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Vidéos « gongbang » : quand étudier devient un phénomène viral sur YouTube
© The Strive Studies (YouTube)

Vidéos « gongbang » : quand étudier devient un phénomène viral sur YouTube

Le 23 févr. 2021

Non, il ne s'agit pas du phénomène pornographique dont on ne saurait prononcer le nom - étonnamment similaire - mais d’un style de vidéos né sur YouTube en 2018. La tendance, qui consiste à se filmer, en silence, pendant de longues séances de bachotage, connaît un regain de popularité chez les étudiants isolés par la pandémie.

L’ambiance est studieuse dans le sub-univers YouTube des vidéos « gongbang ». Il n’y a qu’à taper ce drôle de mot-clé sud-coréen (version courte du terme « gongbu bangsong », littéralement « émission d’étude », ndlr) pour se retrouver, en quelques clics, au beau milieu d’une bibliothèque universitaire virtuelle. 

Ici, des étudiants du monde entier se filment en train d’étudier, et comme dans la vraie vie, le silence est de mise. En témoigne la vidéo d’une certaine Sarang Choi, capturée en 2019 depuis l’imposante Bibliothèque publique de New York et cumulant près d’un million de vues. 

La séance, qui dure un peu moins d’une heure et demie, a tout du cérémonial d’ASMR. On y voit une jeune femme sortir précautionneusement les stylos de sa trousse, les poser un à un sur la table et ouvrir délicatement son carnet de notes. Bouchons d’oreilles enfoncés, elle se met au travail, notant çà et là des bribes d’informations, bercée par le bruissement des pages qui se tournent.

Retrouver un semblant de vie étudiante

Selon le South China Morning Post, la tendance aurait émergé en Corée du Sud après qu’un étudiant se soit filmé face à ses manuels scolaires pour prouver à ses parents qu’il était sagement en train de travailler. Repérée dès 2018 par le Korea Herald, elle connaît un regain de popularité international avec la pandémie, les étudiants n’ayant d’autre choix que de travailler depuis chez eux. 

Aujourd’hui, certaines de ces vidéos enregistrent des centaines de milliers de vues. C’est le cas de la chaîne américaine The Strive Studies (plus de 400 000 abonnés), qui relate le quotidien d’une étudiante en médecine ou encore de The Man Sitting Next To Me (plus de 53 000 abonnés), l’une des chaînes « gongbang » les plus populaires en Corée du Sud. 

Son animateur, qui revendique la création de « la première émission d’étude au monde à être diffusée en live durant 24h », propose des séances de travail en direct. Certaines permettent aux spectateurs de se challenger en appliquant des techniques de gestion du temps comme la « méthode pomodoro », qui consiste à établir plusieurs plages horaires de travail, rythmées par un minuteur et séparées par de courtes pauses. 

Une autre fenêtre sur le monde

Pour les étudiants qui regardent ces vidéos en 2021, c’est là un moyen de se motiver à travailler en l’absence de cours en présentiel, d’atténuer la solitude à l’aide d’un fond sonore, voire de retrouver la franche camaraderie d’un groupe d'étude. Mais au-delà du contexte actuel, le phénomène n’est pas nouveau, tout comme le sentiment d’isolement des jeunes générations n’a pas eu besoin d’une pandémie mondiale pour s’exprimer sur et en-dehors du Web.  

La tendance fait d’ailleurs penser aux radios YouTube destinées à la relaxation ou au bachotage à la maison, à l’instar de ChilledCow, la plus connue, dont « l’anime girl » potasse sur une playlist de jazz et de hip-hop à côté de son chat. 

Qu’il s’agisse de personnages animés ou d’humains de chair et d’os, le principe est le même : on se retranche dans sa solitude tout en lorgnant sur son voisin en vidéo. Autrement dit, on se plaît à « être seul, mais ensemble », titre le quotidien suisse Le Temps qui décrypte le phénomène. Rien de nouveau sur le Web ?

Margaux Dussert - Le 23 févr. 2021
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