Bébé étonné

En 2022, ils ne veulent plus d’enfants ?

Le baby-boom post pandémie n’a pas eu lieu. La parentalité ne ferait-elle plus rêver ? Ceux qui sont en âge de se poser la question n’arrêtent pas de la tourner dans tous les sens. Enquête.

Ils ont entre 24 et 30 ans et pour eux, devenir parent est un choix qui se discute. Certains ont la certitude qu’ils ne veulent pas d’enfant, assez pour se faire stériliser ; d’autres hésitent pour des raisons qu'ils jugent solides ; tous se donnent le droit d’hésiter. Il y a encore quelques années, les mouvements no child, childfree qui revendiquent leur liberté à décider de ne pas procréer étaient jugés minoritaires et subversifs. À présent, la nouvelle génération en âge d'être parents se demande bien pourquoi elle se lancerait dans pareille aventure.

« J’envisageais même la stérilisation. »

« Jusqu’à il y a environ cinq mois, j’étais contre l’idée d’avoir des enfants, raconte Elise*, 24 ans, strasbourgeoise qui travaille dans l’univers du vin. Vraiment, c’était proscrit à 200 %. J’envisageais même la stérilisation. » Il y a cinq mois, quelque chose s’est passé dans sa vie : elle a rencontré son nouveau copain. Quelqu’un d’impliqué, cultivé, en qui elle a confiance, décrit-elle. Bien différent de son précédent compagnon, « assez violent » . Sa perspective a changé : « Je sais qu’en cas de problème, il sera là. » Son désir de maternité aussi. C’en est d’ailleurs assez troublant, reconnaît-elle. « C’est une sensation bizarre. De ma pré-adolescence jusqu’à il y a quelques mois, j’étais sûre de moi. C’est effrayant de passer de rien à tout. »

« J’ai décidé d’être la tante, l’amie qui s’occupe des enfants des autres »

Maëva a fait le chemin inverse – un chemin plus long et progressif. Lorsqu’elle était petite, elle était sûre de vouloir des enfants. « Plusieurs… et puis un seul » , rigole cette jeune femme de 28 ans, professeure de SVT. Ado, viennent les premiers doutes – Maëva se dit que c’est l’âge.

Petit à petit, Maëva a tourné la question sous plusieurs angles. Ses études d’écologie et d’évolution humaine lui ont fait prendre conscience de l’ampleur du réchauffement climatique. « J’ai aussi toujours eu peur d’une troisième guerre mondiale, confie-t-elle. Élever un enfant dans ces conditions, c’est très dur. » Elle intègre les milieux féministes où elle se familiarise avec le concept de charge mentale. « Je me rends compte que dans la société actuelle, je n’y échapperai pas. » À la sortie du confinement, elle est diagnostiquée autiste et TDAH. « C’est très difficile avec mon métier, je ne supporte pas le bruit. Quand je rentre, je ne suis capable de rien faire, je dois récupérer mon énergie. » Particulièrement empathique, elle anticipe les douleurs que son enfant aura à subir. « Tout ça me conforte dans l’idée qu’il sera très difficile d’élever un enfant dans ces conditions, que je n’en ai pas envie. » Depuis avril, cinq jours après avoir fêté ses 28 ans, elle est stérilisée. « J’ai décidé d’être la tante, l’amie qui s’occupe des enfants des autres mais qui est ravie de rentrer dormir tranquille. »

« Ça me fait très peur »

Maëva souligne que si elle a toujours aimé les enfants, l’idée d’être enceinte l’a toujours horrifié. « Les utérus développés m’ont toujours hérissé » , s’exclame la prof de SVT. Elle raconte qu’en 4ème, alors qu’elle est en cours d’éducation sexuelle, une infirmière demande à la classe quelle est leur plus grande peur lorsqu’ils imaginent leur première fois. « Tout le monde a répondu "se mettre nu", se rappelle-t-elle. J’étais la seule à dire "tomber enceinte". »

Une peur que partage Elise. « Le plus gros frein dans le fait d’avoir un enfant est d’être enceinte » , reconnaît-elle. Lorsqu’elle a commencé à envisager la maternité, elle a d’abord pensé à l’adoption. « Je suis quelqu’un d’anxieux. Je me dis : "et s’il a un handicap, et s’il a un problème ? " » Peu à peu, l’envie d’un enfant biologique avec son conjoint prend le dessus.

Julie* aussi, se voit mal enceinte. « Ça me fait très peur, concède la jeune fille de 24 ans. Avoir un être qui grandit à l’intérieur de moi, je ne trouve pas ça très intuitif. » Accompagnatrice d’élèves en situation de handicap en banlieue parisienne, Julie ne s’imagine pas pour l’instant être maman – sans totalement fermer la porte à cette possibilité. « J’aurais tendance à me dire childfree mais je pars du principe que ce serait dommage d’être fermée. On évolue et nos envies changent » , nuance-t-elle.

En couple depuis 8 ans et demi, Julie et son compagnon sont d’accord pour ne pas se préoccuper de la question. « Ça ne nous intéresse pas. Nous sommes complets en tant que couple et on considère que l’on peut être une famille même à deux. »

« Qui suis-je pour amener un être sur Terre ?  »

Biologie mise à part, avoir un enfant n’est jamais chose facile. Pour Julie, c’est un acte majeur cerné de contraintes. « Qui suis-je pour me permettre de faire venir une vie sur cette Terre ? J’ai déjà du mal à mon jeune âge de m’occuper de moi-même ; comment pourrais-je m’occuper d’un être humain ? Pour le moment, je préfère me construire en tant que personne. »

L’éducation, elle s’y est déjà frottée… avec son chat ! Et le résultat n’est pas très probant. « Je lui ai donné un syndrome de Pavlov. Il aime faire des bêtises, faire tomber des choses. Pour moi, c’était un appel à l’aide pour me dire qu’il s’ennuyait. Du coup, je l’occupais. » Résultat : dès que son chat s’ennuie, il met le bazar. « Il ne fait pas ça avec mon copain, il a perçu mes faiblesses. Un enfant, ce sera pire. Je le vois dans mon travail : ils captent tout. »

Elise aussi, évoque la difficulté d’élever un enfant. « J’ai été harcelée à l’école et je n’aime pas me dire que mon enfant pourra l’être aussi. Tout se dégrade et on ne peut pas protéger son enfant à 100 %, il y a toujours des choses qu’on ne contrôle pas. » Épaulée par son compagnon, cette perspective lui fait moins peur.

« Je ne veux pas être un traumatisme pour mon enfant »

Pour Layla*, 30 ans, le plus grand défi est de garantir un environnement stable à son enfant. À 22 ans, la jeune femme a été diagnostiquée bipolaire, remettant en cause ses désirs de maternité. « J’ai toujours voulu des enfants, mais j’ai très peur de l’impact de ma maladie. Comment je peux élever un enfant dans l’environnement le plus sain possible alors que je ne suis pas encore très stable dans ma vie et psychologiquement ?  »

Si la parole des femmes ne souhaitant pas d’enfant, voire regrettant d’être mères, s’est libérée ces dernières années, celle autour de la santé mentale et la maternité reste peu audible, « opaque » , estime Layla.

En l’absence de modèles, difficile de se projeter. « Je n’ai pas beaucoup de retours d’expériences positives de la part de personnes atteintes de troubles psychiatriques dans le cadre de la parentalité, ça m’effraie énormément » , regrette Layla. Lorsque le sujet est abordé, il l’est souvent par le témoignage d’un enfant qui raconte la difficulté de vivre avec un parent malade. « C’est absolument ce que je veux éviter, je ne veux pas être un traumatisme pour mon enfant. » Elle plaide pour un meilleur accompagnement psychologique et surtout une meilleure formation des professionnels de santé sur ces sujets. Elle prend l’exemple de son amie bipolaire dont la violente dépression post-partum a été très mal gérée. « C’est terrible de voir des femmes délaissées par l’institution médicale. Ça a des conséquences sur la mère mais aussi sur l’enfant. »

« Pour moi, mes parents n’auraient pas dû être parents »

L’environnement familial influence la vision de la parentalité des futurs adultes. Spontanément, les jeunes évoquent le leur. « Pour moi, mes parents n’auraient pas dû être parents, estime Elise. Ils n’ont pas su gérer. Je n’ai pas de vrais rapports parentaux, j’ai l’impression que ce sont mes oncles et tantes. » « C’est assez conflictuel avec mes parents, raconte quant à elle Julie. J’ai vu ma maman s’occuper de nous toute sa vie. Elle a arrêté de travailler lorsque je suis née car cela coûtait plus cher que de continuer. On l’a vu galérer à la maison avec les tâches ménagères, ça ne donne pas très envie. » Pourtant, reconnaît-elle, sa mère a aimé la maternité. « Ça la stimulait, elle s’est éclatée avec nous. En revanche, je pense que ma grand-mère a moins aimé. »

Nouvelle génération, autre regard. « Si j’étais née à l’époque de mes parents, j’aurais fait des enfants, pense Maëva. Je n’aurais pas eu si peur du monde et de comment il va évoluer et je n’aurais probablement pas su que je suis autiste et TDAH. J’aurais probablement subi et je n’aurais pas eu une vie joyeuse. »

Désormais, la génération Z s’autorise à douter. « Cette libération de la parole ne peut être que positive : elle permet de ne pas se sentir seule, se réjouit Maëva. Quand on comprend que la normalité n’existe pas, il est beaucoup plus simple de faire son choix. »

commentaires

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  1. Anthony dit :

    Très déçu de ne pas avoir eu beaucoup plus le point de vue masculin, dommage la parentalité n'est pas qu'une histoire de mère.

  2. Anonyme dit :

    Les pères sont majoritairement absents ou démissionnaires franchement oui on s'en fout de votre avis

  3. Anonyme dit :

    Sinon ce serait bien de considérer les moins de 40 ans dans l'article, on est encore nombreux-ses à ne pas avoir d'enfants pour exactement les même raison, ce n'est pas un truc de gen Z...

  4. Anonyme dit :

    Des problèmes psychatriques ont ils été diagnostiqués a toutes la génération Z?
    J'ai comme l'impression que la perspective santé mentale feminine aurait dû transparaître dans le titre.

  5. Maeva dit :

    Anthony, complètement d'accord avec vous.

  6. Anonyme dit :

    C est à cause de ce genre d'idéologie féministe et destructeur que nous sommes dans une civilisation décadente. La nature, quelque part est bien faite puisque, de fait, les gens qui pensent comme vous ne se reproduisent pas. Heureusement, certaines personnes, qui pensent différemment, repeupleront a minima la terre.

  7. Cecile dit :

    Si, quand ils s y intéressent, les hommes sont rejetés comme vous venez de le faire, on n avance pas beaucoup ! Pour moi aussi il manque de points de vue masculins, ils sont pour moitié responsables ou non d un éventuel babyboom ou flop !

  8. Anonyme dit :

    Je suis en couple depuis presque 8 ans, et avec mon conjoint, au début de notre relation on se disait qu'on aurait des enfants mais plus tard. e temps a passé et maintenant on sait que l'on n'en veut pas. (Nous avons + de 30 ans) Avoir des enfants ou non, c'est une histoire de couple, ce n'est pas qu'une question que se pose les femmes...l'article est vraiment trop sommaire

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