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Après l’emballement lors de la pandémie, quel avenir pour le livestream musical ?

© capture écran du concert de Travis Scott dans Fortnite

Le livestream musical a explosé lors de la pandémie et l’engouement ne se dément pas. Une étude du CNM et de l'Arcom analyse les perspectives d’évolution du livestream pour la filière musicale.

Mars 2022. Le boys band coréen BTS se produit sur scène à Séoul devant 45 000 spectateurs et spectatrices. Les fans de 75 pays peuvent suivre le concert dans 3 711 salles de cinéma ainsi que sur une plateforme de streaming. Au total, deux millions de personnes ont visionné le livestream et 32,6 millions de dollars de revenus ont été générés par les seules recettes des salles de cinéma. Quelques mois auparavant, c’est le rappeur Travis Scott qui innove en proposant à ses fans une série de cinq concerts dans le métavers Fortnite. Les performances sont suivies par 27 millions de spectateurs et spectatrices. Autre exemple : pour remplacer sa tournée 2020 annulée, le groupe l’Impératrice propose une captation numérique de concerts enregistrés à la Cigale et sur le toit du BHV. L’innovation se situe dans le mode de diffusion : un broadcast dans 10 villes du monde entier, avec à chaque fois un groupe local qui se produit en live. Malgré la réussite de ces exemples à gros budgets, le livestream musical se heurte encore à la problématique de la rentabilité. S'il a permis à toute l’industrie de continuer à proposer des concerts lors de la pandémie, la question de son avenir se pose aujourd'hui.

Une révolution pour les publics empêchés

Du côté des usages, trois chiffres permettent de comprendre le phénomène du livestream musical. D’après l’étude menée conjointement par le CNM et l’Arcom, 45 % des internautes français ont déjà visionné du livestream ; la moitié d’entre eux déclare avoir payé pour accéder à ces contenus musicaux diffusés en live et seuls 10 % ont cessé depuis la réouverture des salles de concert. Le livestream apparaît comme un complément intéressant à l'offre de spectacle IRL, notamment pour les publics dits « empêchés » , c’est-à-dire pour les personnes isolées des centres urbains, les publics contraints à l’enfermement (en prison notamment) ou bien les personnes à mobilité réduite. Il existe pour ces publics de vraies opportunités de développement du livestream musical, et ce même si le déploiement de ce type de dispositif à destination du grand public demeure aujourd’hui complexe et coûteux.

Le livestream à la recherche de son modèle

Le livestream musical n’a pas encore trouvé son modèle économique et la question de sa rentabilité reste un enjeu majeur. Deux modèles se dessinent aujourd’hui : le modèle gratuit, à l’image de la proposition de Travis Scott dans Fortnite. Et le modèle payant, comme ce qu’a proposé l’Impératrice. Mais l’équilibre économique de ce dispositif est complexe, car le livestream se situe au croisement de trois industries qui ont des économies très différentes : le live, le broadcast et la captation vidéo. Aujourd'hui la chaîne de valeur n'est pas encore articulée de manière fluide, et tout le monde n'y trouve pas son compte, à l'instar des promoteurs de spectacles qui tordent le nez face au coût de la captation vidéo et l'étape supplémentaire qui consiste à trouver un diffuseur en amont. Autre obstacle, les contours du cadre règlementaire sont encore flous : quel taux de TVA applicable sur les droits d’accès au livestream ? Quels taux collectés pour les droits d’auteur ? Quelle rémunération des artistes-interprètes ? Quelle place du producteur de spectacle dans la chaîne de droits ? C’est en trouvant des réponses concertées à ces questions que la filière musicale pérennisera un dispositif qui a malgré tout trouvé un fort écho dans les usages.

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