Holly Herndon L'ADN

Qui est Holly Herndon, l’artiste à l’avant-garde de toutes les transformations numériques ?

Elle incarne l'avant-garde en matière de musique hybridée aux technologies. Holly Herndon, musicienne et chercheuse américaine basée à Berlin, nous épate en explorant toutes les nouvelles formes de créativité.

Frange sage, visage poupin, yeux translucides : Holly Herndon ne correspond pas à l’image que l’on se fait du nerd, ces personnes à la pointe de toutes les révolutions technologiques. Et pourtant, elle est l’une des artistes les plus avant-gardistes du moment. Son travail réussit la synthèse entre musique pop, nouvelles technologies et réflexion critique sur les transformations numériques. Quand elle n’arpente pas le web en compagnie d’Holly+, son avatar numérique qui est aussi un outil de création musicale à partir d’intelligence artificielle, elle participe à des conventions spécialisées, comme par exemple à ETHDenver, le rassemblement des amateurs et amatrices de cryptoculture. Il lui arrive aussi de prendre la parole à l’occasion de TedTalks pour évoquer ses réflexions sur les identités numériques. Dernièrement, elle s’est investie dans la création de NFT générés à partir d’IA et les vend aux enchères via la galerie digitale Foundation.app. Bref, Holly Herndon est partout là où les futurs numériques se dessinent.

Synthèse futuriste entre pop et tech

Holly Herndon est d’abord une artiste pop qui compose de la musique assistée par ordinateur. On lui doit trois albums, chacun incarnant une itération de sa recherche sur les liens entre création artistique et technologie. En 2012, Movement était une réflexion sur le lien intime qui peut naître avec un ordinateur dans le cadre d’un processus de composition musicale. Avec Platform, elle produit en 2015 une réflexion critique sur le « néo-féodalisme d’Internet » et plaide pour un web alternatif, radical et décentralisé. La chanson DAO (decentralized autonomous organizations) fait référence aux communautés décentralisées du Web3 dont on parle beaucoup aujourd’hui. Mais à l’époque, seul•e•s les spécialistes des contre-cultures du web et les geeks les plus pointus savent de quoi il s’agit.

Holly Herndon, toujours en avance sur son temps ? En 2019, elle innove de nouveau en composant PROTO, un album créé en collaboration avec une IA qu’elle a elle-même conçue et entraînée. Baptisé Spawn (de l’anglais « to spawn » , se reproduire), ce programme est accessible en open source afin que les artistes puissent se l’approprier. Au journal Libération, elle confie en 2019 que son travail s’articule autour de plusieurs questions :  « Comment pouvons-nous avancer avec la technologie et sans la suspicion d'une création automatisée et déshumanisée ? Quelle partie de la performance musicale mérite d'être préservée ou développée et quelle partie mérite d'être plus automatisée encore ? ».

Holly+ : avatar numérique et instrument de composition 3.0

Holly+, son dernier projet, tient autant de l’avatar numérique que de l’outil de composition. En exploitant la technologie DALL•E 1 développée par la plateforme OpenAI, Holly Herndon a mis au point un outil de manipulation vocale et visuelle à partir d’intelligence artificielle. Comme en 2019 avec Spawn, elle propose Holly+ en accès libre et open source afin que les artistes puissent composer à partir de sa voix. Les différentes compositions que lui soumettent les musiciens et musiciennes sont partagées dans une DAO spécialement créée pour l’occasion. Une vente aux enchères des morceaux vient d’être organisée, avec plus de 70 contributions proposées.

Artiste unique venue des franges de l’avant-garde numérique, Holly Herndon n’en finit pas d’innover. Comme le souligne le critique musical de Libération, Olivier Lamm : « Herndon fait partie des (très) rares artistes actuels à encore croire, corps et âme, dans la possibilité d’une pop music jamais entendue, élaborée avec des moyens technologiques toujours plus audacieux qui n’ont jamais été aussi versatiles et aisés à utiliser. »

Technophile sans être techno-béate

Holly Herndon n’est pas seulement musicienne, elle est aussi une théoricienne des technologies. Sa thèse en composition musicale a été soutenue à l’université de Stanford, le creuset qui a vu s’épanouir les grands noms de la tech, des chefs d’entreprises mythiques du numérique aux développeurs stars. Il serait pourtant erroné de ne voir en elle qu'une techno-béate formatée par la Silicon Valley. Si elle croit fermement dans le potentiel créatif des nouvelles technologies, elle défend également les grands principes du web pré-GAFAM : neutralité, décentralisation et désintermédiation. D’ailleurs, elle n’hésite pas à critiquer l’emprise des géants du numérique sur un Internet assimilé à un espace féodal.

Avec son compagnon Mat Dryhurst, lui-même artiste et enseignant à l’université NYU, elle figure dans la liste ArtReview des 100 personnes les plus influentes du monde de l’art. Aujourd’hui, Holly Herndon est plus que jamais l’une des emblèmes de la New Aesthetic, un terme de l’écrivain britannique James Bridle qui fait référence aux ruptures esthétiques permises par les nouvelles technologies, que l'on pense au glitch, à la vidéo ou à l'art généré par intelligence artificielle. Pourtant, Holly Herndon reste une artiste pop relativement confidentielle. Mais son influence n’en finit pas de s’étendre, depuis les marges de ces espaces numériques qu’elle affectionne tant.

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