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Une femme avec une marinière, un béret et des baguettes de pain
© Rohappy via Getty Images

Alimentation : moins de malbouffe, plus de naturel... que veulent les consommateurs français ?

Arnaud Pagès
Le 3 févr. 2020

Désormais conspuée, la malbouffe a du plomb dans l'aile. La nourriture industrielle soulève des doutes. Dans un avenir proche, que trouvera-t-on dans nos assiettes ? Olivier Lepiller, sociologue de l'alimentation, partage avec nous des éléments de réponse.

Comment évolue l'alimentation des Français ?

OLIVIER LEPILLER : La consommation de viande baisse, et en particulier celle des viandes rouges et bovines. C'est une tendance de fond qui trouve son origine dans des questionnements éthiques, notamment avec l'abattage industriel des animaux, mais également environnementaux et sanitaires... La viande symbolise l'hyperconsommation et l'idée qu'il n'est pas nécessaire d'en manger autant est en train de s'imposer. Plus généralement, il y a une montée en gamme chez les distributeurs. Le hard discount propose aujourd'hui du bio et du Label Rouge.

Vous dites que la malbouffe est de moins en moins acceptée…

O. L. : Il y a énormément de défiance envers l'alimentation industrielle. Le modèle de la consommation de masse, basé sur la marque comme paravent de la fabrication de l'aliment, est actuellement en crise. C’est un problème de confiance entre les grands acteurs historiques et les consommateurs. Ces derniers ont besoin d'être rassurés sur la façon dont les aliments sont fabriqués. Ce sont les deux crises de la vache folle, en 1997 et en 2000, qui ont induit cette évolution en mettant en évidence les conséquences néfastes du système productiviste industriel.

Les consommateurs veulent-ils donc revenir à une alimentation plus naturelle ?

O. L. : Tout à fait. La consommation alimentaire est particulière. Le produit que l'on achète va se retrouver à l'intérieur de notre corps. Il devient, aussi bien sur le plan symbolique que sur le plan physique, une part de nous-même. Gouverner ce que l'on mange, c'est se gouverner soi-même. D'un point de vue anthropologique, les grandes marques de l'agroalimentaire occupent une fonction sociale de cuisinier. Et pour bien manger, il faut pouvoir faire confiance au cuisinier. Le meilleur moyen de garantir cette confiance aujourd'hui est de valoriser ce qui est naturel, c'est-à-dire d'enlever tous les artifices, les pesticides, les additifs, les produits chimiques de synthèse... La recherche du naturel relève aussi bien de la défiance vis-à-vis de l'industrialisation que du désir de retrouver des modes de transformation culinaire qui ont fait leurs preuves par le passé. Ce processus peut aller jusqu'à l'idée de produire des aliments en coopérant avec la nature plutôt qu'en l'exploitant.

Ce processus a-t-il également un impact sur l'agriculture ?

O. L. : On refuse de plus en plus de brancher la production des aliments sur de la matière fossile et on souhaite se passer d'engrais chimiques. L'idée est de préserver les sols, de se servir des insectes prédateurs pour lutter contre les nuisibles... Donc, de s'appuyer sur ce que la nature offre déjà pour remettre la production des aliments dans des cycles naturels. Il faut respecter le fonctionnement de la nature, car les humains y sont soumis. Ils sont imbriqués dans leur écosystème et totalement dépendants de celui-ci.

Quel rôle joue la peur du réchauffement climatique dans cette évolution ?

O. L. : Entre viande et réchauffement climatique, le lien est fait depuis longtemps par les experts. L'élevage est très gourmand en émissions de CO2. Le coût environnemental est particulièrement élevé. Mais le déclencheur d'une évolution alimentaire n'est jamais monofactoriel. Le développement de l'agriculture urbaine participe également à la reprogrammation de notre alimentation. Le volume de production est négligeable mais, symboliquement, c'est une évolution très importante. Elle favorise des changements importants dans les pratiques alimentaires, car les gens réapprennent à cultiver.

Demain, on mangera donc de façon plus saine, plus locale et plus transparente ?

O. L. : Le bio continue de progresser très fortement, de même que l'ensemble des modes de production alimentaire respectueux de l'environnement. La France et l'Europe ont la capacité d'être à la pointe de ces transformations. Mais pour réellement faire bouger le système, il faudra une volonté politique forte. Il faudra également que les consommateurs acceptent de payer plus cher pour des aliments de meilleure qualité.


Parcours d'Olivier Lepiller

Docteur en sociologie, il a été chercheur au CNRS dans le cadre du programme OBIVA (OBésité VIeillissement Alimentation). Il est actuellement chercheur au CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et s'intéresse plus particulièrement aux évolutions des pratiques alimentaires.

À consulter

Olivier Lepiller, « Tensions dans l’industrialisation alimentaire », Alimentarium Magazine, 2017

Olivier Lepiller, « Critiques de l’alimentation contemporaine », Fonds Français Alimentation et Santé, 2013


Cet article est extrait du Livre des tendances 2020 de L'ADN. Pour vous le procurer, cliquez ici.


L'édito de notre partenaire, l'agence Cru :

Quand le consommateur se met à penser.
De signal faible à attente forte, l’alimentation durable n’est désormais plus une tendance mais une nécessité que le consommateur intègre de plus en plus à la racine de ses décisions. Très informé, souvent méfiant, voire défiant, il circonscrit l’achat compulsif à quelques instants vulnérables pour s’adonner à un concept parfaitement antinomique pour notre société de consommation : penser. Penser individuellement et collectivement aux conséquences de ses actes sur sa santé, celle de ses enfants et celle de la planète.
Comment susciter l’intérêt d’un individu, lui (re)donner confiance et le fidéliser, quand ce dernier est perfusé d’études contradictoires, de scandales épidémiques et de révélations quotidiennes ? Quelle est la place de la marque face à la génération boycott ? Comment penser l’emballage dans un monde en vrac ? Autant de questions devenues décisives pour la décennie qui s’offre à nous, celle qui changera tout.

Quentin Caillot
Fondateur de l’agence Cru

Arnaud Pagès - Le 3 févr. 2020
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