Larry Page et Serguey Brin

Google, en panique face à ChatGPT, rappelle ses fondateurs

© Sikarin Thanachaiary et Marcin Mycielski

L’entreprise a déclenché le « code rouge », demandé l’aide de Sergey Brin et Larry Page, et compte lancer une vingtaine de projets autour de l’intelligence artificielle générative, pour faire face à la menace du chatbot.

Ils sont de retour. Sergey Brin et Larry Page, les deux fondateurs de Google, ont été rappelés à la rescousse, rapporte le New York Times. Les créateurs de la firme, qui en ont quitté la direction en 2019, ont participé à plusieurs réunions avec des cadres dirigeants. La raison de cette opération digne d’un film d’action américain ? La mise en ligne d’un certain ChatGPT fin novembre 2022 par l’entreprise OpenAI. Ce chatbot dopé à l’intelligence artificielle sème un vent de panique chez le mastodonte du Web. 

« Demande à ChatGPT » is the new « demande à Google » ? 

Il faut dire que l’adoption de cette IA génératrice de texte a été très rapide. Une semaine après son lancement, plus d’un million d’utilisateurs l’avaient déjà testée. Depuis, les internautes multiplient les expérimentations. ChatGPT, capable de pondre un texte sur n’importe quel sujet en quelques secondes, sert à écrire des essais, corriger des lignes de codes, écrire des articles de presse… L’IA est loin de ne faire que des sans-fautes, mais les plus convaincus y voient un nouveau moyen de rechercher une information en ligne. De quoi donner quelques sueurs froides à Google, en situation de quasi-monopole depuis deux décennies. 

Sundar Pichai, le PDG de Google, a même déclenché le « code rouge ». Tous les projets en cours ont été suspendus afin de se concentrer sur l’intelligence artificielle générative. D’après une présentation interne que le New York Times s’est procurée, la firme envisage de présenter 20 nouveaux projets et prototypes liés à l’IA cette année, ainsi qu’une nouvelle version de son moteur de recherche intégrant des fonctionnalités chatbot. Pendant les réunions auxquelles ils ont participé, Sergey Brin et Larry Page auraient soumis quelques idées et valider certains de ces prototypes en cours. 

Parmi ces projets, on trouve Generation Studio, qui crée et édite des images, une application appelée Maya qui permet de visualiser des chaussures en trois dimensions ; ou encore un outil capable de résumer des vidéos en en générant une nouvelle, selon les slides vues par le New York Times.

Petit problème : avec ChatGPT, pas de publicité ciblée 

Google panique, mais l'entreprise n’est pourtant pas restée les bras croisés face aux avancées récentes de l’intelligence artificielle. La firme a développé son propre modèle maison similaire à ChatGPT (présenté d'ailleurs avant la mise en ligne du modèle d'OpenAI). Il est baptisé LamDA, pour Language Model for Dialogue Applications. Petit problème si Google remplace son moteur de recherche classique par un outil de ce type : quid de la publicité ciblée – qui représente plus de 80 % de ses revenus ? 

Autre problème : pour le moment les IA génératrices de textes sont loin d’être fiables. Elles s’appuient sur d’immenses bases de données textuelles (dont des milliards de pages Web) et miment un texte écrit par un humain. Parfois le fond est vrai, parfois partiellement ou complètement faux. Légèrement problématique pour un outil censé délivrer une information. Sans compter les propos toxiques et autres biais racistes ou sexistes que l’on peut retrouver dans leurs productions. Certes Google peut tout à fait faire remonter des liens divulguant de fausses informations et autres propos toxiques, mais le côté question-réponse de ChatGPT lui confère une assurance encore plus problématique. Sur Google vous pouvez malgré tout faire votre propre marché, avec une IA soi-disant experte, c'est plus difficile de questionner la réponse donnée.

De nombreux chercheurs spécialistes de ces modèles appellent d’ailleurs à la prudence, et ne conseillent pas d’utiliser ChatGPT ou ses équivalents pour obtenir une information. En tant que nouvelle société, OpenAI peut se permettre de lancer une intelligence artificielle encore expérimentale et perfectionnable. Pour une société aussi installée que Google, c’est bien plus compliqué. Meta en a fait la douloureuse expérience lorsqu’en novembre elle lance Galactica, un chatbot produisant des articles scientifiques à partir d’un court texte. La firme de Mark Zuckerberg a dû retirer l’IA du Web trois jours plus tard, après les nombreuses critiques pointant ses erreurs et absurdités.

Licenciements en masse chez Google 

Malgré ces limites évidentes, la course à qui a la plus grosse IA générative semble bel et bien lancée. Et Google n’a pas d’autres choix que de se mobiliser sur le sujet. Outre OpenAI, d’autres entreprises tentent de concurrencer le moteur de recherche grâce à une IA génératrice de texte. C’est le cas notamment de You.com, un nouveau moteur de recherche, doté d’une fonctionnalité YouChat très similaire à ce que peut faire ChatGPT. 

2023 va-t-il sonner le glas de la toute-puissance de Google ? On verra. ​​En tout cas, c’est certainement l’un des plus importants défis que l’entreprise a eu à surmonter. « C'est un moment de vulnérabilité importante pour Google », estime D. Sivakumar, un ancien directeur de recherche de Google au New York Times. ChatGPT a laissé entrevoir aux internautes ce que pourrait être une « nouvelle expérience de recherche attrayante ».

Pour le moment, l’entreprise, comme ses consœurs de la Silicon Valley, gère le retour à la réalité après la période d’hypercroissance liée aux confinements. Google a annoncé le 20 janvier la suppression de 12 000 emplois.

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