Emmanuel Macron

Discours de Macron : après plus d’un an de pandémie, « l’allocution Covid » est devenue un genre à part entière

Et de 7 ! Un peu plus d’un an après son premier discours, Emmanuel Macron a prononcé sa 7e allocution sur la crise du Covid. Les mois passent, et les discours se ressemblent et se répètent. Analyse avec Raphaël Haddad, spécialiste de la communication politique et fondateur de l’agence Mots-Clés.

Des héros en blouses blanches, des sacrifices et des efforts, le « bout du tunnel » à l’horizon... Tiens, ça ne nous rappellerait pas quelque chose ? Le discours du mercredi 31 mars 2021 d’Emmanuel Macron avait un sacré goût de déjà-vu. Après plus d’un an de pandémie de Covid-19, la dernière allocution télévisée du Président de la République sonne comme une chanson familière dont on connaît déjà l’air. Et c’est normal !

On connaît déjà la chanson

« C'est la septième allocution en un an » , rappelle Raphael Haddad, fondateur de l’agence Mots-Clés et docteur en Analyse du discours. Au fil des mois, on voit se dessiner un genre linguistique dans les fameuses « adresses » d’Emmanuel Macron. « C’est-à-dire un discours avec des marqueurs forts, clairement identifiables, et donc qui est très facile à prévoir » , analyse le linguiste. Pour preuve, les réactions sur les réseaux sociaux en amont de l’apparition télévisée du Président. L’exercice est devenu un rituel et les bingos qui pronostiquent les formules phares du discours à venir se sont multipliés. Et en linguistique, cette prévisibilité à un nom : la phraséologie politique. Une technique qui s’observe dans « le choix de certaines formulations, l’emploi de mots récurrents et même jusqu’à certains phrasés » , nous explique Raphael Haddad.

Les ingrédients d’une recette qui fonctionne

Le premier ingrédient de la recette du discours Covid « à la Macron » est le récit d’aventure. « La structure narrative est celle d’un Président de la République qui se place en mentor d’un récit dont les Français sont les héros » , note Raphael Haddad. Emmanuel Macron nous a donc conté une année de vie sous Covid faite « d’angoisses, de sacrifices, de fiertés et d’actes héroïques. » Des éléments de storytelling que l’on retrouve dans chaque allocution et qui, indique Raphael Haddad, peuvent donner un sentiment d’infantilisation à une partie des Français et Françaises.

Deuxième figure imposée de l’allocution-pandémie, le cadrage. Comme à chaque fois, Emmanuel Macron énonce les faits qui font justifier les mesures à prendre. Cette fois-ci, il fait usage de la fonction performative de la parole présidentielle pour définir le cadre du réel et donc des choix politiques à venir. En quelques jours, l’approche ultra-localisée s’est transformée en « aucune région métropolitaine n’est épargnée » . « Les chiffres n’ont pourtant pas significativement changé. Comme à chaque fois, le cadrage est un choix politique » , commente Raphael Haddad.

Dans cet exercice oral maintenant maîtrisé, Emmanuel Macron ne se contente pas de présenter une parole performative mais elle se veut également réconfortante. Comment ? En remerciant les soignants, les enseignants et quelques autres professions, et en soulignant leur importance dans cette lutte alors que de nombreuses critiques émanent du corps enseignant et médical. Pour Raphael Haddad, ce phénomène linguistique permet au Président de la République de distinguer ses prises de paroles de celles de son gouvernement puisque « c’est le seul à se livrer à ce grand exercice de réconfort dans une allocution solennelle. » De quoi cocher une ou deux cases de notre Bingo.

Une mécanique bien huilée mais des audiences en baisse

Grâce à leur caractère prévisible, certains attendent avec impatience – et ironie – les allocutions du Président Macron. Mais globalement, les audiences s’essoufflent quelque peu. Le 16 mars 2020, le discours dans lequel Emmanuel Macron annonçait entrer en « guerre sanitaire contre le Covid-19 » avait réuni 35 millions de téléspectateurs. Des chiffres dignes d’une finale de Coupe du Monde de Football. Le 28 octobre 2021, nous n’étions plus que 32,7 millions pour la 5e allocution. Tandis que la dernière en date a été suivie par 30,8 millions téléspectateurs. Les Français en auraient-ils assez d’écouter la même chanson ?

commentaires

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  1. Hervé Danton dit :

    31 millions, c'est beaucoup de monde. 6 fois plus que la meilleure émission de TV...

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