un couple sous la douche

Sur Reddit, faire jouir les gens avec sa voix est un hobby comme un autre

© We-vibe-Toys

Sur le forum Fantasme Auditif des femmes postent chaque jour des petits podcasts érotiques voire pornos. Qui sont ces productrices de contenus un peu particuliers ?

« Je raconte un fantasme… et tu es dedans », « Écoute mes instructions, écoute ma voix », « Procrasturbation au boulot », « Ramble Fap » … Sur le subreddit Fantasme Auditif, les posts sonnent comme autant de petites poésies étranges. Depuis un peu plus de deux ans, ce forum réunissant 2 600 personnes est le rendez-vous des amateurs de porno audio. Ce concept qui a pris son envol vers 2019 consiste à raconter et jouer une histoire érotique.

Son grand frère américain, le subreddit Gone Wild Audio, existe depuis 2012 et compte un million d’inscrits. En comparaison des milliards de visites qu’engrangent chaque mois les sites pornographiques classiques, on reste donc sur une niche souvent plus féminine. Les internautes suivent leurs créatrices (mais aussi créateurs) de contenus favoris, les soutiennent via Patreon ou Ko.fi et peuvent leur soumettre des scénarios plus ou moins personnalisés. Pour mieux comprendre comment fonctionne ce phénomène de l’intérieur, on a demandé à trois créatrices de nous raconter cette activité pas comme les autres.

De l'amatrice à la pro

On est frappé par la diversité des profils. Cela va de l’amatrice qui fait ça pour s’amuser à la quasi-professionnelle. Sarah, qui anime le compte Sarah te parle, fait partie de la première catégorie. Cette jeune fille de 23 ans poste surtout des ramble fap, c’est-à-dire des moments de masturbation parfois racontés à haute voix, sans forcément de scénario. « J’ai découvert le porno audio vers 14 ou 15 ans et j’ai vraiment grandi et appris la sexualité avec ça, explique-t-elle. Je produis des audio uniquement quand l’envie me prend et en général c’est quand je me sens seul et que je pense à la personne avec qui je suis ». C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’elle a expérimenté son premier audio. « La manière dont je suis entré dans ce monde est un peu ridicule, mais bon… En fait j’étais amoureuse du meilleur ami de mon ex. Je savais qu'il écoutait ce type de contenus et comme je ne pouvais pas vraiment être avec lui, j’ai commencé à enregistrer des pornos audio pour lui, sans que ça soit vraiment explicite. C’était ma façon de lui dire ce que je ressentais sans pour autant qu’il le sache. Quand je produis un audio, je reste toujours dans ce type de démarche. C’est une sorte de message personnel, mais aussi impersonnel que je donne à tout le monde et à une personne secrète en particulier ».

Amoureuses de l'audio avant tout

Cette manière d’être consommatrice de contenu audio avant de passer de l’autre côté du micro semble être un point commun des productrices. C’est aussi comme ça que Dearcyp, qui officie régulièrement sur FantasmeAuditif, a commencé. « J’ai découvert les audio érotiques il y a quelques années, un peu par hasard, sur un article de magazine qui évoquait les nouveaux supports pour pimper sa sexualité, raconte-t-elle. J’ai vu que des amateurs publiaient des audio gratuitement sur Reddit. Étant très friande de sons et d’ASMR, ça m’est apparu comme LE truc fait pour moi ! Même si ça manquait de contenus français à l'époque, je trouvais ça absolument fantastique d’avoir ce côté intime avec quelqu’un qui te susurre des mots doux, ou moins doux tout en étant seul(e) avec ta propre intimité ». Mais c’est surtout grâce au podcast de Voxxx spécialisé sur ce type de contenus que Dearcyp a mis en ligne ses propres audio. « L’équipe de Voxxxa créé Boxxx une plateforme qui permet aux amateurs.trices qui le souhaitent de partager leurs audio à leur tour, poursuit-elle. Et à force d’en écouter, de trouver ça génial, de discuter avec des personnes qui en publiaient régulièrement… je me suis lancée sans trop réfléchir. D’abord sur Boxxx puis, après quelques retours positifs, sur Reddit ».

Tout va très bien pour Madame la Marquise

Pour Dearcyp et Sarah, le porno audio est un hobby un peu secret et non rémunéré. Sarah insiste d’ailleurs sur le fait qu’elle considère ses productions comme une forme d'expérimentation secrète. « C’est une sorte de parenthèse pour moi, indique-t-elle. Je vois que les gens sont attachés à ce que je fais et je pourrais mettre des sous de côté avec ça, mais je n’ai pas envie de travailler dans le monde du porno donc je préfère ne pas le monétiser ». Si la plupart des créatrices de Fantasme Auditif sont dans cette démarche purement amatrice, certaines essayent toutefois de gagner un peu d’argent. C’est le cas de Louise, plus connue sous le pseudo de Madame la Marquise qui se distingue des autres en affichant de multiples comptes sur Twitter et Pornhub ainsi qu’un lien vers la plateforme de monétisation ko-fi. « J’ai décidé de faire de l’argent avec mes audio à partir du moment où l’on m'a demandé du contenu personnalisé, indique-t-elle. Autant le dire tout de suite, je ne vis pas de cette activité et j'ai deux autres emplois free-lance. L'audio (et le travail du sexe en général) représente peut-être un quart de mes revenus, et je ne fais cela que depuis un an et demi. Mais j'aimerais en faire mon activité principale ». Dans le cadre de cette démarche professionnelle, Louise poste beaucoup plus régulièrement du contenu que les amatrices. Les internautes qui la financent à hauteur de 5 euros par mois peuvent accéder à un audio exclusif ainsi qu’aux mauvaises prises, appelées bloopers et d’autres contenus non érotiques comme de l’ASMR pour aider à dormir. Elle poste aussi sur ses différents comptes des photos et des petites vidéos érotiques. « Comme je ne monétise pas mes nus et que je ne vends pas de contenu photo et vidéo, je poste essentiellement pour moi, mais je pense aussi que c'est une bonne façon de captiver et garder l'attention des gens qui suivent et apprécient mon travail. Entre deux audio, poster un peu mes fesses, ça fait qu'on ne m'oublie pas dans un monde où tout va trop vite. Mais je prends aussi du plaisir à explorer mes propres fantasmes, surtout la domination douce qui est, je trouve, peu représentée ».

Est-ce de la simulation ?

Est-ce que ces créatrices de contenus jouent la comédie ou vivent-elles vraiment une expérience de plaisir durant un enregistrement ? Les trois me confirment que les bruitages et les soupirs de plaisir sont authentiques. « Je ne suis jamais en train de jouer la comédie, indique Sarah. C’est pour ça que ça donne des résultats plus authentiques que ce qu’on peut voir dans une vidéo ». Même chose pour Dearcyp qui estime que produire son contenu en jouant la comédie est impossible. « Pour dire les choses clairement, oui quand je dis que je me caresse je le fais, et quand je dis que je vais jouir, je le fais aussi. Pour le coup, j’aurais beaucoup de mal à le jouer, je pense. Et je trouve cette expérience assez fascinante. On partage quelque chose de très intime tout en gardant le contrôle de soi, parce qu’au final on partage ce qu’on veut bien partager ». Cette recherche d'authenticité est d’ailleurs ce qui fait le sel des scénarios de Louise qui les travaille pour aider ses auditeurs à explorer sans risque des domaines sexuels intimidants. « Je pense que l'audio porn permet plus d'immersion, plus de proximité et d'intimité, explique-t-elle. Je pense que c'est aussi un bon médium pour explorer des scénarios fantastiques : la suspension de l'incrédulité est plus facile parce que tu ne vois pas le maquillage et les costumes. Ce qui est aussi intéressant, c'est tout le côté verbal du sexe : les mots cochons, les descriptions vulgaires. Pour certaines personnes, c'est super important pendant un rapport, et ce n'est pas forcément très présent dans le porno classique ».

Gérer la communauté

Au-delà du plaisir personnel, les créatrices doivent se confronter à leur communauté d’auditeurs. Quand on sait le type de harcèlement que peuvent subir de simples streameuses de jeu vidéo, on pourrait craindre le pire. Mais les choses semblent plus calmes dans le milieu du porno audio. « Les relations se passent plutôt bien surtout parce que nous sommes une toute petite niche, indique Louise. Du coup les amateurs de ce genre de contenus sont heureux que quelqu'un en produise, et les rares messages de haine/ennuyeux que je peux recevoir concernent mon corps et pas les audio. Les messages privés sont un peu différents, je filtre énormément pour éviter d'être noyée et pour me protéger : je ne réponds généralement qu'aux gens qui viennent discuter avec un objectif clairement établi. Pareil sur Twitter ». Même constat pour Sarah qui à l’impression que la communauté d’auditeurs est plus respectueuse, malgré les inévitables dérapages. « Je reçois bien évidemment des messages dégueus ou des photos de pénis non sollicitées, explique-t-elle. Mais je reçois aussi des messages sympas même quand je ne poste pas de contenu. J’ai l’impression que les gens sont plus bienveillants et on plus de respect quand ils voient qu’on fait de l’audio avec sincérité ».

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