Matthew McConaughey en train de pleurer

Qu’est-ce que le « corecore », cette tendance qui glorifie le désespoir sur TikTok ?

© Warner Bros

Ces vidéos mashups mélangeant extraits de films, vidéos du Web et musiques tristes font ressentir à la GenZ des émotions extrêmement négatives.

Adam Drivers qui hurle et qui tape dans un mur, l’interview d’une personne qui reste silencieuse, des vidéos de gens qui marchent dans la rue sous la pluie et des mélodies dramatiques… Tels sont les quelques éléments qui constituent le mouvement esthétique « corecore » ou nichecore ». 

Ces vidéos parfois cryptiques gagnent en popularité avec plus de 319 millions de vues sur TikTok. L’idée qui se niche derrière ces mashups d’un genre nouveau est de faire ressentir aux spectateurs une émotion censée résonner avec l’absurdité de notre époque. Mais à force de surgir dans les fils « pour toi » de la plateforme, ces vidéos ont provoqué une drôle de polémique. Explication.

Ça veut dire quoi « corecore » ?

Pour comprendre le « corecore », il faut d’abord se pencher sur le nom même de cette tendance. Sur TikTok, le suffixe « core », désigne de manière globale un domaine esthétique, une passion. On dira « cottagecore » pour ces vidéos qui esthétisent la campagne anglaise par exemple ou « weirdcore » pour celles qui tentent d'être surréalistes, un peu planantes. Le « corecore » quant à lui, est censé représenter l’esthétique des esthétiques car elles puisent dans tous les types d’images – celles qui viennent du cinéma, de l’animation, de la télévision ou du Web, évidemment. Mises bout à bout, elles finissent par délivrer un message. Comme l’indique le compte Spotter, les vidéos « corecore » invitent à décrypter le sens qu'a voulu y mettre son créateur.

Une esthétique qui fait réfléchir

Ce format n’est évidemment pas nouveau et la culture du mashup est aussi vieille que YouTube. Depuis plusieurs années, des monteurs créatifs s’amusent à bidouiller des images pour leur faire dire autre chose, et surtout n’importe quoi, comme c’est le cas avec les vidéos youtubepoop. D’après le site KnowYourMeme, on trouve les premières traces de vidéos « corecore » sur Tumblr au début des années 2020. Elles ressemblaient à un pot-pourri ultra-cryptique qui a totalement changé en basculant sur TikTok. Les comptes précurseurs comme @highenquiries ou @masonoelle ont utilisé le « corecore » pour pointer les angoisses de notre époque comme la solitude des gens, ou les conséquences néfastes du capitalisme. En regardant leurs vidéos, on ne peut s'empêcher de penser au travail du documentariste britannique Adam Curtis. Ce dernier utilise les très nombreuses archives de la BBC montées en mashup pour expliquer l'histoire des grandes idéologies du XXe et du XXIe siècles. Mais depuis quelque temps, le hashtag a été récupéré par d’autres créateurs pour être orienté vers des messages beaucoup plus problématiques. 

@highenquiries

It’s not confidence #highenquiries original music by @temp01

♬ original sound - John Rising

Pleurer en musique

Quand on scrolle les vidéos « corecore » récentes, ces dernières semblent exclure toute forme de réflexion pour se focaliser sur la glorification d’émotions négatives comme le sentiment de solitude, la tristesse, la dépression ou le désespoir. C’est ce que décrit la tiktokeuse panicmixiedreamgorl qui explique que la niche « corecore » affiche désormais un pessimisme déprimant.

Elle trace un parallèle intéressant avec une théorie du philosophe britannique Robin G. Collingwood selon laquelle il existerait deux types d’art : un art de l’amusement et un art « magique ». Le premier offre aux spectateurs la possibilité de s’évader du quotidien sans bouleverser leurs croyances tandis que le second leur permet de mieux se connecter au monde et d'être un levier d'action sur ce dernier. En supprimant toute forme de réflexion pour privilégier une glorification du « seum » (ou du spleen) le « corecore » n’apporte à ses spectateurs que lamentation et désespoir sans d'autres possibilités d’action que de mettre un like. 

commentaires

Participer à la conversation

Laisser un commentaire