % des auteurs sont des autrices. Une étude révèle que beaucoup d’entre elles voient leur contenu rejeté et certaines se font harceler.

Wikipedia, c’est LA preuve qu’un web libre et collaboratif existe. On imagine souvent derrière cette encyclopédie de gentils internautes, prêts à travailler bénévolement pour diffuser leur savoir. Mais la communauté la plus serviable du web n’est pas sans failles. Surtout en matière de parité. Wikipedia compte 90 % de contributeurs contre seulement 9 % de contributrices et 1 % de non binaires, selon la fondation Wikimedia. Des chercheuses de l’Université de Washington ont voulu explorer les causes de cette disparité.

Contenus contestés, insécurité et harcèlement 

« Ce qui m’a frappée dans les précédentes études à ce sujet, c’est que les auteurs blâmaient souvent les femmes elles-mêmes. Les femmes ne contribuent pas car elles n’aimeraient pas la critique, ni le conflit, elles n’auraient pas les compétences techniques nécessaires pour éditer des contenus… Et cela ne m’a pas paru très fondé. Car il y a quand même des femmes au sein de cette communauté, donc je me suis intéressée à leur ressenti », explique Amanda Menking, l’une des autrices de l’étude. La chercheuse et ses collègues ont interviewé 25 contributrices de longue date.

Leurs témoignages révèlent que beaucoup voient leurs contenus injustement contestés et certaines ne se sentent pas en sécurité au sein de la communauté. Quelques-unes rapportent des cas de harcèlement en ligne.

Menaces de mort et harcèlement

L’exemple d’Helena, une biologiste américaine, fait froid dans le dos. La première fois que la scientifique a publié sur Wikipedia, son contenu a été immédiatement rejeté par un autre éditeur. Et le rejet était accompagné d’un commentaire agressif : « Tu ne connais rien à rien ». Un autre contributeur a ensuite masqué la page utilisatrice d’Helena en supprimant son contenu et en lui laissant une menace de mort. Les administrateurs ont refusé d’agir.

De son côté, Mia raconte qu’elle a subi des avances répétées d’un homme via sa « Talk page », une page rattachée au profil de chaque auteur qui permet aux autres de les contacter. Ses avances se sont concrétisées lors d’événements organisés par la communauté Wikipedia. « J’avais le sentiment qu’il me harcelait. J’en ai parlé à l’un des responsables, il n’a quasiment rien fait. »

Un groupe dédié à l'exclusion de membres de Wikipedia

Une autre contributrice, Diane, raconte que le harcèlement se poursuit parfois en dehors de Wikipedia, sur d’autres plateformes comme Reddit, 4Chan, Twitter et Facebook. « Il existe un énorme groupe de personnes dédié à l’exclusion de "Wikipédiens". Si vous essayez d’aller sur Wikipedia avec un pseudonyme, vous courez le risque que ces personnes vous poursuivent et révèlent votre identité », raconte-t-elle. Cette pratique, qui consiste à rendre publiques des informations confidentielles sur une personne, est appelée Doxxing.

Heureusement, tous les témoignages récoltés par les chercheuses ne vont pas dans ce sens. « Certaines femmes nous ont dit que leur genre ne les affectait pas », nuance Amanda Menking. D’autres rappellent que le problème du harcèlement des femmes en ligne est loin d’être cantonné à Wikipedia.

La Wikimedia Fondation prévoit de mettre en place deux initiatives pour limiter les situations de harcèlement : publier un code de conduite, et instaurer un nouveau moyen pour signaler les harceleurs. En attendant, les contributrices créent des « safe places », notamment sur Facebook avec des groupes entièrement dédiés aux femmes de Wikipedia, relate l’étude.

Moins de pages sur des femmes 

En plus de nuire à la santé mentale des utilisatrices, le sentiment d’insécurité n’encourage pas les femmes à contribuer à l’encyclopédie collaborative. Et leur sous-représentation entraîne des biais de genre dans le contenu publié sur l’encyclopédie. Il y a par exemple moins d’articles sur des personnalités féminines que masculines. Refinery29 notait qu’au sein du chapitre football, seules 3,5 % des biographies concernaient des joueuses féminines.

« Wikipedia se définit comme la somme de toutes les connaissances de l’humanité et comme l’encyclopédie que n’importe qui peut enrichir, note Amanda Menking. C’est un message très ambitieux. (…) Si vous vous déclarez comme étant la somme de toutes les connaissances de l’humanité alors il faut que les personnes qui contribuent soient représentatives de l’ensemble de la société. »

EN SAVOIR PLUS

> Bad Buzz : The North Face s’attire les foudres de Wikipedia

> Pourquoi il faut que vous vous mettiez à Reddit, ce réseau social qui a détrôné Facebook aux USA

> Harcèlement dans la pub : les Lionnes affichent les témoignages de victimes

Commentaires

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  • Cet article est d'une hypocrisie rarement atteinte, il suffit de savoir que les contributions dans le wiki sont libres , sans distinction de sexe de race de religion ou autres appartenances.
    au lieu d'écrire un article de lamentations vous feriez mieux d'inciter les femmes à contribuer sur cette plateforme, comme ça elles pourront inonder le wiki avec les stars du football féminin qui les passionne tant.

  • c'est plutôt vos réponses qui montrent qu'il reste beaucoup à faire, je répète encore une fois : cette plate-forme est libre vous pouvez participer , créer commenter, corriger tous les articles et n'attendez pas des contradicteurs complaisants c'est le principe du Wikipédia.
    Et ce que je trouve insupportable aussi dans cet article c'est d' utiliser l'anecdote de la menace de ''mort que je ne remet pas en question'' et de la généraliser à tous les contributeurs de cette merveilleuse plate-forme ou pire encore aller prendre ces statistiques sur le foot pour en faire un exemple de manque de parité c'est pitoyable, relisez la charte de déontologie journalistique ça vous fera du bien je crois que ça s'appelle la charte de Munich