
Il est trop beau, trop lisse, trop impassible. Corbin est trop parfait pour être vrai. Il ressemble à une IA. Et ceci n’est pas un compliment.
Cinquième jour dans l’archipel des Fidji. La production de Love Island a décidé de lâcher son « Bombshell », un nouveau candidat censé rebattre la dynamique du groupe. Corbin Mims, 22 ans, originaire de Miami, mesure 1,93 mètre et a un corps d’acharné du fitness. Il ne marche pas, il chaloupe, lentement, et son visage aux traits réguliers n’exprime aucune émotion. Les autres candidats le lui diront plus tard, encore sidérés : « On dirait qu’on t’a attrapé sur le mont Olympe pour te larguer ici, dans la villa. » Corbin est nimbé de la grâce d’un Apollon. Mais ce ne fût pas sa chance.
CorbinGPT : l’homme en toc
Corbin n’est pas juste très beau. La nuit, il ne ronfle pas, ne transpire pas, ne bave pas : il reste immobile, comme un Ken mis en veille qui rebooterait. Le jour, parfois, il marque un temps d’arrêt avant de répondre, comme la latence d’une IA entre deux prompts. « Mec, tous tes gestes, ta démarche, c’était tellement animé, tellement IA, on dirait que tu sors d’un labo ! », claironnent ses concurrents. De l’autre côté de l’écran, les spectateurs lui colleront un surnom : CorbinGPT.
Love Island USA a ses fans, ils sont nombreux et hyper investis. L'émission, qui a inspiré, au printemps dernier, L’Île de la Tentafruit, une parodie générée par IA, est la télé-réalité la plus regardée du streaming américain. Le principe du programme est d’une simplicité cruelle. Des célibataires enfermés dans une villa se mettent en couple, se trahissent et se recouplent. Le public vote, élimine, et le dernier duo debout empoche 100 000 dollars. Dans ce temple du faux, le fake sert d’unité de mesure : corps limés au scalpel et surgonflés au Botox, larmes et rires de commande, trahisons millimétrées, dramas surjoués. Corbin y dérange par un excès inattendu. Il est trop lisse, trop impassible, trop « parfait » pour une émission qui exige qu’on en fasse trop.
« That’s so AI »
Parce que l'IA peut fabriquer du parfait à volonté et pour presque rien, la perfection, désormais, éveille le soupçon. Un visage sans pores ni ridules, une silhouette trop longiligne, une chevelure trop épaisse fascinent moins qu’ils n’intriguent : et si une machine les avait produits ? Dans les cours de récréation, les enfants de la génération Alpha en ont fait leur insulte favorite. Selon The Guardian, « That’s AI ! » s’abat sur tout ce qui paraît trop incroyable, ou sans émotion, ou juste inauthentique. C’est peut-être super, mais ça pue le toc.
Un changement qui pourrait nous redonner le goût de l’imparfait ? Maintenant que le sans défaut appartient à la machine, il faudra bientôt rater quelque chose pour être cru, et le pas complètement bien ficelé deviendra le signe de reconnaissance de notre made in human. À moins que, comme Photoshop et l’Auto-Tune avant elle, l’IA ne finisse par élargir à son tour les codes du beau.



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