Une enseignante assise à son bureau

Les discours masculinistes d'Andrew Tate convertissent les écoliers et inquiètent les profs

© Andrey Zhuravlev

« Les hommes sont supérieurs aux femmes, il a raison ». Face à une vague de déclarations ultra-misogynes de la part de leurs élèves, les établissements britanniques tentent de contrer l'influence du « roi de la masculinité toxique ».

Face à la popularité d'Andrew Tate l'influenceur arrêté en décembre dernier en Roumanie pour viols et trafic d’êtres humains, les enseignants de collèges et lycées britanniques s'organisent pour contrer l'aura méphitique de l'Américano-Britannique connu pour vomir en ligne des propos masculinistes.

« Un lavage de cerveau à grande échelle »

« La misogynie est très répandue dans les cours d'école, jusque chez des élèves de 12 ans », confie une enseignante des West Midlands à The Observer. Pour les enseignants, l’influence d'Andrew Tate, ancien kickboxeur reconverti dans la téléréalité et la collection de voitures de sport, n'y serait pas pour rien. Aujourd'hui, ils assistent – inquiets et quasi impuissants – à la prolifération d'idées nauséabondes telles que l’infériorité intellectuelle des femmes ou leur légitime exploitation par les hommes.

Plusieurs établissements ont donc décidé de former leurs enseignants pour parer les discours des jeunes garçons. Objectif : aider les écoliers à se forger un esprit critique. Pour cela, certains établissements organisent « des débats ad hoc, ou utilisent les cours de "personal, social, health and economic éducation” (éducation personnelle, sociale, sanitaire et économique) pour encourager leurs élèves à s'interroger sur ce que poste l’influenceur », note le Courrier international. D'autres sollicitent des professionnels comme Michael Conroy, fondateur de l'association Men at Work qui décrypte la misogynie en ligne, ou Ben Karlin, qui accompagne les enseignants sur Twitter. Pour ce dernier, Andrew Tate, actuellement en détention provisoire en Roumanie, mène un « lavage de cerveau à grande échelle ». Il rappelle dans The Observer que même si l'influenceur est emprisonné, « il y en aura toujours un autre pour reprendre ce genre de refrain. Un avis partagé par Michael Conroy qui estime qu'Andrew Tate endoctrine les jeunes garçons de la même façon que les réseaux terroristes ou les organisations criminelles.

Haine, algorithme et argent

Sur les réseaux, les contenus proposés par Andrew Tate font fureur. Ils sont particulièrement compatibles avec les algorithmes, toujours gourmands en contenus haineux susceptibles de devenir viraux. Toutefois, c'est grâce à des contenus « en apparence anodins » (exposition de voitures rutilantes, conseils fitness et muscu...) que les jeunes garçons intègrent les propos du trentenaire dont la « réussite ostentatoire » rendrait le matraquage misogyne redoutablement efficace, notamment auprès de certains profils. « Ce sont les plus fragiles et les moins à l'aise en société qui sont attirés et trouvent là un sentiment d'appartenance, mais d'appartenance très dangereuse », confie une enseignante. « Les garçons boivent ses paroles parce qu'il leur raconte qu'il réussit et qu'il est riche », rapporte une autre, bien décidée à ouvrir les yeux à ses élèves. Les enseignants peinent cependant à mesurer les effets de leurs interventions, les jugeant parfois mêmes contre-productifs. D'après un responsable scolaire, les élèves n'hésiteraient pas à tourner en ridicule les réunions au sujet de l'influenceur en les postant sur TikTok.

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