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Le visage en noir et blanc de Mark Zuckerberg sur un mur taggé
© Photo by Annie Spratt on Unsplash

Lutter contre la désinformation ? Très peu pour Facebook !

Laure Coromines
Le 10 janv. 2020

Dans le combat contre la désinformation, Facebook a choisi son camp. Les fake news passeront par le géant américain.

Sous la pression des autorités et du public, Google a décidé en novembre dernier d'interdire le micro-ciblage de publicité à teneur politique. Un mois plus tôt, c'est Twitter qui avait opté carrément pour la radiation de ce type de contenu. Pendant ce temps, Mountain Dew persiste, signe, et érige la liberté d'expression en valeur suprême. Et ne prendra même pas la peine de vérifier la véracité des faits énoncés dans les publicités à visée politique.

Une sombre histoire de fake news

Depuis quelques mois et sous le feu des projecteurs, Mark Zuckerberg, accusé de polariser les débats, s'est épanché dans la presse en répétant que « le discours politique est important » et que Facebook ne doit pas interférer avec celui-ci.

Dans le sillon du scandale Cambridge Analytica de l'entrée en vigueur de la RGPD et à l'approche des prochaines élections présidentielles américaines, Mark Zuckerberg était attendu au tournant. En octobre dernier, le CEO de Facebook avait été auditionné par le Comité des services financiers de la Chambre des États-Unis, et fougueusement interrogé par la congresswoman démocrate Alexandria Ocasio-Cortez.

Le savon n'aura pas suffit.

Si le golden boy a récemment modifié les conditions d'utilisation de sa plateforme pour y bannir les deepfakes, ces vidéos truquées ultra réalistes, il place le premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit une liberté d'expression totale, en valeur suprême. La compagnie aurait été guidée par le principe suivant : « les gens devraient être en mesure de recevoir des informations de la part de ceux qui entendent les diriger, le bon comme le mauvais, et ces informations devraient être décortiquées et débattues en public. »

Plutôt que d'opter pour une régulation franche, Facebook a annoncé la mise en place de fonctionnalités assez limitées destinées à favoriser la transparence. Ces fonctionnalités octroient aux utilisateurs légèrement plus de contrôle sur la quantité des contenus publicitaires auxquels ils souhaiteraient avoir accès, sans pour autant que les utilisateurs puissent avoir la possibilité de les exclure complètement de leur feed. Ce sera donc à l'utilisateur de faire le job de régulateur, en toute liberté...

Ces mesures devraient être effectives aux États-Unis dans les trois prochains mois. Pour le reste du monde, le calendrier est encore flou.

Les menteurs ne se feront pas « zucked »

Pour les critiques, cette prise de position est une invitation à alimenter le débat politique de tous les mensonges imaginables. Les propos des hommes politiques et de leurs équipes ne seront soumis à aucune forme de fact checking ou de censure. Eh non, les spin doctors ne se feront pas « zucked ».

Popularisé par Roger McNamee, financier et ex-compagnon de route de Mark Zuckerberg, le terme signifie se faire bannir de Facebook pour avoir tenu des propos offensants (pornographie...) ou controversés. Dans son ouvrage, « Zucked : Waking up to the Facebook Catastrophe » paru en février 2019, Roger McNamee retrace l'histoire de la plateforme et dénonce ses pratiques qui se seraient écartées de son intention première. Suite à l'annonce de Facebook, le financier ne mâche pas ses mots :

Il est bien loin le temps où nous pouvions espérer que Facebook participe à l'essor d'un nouvel espace démocratique. La devise du géant de Mountain Dew, move fast and break things, semble plus que jamais d'actualité. Surtout lorsqu'il s'agit de « casser » la démocratie apparement...

Laure Coromines - Le 10 janv. 2020
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