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photo noir et blanc d'un homme poussant une charge
© Tommaso Protti pour la Fondation Carmignac

Déforestation, gangs, pauvreté… ces photos montrent les violences qui gangrènent l’Amazonie

Le 4 déc. 2019

Pendant plus de sept mois, le photojournaliste Tommaso Protti a parcouru des milliers de kilomètres en Amazonie. Il revient avec des clichés poignants illustrant la complexité des violences qui abîment la région : entre crise environnementale, humanitaire et économique.

« Il m’est très difficile de résumer les mois qui ont suivi, écrit Tommaso Protti en novembre 2018, un peu plus d’un mois avant l’accession de Jair Bolsonaro au pouvoir. Mener à bien ce projet revenait à rassembler des pièces disparates, comme dans une mosaïque... »

Des mots qui disent tout du reportage Amazônia, présenté à la MEP (Maison Européenne de la Photographie) jusqu’en février 2020. 

photo de déforestation en Amazonie

© Tommaso Protti pour la Fondation Carmignac _ Grajau, Maranhão. Zone déboisée dans le sud du Maranhão, l’un des États les plus affectés par les feux de forêt et le déboisement illégal, qui lui ont fait perdre 75 % de sa couverture forestière. À chaque minute, la forêt tropicale amazonienne perd l’équivalent de la surface d’un terrain de football. Les scientifiques estiment qu’elle a atteint un seuil critique : si sa déforestation se poursuit, elle pourrait ne jamais se reconstituer.

Dans une série de clichés en noir et blanc, le photojournaliste italien y évoque l’impasse dans laquelle se trouve l’Amazonie actuelle, une situation inextricable où se superposent crises humanitaires, économiques et environnementales.

un cadavre dans la rue

© Tommaso Protti pour la Fondation Carmignac _ Manaus, Amazonas. Un jeune homme assassiné gît dans la rue d’une banlieue pauvre, entouré de membres de sa famille, de voisins et de policiers qui attendent la levée de son corps. Il a été abattu d’une balle dans la tête devant sa maison, sans doute faute d’avoir réglé des dettes de stupéfiants.

Un portrait de l’Amazonie contemporaine

En janvier 2019, peu de temps après l’élection du président brésilien, Tommaso Protti entame un périple aux quatre coins de la forêt vierge. Il est flanqué du journaliste britannique Sam Cowie, avec lequel il parcourt des milliers de kilomètres durant plus sept mois. De quoi réaliser que le massacre qui met en péril cette région immense est plus complexe qu’il n’y paraît, que l’Amazonie, ce ne sont pas seulement des « arbres abattus », des « tribus isolées » et des « fleuves immenses ».

Ce sont aussi des villes sans « assainissement » ni « services publics » qui poussent comme des champignons, des meurtres et des cartels de drogue qui se disputent le contrôle du fleuve (L’Amazone), de la prostitution, des exploitants forestiers et miniers illégaux, des activistes indigènes luttant pour la protection de la forêt et des paysans sans terre.

Autant de protagonistes dont les luttes s’entrecroisent ou se heurtent au quotidien.

des hommes se battent

© Tommaso Protti pour la Fondation Carmignac _ Araribóia, Maranhão. Des gardes forestiers Guajajara en patrouille dans la réserve d’Araribóia malmènent un Indigène suspecté de collaborer avec des exploitants forestiers illégaux.

Une réalité à deux vitesses

« Il y a ceux qui déboisent, ceux qui polluent les nappes phréatiques avec le mercure utilisé pour extraire l’or, ceux qui cultivent sur brûlis… poursuit le photojournaliste sur un écriteau à l’entrée de l’exposition. Mais la plupart sont pauvres et estiment ne pas avoir le choix, parce que leur futur arrive demain, pas dans dix ou vingt ans. Pour eux, il y a de la forêt à profusion, les scientifiques ont tort et la faim est une souffrance. »

des enfants jouent dans la for$et amazonienne

© Tommaso Protti pour la Fondation Carmignac _ Territoire indigène de Kayapó, Pará. Des enfants Kayapó jouent derrière une chute d’eau dans le village Kuben-Kran Ken. Le territoire Kayapó est la plus grande zone protégée tropicale au monde, plus de 3,2 millions hectares de forêts et de broussailles abritant de nombreuses espèces menacées. Il constitue une barrière majeure à la déforestation qui progresse depuis le sud.

Une réalité que le photojournaliste, basé à São Paulo, s’attache à dépeindre et à confronter aux intérêts d’entreprises privées.

Bienvenue en Amazonie, nous dit-il, « théâtre contemporain d’une dystopie ».


Né en Italie en 1986, Tommaso Protti vit et travaille à São Paulo au Brésil. Il a débuté sa carrière de photographe en 2011 après un diplôme en sciences politiques et relations internationales. Il se consacre depuis à ses propres projets au long cours. Son travail a été exposé dans le monde entier et ses photographies sont publiées dans des titres d’envergure internationale. Il travaille également avec des organisations internationales comme les Nations Unies. Il est membre de l’agence Angustia.

Le reportage Amazônia a été produit avec le soutien du Prix Carmignac du Photojournalisme. 

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