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Gen Z : une génération entre mythes, illusions et réalité

© Nicole Geri via Unsplash

La génération Z, parfois résumée en « Gen Z » , mobilise autant d’experts à son sujet qu’elle intrigue par son côté indéfinissable. Regroupant les individus né·e·s à partir de 1997, elle est la première génération à avoir grandi avec Internet, et fascine autant qu’elle interroge.

Les générations sont parfois définies de manière douteuse, surtout lorsqu’elles s’apparentent à des concepts marketing. Ce que l’on peut néanmoins affirmer, c’est que la génération Z représente aujourd’hui 32 % de la population mondiale. Toutefois, au-delà de tranches d’âge aisées à définir, ce sont les usages de la Gen Z qui fascinent les « boomers », et qui pourraient nous permettre de mieux cerner les dénominateurs communs de cette jeunesse par nature protéiforme et insaisissable.

La Gen Z : entre mythes et leurres

Engagée pour la justice sociale et climatique, accro aux réseaux sociaux et superficielle à souhait : voilà les clichés entretenus sur la jeunesse de 2022 par certains médias. Mais la génération Z, comme les précédentes, ne peut être réduite à une succession de poncifs. Entre vegans critiques du système et procapitalistes fans de NFT, cette génération est composée d’individus distincts, mais soumis aux mêmes influences, et qui partagent encore quelques références communes.

L’un de ces points communs ? Le rapport à l’intime, qui semble évoluer du fait de l’utilisation des réseaux sociaux, rendant toujours plus floues et fluides les frontières entre intimité et extimité. L’extimité, c’est ce concept défini par le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron, selon lequel une personne a le désir de représenter une partie de sa vie intime. Mais on ne peut tenter de saisir ce qui fait la Gen Z sans prêter une attention particulière à la suite de la définition du concept : l’idée derrière l’extimité est de dévoiler son intimité, autant physique que psychique, afin de mieux se l'approprier grâce aux échanges qu’un tel partage suscite.

L’illustrateur Théo Grosjean, par exemple, s’affiche sur Instagram par le prisme de la bande dessinée pour évoquer sans filtre sa vie d’hyper-anxieux.

https://www.instagram.com/p/CM9-Ua7jRsM/

L’anxiété est souvent soulignée comme étant l’un des affects les plus partagés, et donc exprimés, par cette génération, sur Instagram comme ailleurs. L’illustratrice brésilienne Marcela Sabiá, qui a longtemps souffert du regard des autres, utilise le réseau social comme un espace d’échange et de conseils autour de la maladie mentale.

https://www.instagram.com/reel/CYhubDgJzpS/?utm_source=ig_web_button_share_sheet

Une génération qui se sent mal comprise

En proie aux angoisses existentielles et climatiques, la Gen Z s’interroge très tôt sur la nécessité ou non de faire des enfants. C’est la question que soulève le journaliste Mathieu Magnaudeix, qui dépeint cette « génération Ocasio-Cortez » , en référence à l’élue américaine, dans une interview donnée à L’ADN. Selon lui, Internet leur permet de s’engager de manière plus fluide autour de nombreux questionnements et combats.

Les réseaux sociaux ont largement participé à faciliter cette prise de parole dans le débat public, transcendant les visions partisanes classiques pour répondre du mieux possible aux enjeux que la Gen Z affronte. Selon la politologue Réjane Sénac, « le diagnostic commun est celui de la dénonciation d’un système capitaliste à la fois sexiste, raciste et écocidaire, qu’il est nécessaire de reconnaître comme tel pour agir efficacement. La réponse est dans la diversité des tactiques : plaidoyers, recours juridiques comme pour l’Affaire du siècle, désobéissance civile ».

Extension du domaine de la lutte ? Selon Le Monde, les « manifestations, engagements et usages des réseaux sociaux sont autant de facettes d’une expression nouvelle » de la politique. Exemple emblématique, « les marches pour le climat sont apparues dans et par la jeunesse » , ajoute le quotidien.

Faire le portrait d’une génération est par définition un exercice toujours délicat. Heureusement, des expert·e·s nous permettent de mieux la saisir.

Pour mieux comprendre la Gen Z

Depuis quelques années, initiatives et ouvrages se multiplient pour mieux appréhender cette génération. Dans La génération Z aux rayons X, l’anthropologue Élisabeth Soulié offre de nombreuses clés au cœur d’une enquête de 120 pages. Côté livres toujours, Gabrielle Halpern, docteure en philosophie, a publié Tous centaures ! Éloge de l'hybridation, dans lequel elle analyse l’identité au XXIe siècle, marquée selon elle par une interfécondité inédite.

Via un tout autre biais, celui d’Instagram et de son compte @Culturepopandpsy, le psychiatre Jean-Victor Blanc met en lumière les troubles mentaux à travers des exemples issus de la pop culture, de Britney Spears à la série Euphoria en passant par la figure d’Amy Winehouse. Simple et efficace. Mais qui de mieux placé pour parler de la Gen Z que la Gen Z elle-même ? Abdelilah Laloui, écrivain et étudiant de 21 ans relate dans son livre Les Baskets et le Costume son premier jour à Sciences Po et sa quête de légitimité. Camille Étienne est une autre de ces voix. Militante, écologiste et étudiante, elle est la porte-parole du mouvement « On est prêt » , qui a pour but de lutter par tous les moyens contre le dérèglement climatique.

Afin que les entreprises puissent également se saisir du sujet, le think tank AFK (Away From Keyboard) imaginé par la Gaîté Lyrique à Paris, analyse chaque pan de la génération Z au cours de conférences thématiques. Les questions soulevées ? Comment les référents culturels (culture web, pop culture), nouvelles sociabilités, valeurs et identités, intimité et extimité de cette génération se construisent par et pour Internet ? Qu’est-ce que leurs usages racontent des futures pratiques post-internet et de la fluidité des pratiques ? Quelles sont les nouvelles formes de l’engagement ? Un vaste programme pour une génération qui ne se laisse pas si facilement définir.

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