Locaux de Kwerk

Vous êtes une belle personne ? Vous allez adorer le well working

© Kwerk

Après l’open space (qui rend les gens fous), le coworking (qui rend les gens schlagues), le home working (qui habille les gens en pilou pilou), le concept du well working est simple : bichonner les belles personnes moyennant un abonnement à la hauteur de leur beauté intérieure… Et de leur réussite professionnelle. 

C’est le matin. Sous une canopée en bambou du 8e arrondissement de Paris, dans ce qui ressemble à s’y méprendre à un hôtel de luxe, vous trottinez de votre cours de yoga à votre rendez-vous de suivi ayurvédique. Le tout, avant votre première réunion Zoom de la journée. À droite, la prof de Pilates s’active, à gauche la salle de réunion besogne. Pour la pause cantoche à midi, vous descendez chez Dana, restau cossu à la carte signée par une cheffe en vogue. Non, vous n’avez pas abusé du Kombucha hier soir (qui comporte des traces d’alcool à cause de la macération, sachez-le), mais vous êtes chez Kwerk. À l’heure où les grosses boîtes font d’énormes efforts pour faire revenir les employés sur le lieu de travail – certains avec du poulet frit, d’autres avec subtilité (Coucou Elon) – de nouveaux espaces haut de gamme bichonnent les travailleurs, pour peu qu’ils aient au moins 1 800 € à débourser par an. Bref, à mi-chemin entre un palace et des bureaux au design archi léché : bienvenue dans votre espace de « well working » . 

Appâter la « creative class »

Ici, au cœur du « Quartier central des affaires » de Paris, au 18 de la très chic rue de Courcelles, on est dans de l’exclusivité. On ne s’en cache d’ailleurs pas. Le bâtiment de verre et d’aluminium de 6000 m² du Kwerk, avec 550 m² dédiés au well working et ses deux salles de cours collectifs (yoga, boxe, Pilates), une salle de cardio, une salle de massages et méditation, et son rooftop avec vue sur la Dame de Fer, a coûté 10 millions rien qu’en travaux. C’est le quatrième espace ouvert depuis la création du groupe, fondé en 2018 par le duo Albert Angel et Lawrence Knights.

Face à l’offre de coworking déjà existante, le couple s’est positionné sur le bien-être comme levier de productivité et comme un argument de vente solide pour public exigeant. Car aujourd’hui, à l’instar des nouvelles salles de sport où l’on se raffermit le cuisseau tout en réseautant (La Montgolfière), en matant un film (21 Blanche, dont la piscine de James Bond au sous-sol suffit à faire glisser la carte bleue dans la machine à abonnement) ou se prélassant dans le couloir de nage transparent (Soho House, où l’on ne rentre que par cooptation), Kwerk a choisi un design narratif qui allie la galerie d’art, le centre de bien-être et le travail, bien sûr.

Ce glissement des clubs privés ringards, souvent réservés à une caste masculine vieillissante, vers des espaces plus hype répond aux aspirations de l’ « aspirational class » ou « classe créative » , décortiquée dans Génération surdiplômée, les 20 % qui transforment la France (Odile Jacob, 2021). Ainsi des salles de sport deviennent à la fois galerie, espace de réseautage et parfois, tout de même, on y travaille.

Workstyle et habitudes 

« Notre workstyle est centré sur le bien-être physique et mental des collaborateurs », explique Lawrence Knights dans une tribune publiée sur LinkedIn. Car aujourd’hui, pour appâter le client, il faut au moins lui changer – un peu – la vie : « On ne veut forcer personne à faire du yoga ou créer du lien social avec l’entreprise qui travaille à côté de la sienne, mais offrir les bons services aux gens qui ont la volonté de changer leurs habitudes » , explique Albert Angel à une interview donnée au magazine lifestyle The Good Life en décembre dernier.

Bien sûr. 

Bref, si vous êtes une belle personne pauvre, c’est-à-dire que vous ne faites pas partie des riches (pour rappel, la barre est à environ 3 700 € par mois pour une personne seule selon l’Observatoire des inégalités, faites un effort), Shark est une alternative de well working un peu plus abordable (mais tout de même chère), avec un abonnement qui vous donne accès à des services similaires.

Et pour les autres, le well working va-t-il se démocratiser ? Au vu des efforts de budget sur la structure et le programme pour divertir et maintenir en forme les well workers, il va falloir attendre un peu. D’autant qu'on n'est pas à l’abri d’un autre gros crash à la WeWork

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