Fashion week metavers

On est allés à la première Fashion Week du Métavers

Du 24 au 27 mars se tenait sur Decentraland la première Metaverse Fashion Week. On y était.

Il en a fallu de la détermination. Pas pour obtenir des entrées ultra-selects que l’on ne donne qu’aux influenceurs les plus en vue – non. Cette Fashion Week-là est ouverte à tous et nous nous y sommes même rendus en short et t-shirt (non sans honte, on y reviendra). La vraie difficulté était ailleurs. Pour cette première Metaverse Fashion Week (MVFW), il fallait surtout trouver un ordinateur assez puissant pour accéder à ce monde virtuel.

Quatre ordinateurs plus tard (dont un emprunté à un développeur, ce qui n’empêchera pas des temps d’exécution dignes de Windows 95), nous voici donc dans Decentraland. La plateforme décentralisée est l’une des plus populaires du moment. Ici, toutes les parcelles de terrains virtuels ont été vendues depuis plus d’un an, selon les observateurs du milieu (aka Reddit). Certaines l'ont été pour plusieurs millions de dollars : 618 000 MANA exactement, la monnaie locale basée sur la chaîne de blocs Ethereum, équivalente à l’époque à 2,43 millions de dollars, pour une parcelle en plein cœur du Fashion Street District achetée par Metaverse Group. Ça tombe bien, c’est là où nous allons. Nous étions prêts à en prendre plein la vue.

La pauvreté de l’avatar gratuit

Première étape, construire son avatar. Ici, pas de fantaisie, Decentraland est un monde bien sérieux… et genré ! Vous aurez donc le choix entre un homme et une femme, de composition moyenne. Ni grand, ni petit, ni gros, ni non-binaire : le woke n’est pas passé par là. Vous pensez vous rattraper par un look provocateur et des accessoires baroques ? Pas avant d’être passé à la caisse, cher citoyen du monde virtuel. Vous aurez les cheveux blonds, bruns ou noirs et la coupe la plus extravagante est une iroquoise tout droit sortie des années 80 – la couleur en moins. Côté accessoire, on nous concède des lunettes en forme de cœurs et un diadème. Tendance Coachella circa 2010. Mouais.

Qu'à cela ne tienne. Au bout de quelques tentatives ratées, l’exercice ne nous amuse plus du tout et on se résout à cliquer sur « Randomize » pour générer automatiquement notre alter ego. Nous voici dotés d’un avatar en bermuda en jean et t-shirt blanc floqué du drapeau LGBT, deux chignons sur la tête. Un look résolument normie mais tant pis, se dit-on. Grave erreur.

Outfit virtuel, mais envie bien réelle

Arrivée au cœur de l’action : un catwalk avec des fleurs de lotus pixelisées, nos amis du monde virtuel se dévoilent. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que leurs outfits – ou skins, dans le méta-jargon – sont beaucoup moins tartes que le nôtre. Ici, un hippy se déplace en lévitation sur une feuille de canna gigantesque. Là, un avatar de dieu hindou. Partout, des crypto bro, bombers colorés à la coupe ajustée et lunettes bitcoin. Quelques talons aiguilles lumineux nous font de l'œil. Et voilà pour la première fois de notre vie un sentiment étrange : la sensation d’inadéquation dans le monde virtuel et le retour des pulsions d’envie. Dans le monde virtuel, comme dans la vie réelle, nous aussi, on veut avoir l’air cool.

Un avatar sur sa feuille de cannabis

On se téléporte donc jusqu’au Luxury District, le quartier des marques de luxe curaté par UNXD. La plateforme, spécialisée dans la conception et la vente de NFT pour les acteurs du luxe, s’est fait connaître en s’associant à Dolce & Gabbana pour une série de NFT en octobre dernier. Recette de l’initiative : 5,7 millions de dollars. Pour cette MVFW, les deux marques ont mis en scène un défilé de mode – d’où nous étions absents pour cause... de problèmes techniques. Dans ce quartier dédié au luxe, la plateforme, en collaboration avec Vogue Arabia, a invité des maisons à tenir leurs boutiques pop-up le temps de l’événement. Gary McQueen expose sa collection numérique, D&G a mis en vente des boîtes en NFT pour « un voyage entre la vraie vie et le métavers » (on ne connaît pas le prix final mais il fallait plus de 9 200 euros sur son portefeuille numérique pour s’inscrire et avoir une chance de remporter la vente), et Auroboros nous emmène dans son monde onirique de looks virtuels pour photoshoots bien réels et met en vente quelques skins inspirés de mystique ou de biomimétisme.

Pour les marques de prêt-à-porter, direction Rarible Street – nommée après la plateforme de vente de NFT Rarible. On s’extasie devant les robes designées par Regina Turbina, cofondatrice de la plateforme de mode numérique Artisant, pour Puma. On s’amuse des masques à la Kanye West de crypto couture. On s’arrête devant les looks texturés de Placebo, qui vante sa mode « sans genre, sans âge, sans taille » . Combien ? Les robes Puma ont été mises aux enchères et les offres oscillent pour le moment entre 3 400 dollars et 10 200 dollars. Pour un masque virtuel, comptez 88 MANA, soit 219 euros (à l’heure où l’on écrit, un MANA équivaut à 2,49 euros). Chez Placebo, les skins sont autour de 650 MANA (1 618 euros). Hors budget ? Vous pouvez aussi acheter des sweats à capuche « Support your local girl gang » pour 15 MANA (37 euros)...

Du côté des marques, l’énergie des pionniers

« Pour la plupart des marques, ce sont les premiers accessoires lancés dans le Métavers » , justifie Flore Pilzer, directrice du développement de Monnier Paris. Le site d’e-commerce spécialisé dans l’accessoire de luxe s’est associé à la marque de mode virtuelle Republiqe et a invité cinq marques à numériser leurs produits phares. Des skins vendus entre 250 et 500 euros – une offre complémentaire aux vêtements virtuels en vente sur le site de Monnier pour une dizaine d’euros, fait valoir Flore Pilzer. Surtout, pour la directrice du développement, au-delà des quelques difficultés techniques et de prise en main des avatars, c’est l’énergie des pionniers qui l'a marquée. « Ce qui m’a bluffé, c’est l’excitation et l’émerveillement envers ce monde. On teste de nouveaux modes de consommation. Pour nous, c’est une courbe d’apprentissage qu’on recherche, un pilier fondamental. » Une première donc, en forme d’expérimentation qui valait bien quelques glitchs.

Pour la closing party, Auroboros a organisé dans son espace un show de Grime. Problème, pour bien en profiter, il faut monter en haut d’un escalier serpent sinueux et sans rampe. Chute assurée. Dans le chat, on s’échange des conseils pour y parvenir.

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