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L’art au temps du Covid : votre journal intime pourrait bien intéresser les musées
© Victor Mora via Covid Art Museum

L’art au temps du Covid : votre journal intime pourrait bien intéresser les musées

Le 28 mai 2020

Que retenir de la pandémie ? S’il est encore tôt pour se poser la question, de nombreuses initiatives muséales, artistiques et anthropologiques ont fleuri durant le confinement. Et avec elles, autant de façons de documenter l’époque pour faire « mémoire ». 

J’ai cherché à montrer à quoi ressemblerait une création artistique dans le contexte de l'isolement. Ça m’est venu comme un éclair de génie. La créativité est exactement ce qui nous aidera à surmonter cette période unique. 
Ana,  jeune femme originaire de Crimée, fait partie des millions de personnes qui ont participé au #GettyMuseumChallenge durant la pandémie du Covid-19. Il lui a suffi d’un téléphone pour recréer ce nu du peintre Jacob Collins. Elle y glisse un brin d’humour et deux artefacts bien contemporains : un ordinateur et une page d’accueil Netflix qu’elle fixe avec une certaine lassitude. 

 

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Objectif de ce défi planétaire lancé le 14 mars ? Se grimer en oeuvre d’art pour oublier, le temps d’une mise en scène, la solitude du confinement et l’anxiété liée à la pandémie. Le challenge, initié par le compte Instagram de trois Hollandaises en colocation (Tussen Kunst & Quarantaine), visait à rassembler des gens reclus aux quatre coins du monde au travers de la création artistique. 

Un musée virtuel dédié à la pandémie

Partout, artistes et créateurs en herbe semblent être inspirés par cette « période unique ». Le challenge n’est d’ailleurs pas un cas isolé puisqu’un musée virtuel, le Covid Art Museum, s’ouvre quelques jours plus tard, le 19 mars, sur Instagram. Lancé cette fois par trois Barcelonais passionnés d’art, il recueille des oeuvres crées durant le confinement. 

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Frustration, solitude, peur de la contamination, distanciation physique, gestes barrières... tout ce qui constitue ce quotidien anxiogène devient art et se consomme en scrollant. Dans une Story dédiée à l’initiative, on parle même de la naissance d’un courant artistique : l’art en période de quarantaine. 

« Nous sentions qu’un mouvement était en train de se créer et nous nous sommes demandé ce qu’il adviendrait de tout cet art, ont rapporté les trois créateurs au journal The National. Nous ne voulions pas que ces œuvres soient oubliées, alors nous avons eu l'idée d'un musée numérique, pour le rendre plus accessible aux gens du monde entier. »

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Et chacun est libre de proposer sa production. Selon le Figaro, des propositions affluent de tous les pays, en particulier d’Espagne, du Brésil, des États-Unis, de l’Argentine, du Mexique ou encore d’Italie. Au total, plus de 30 000 oeuvres ont été envoyées aux fondateurs du musée, lesquels les sélectionnent soigneusement. 

Les musées aussi viennent piocher dans nos vies

Si nous manquons encore de recul vis-à-vis de la période, cette volonté de « ne rien oublier » résonne chez beaucoup de personnes et corps de métiers. Du côté des professionnels de la santé, psychologues et psychiatres ont été nombreux à se pencher sur les rêves qui ont hanté notre vécu durant le confinement

Il en va de même pour les musées et institutions culturelles qui se mettent à piocher dans notre vécu pour mieux illustrer la période, en particulier à l’heure où leurs collections sont privées de publics. En France, le MUCEM a récemment lancé un appel aux dons dans le cadre d’une collecte participative d’objets liés au confinement. Idem pour les Archives départementales des Vosges qui récoltent actuellement toutes sortes de récits, témoignages et photos d’anonymes. 

À Los Angeles, le musée Autry, normalement dédié à la conquête de l’Ouest américain, a récemment acquis le journal intime de Franklin Wong, un enfant âgé de 6 ans ayant documenté sa vie durant le confinement. En parallèle, le musée rassemble aussi des recettes de cuisine, des équipements de protection ou encore des masques avec des motifs divers et variés pour compléter sa nouvelle collection : « Collecter l'histoire de la communauté : l'Occident pendant le Covid-19 ».

Pour le New York Times, ce ne sont plus seulement des oeuvres d’artistes que recherchent les musées, mais « les souvenirs de chacun ». Leur défi actuel, comme celui des historiens, consiste cependant à dépeindre la période alors même que la pandémie est loin d’avoir pris fin... De même, qu’est-ce qui, entre le dessin d’un enfant, le montage Photoshop d’un créatif ou la lettre manuscrite d’une inconnue, importe le plus sur le plan historique ? 

C'est dire s'il faudra encore laisser du temps au temps. 

Margaux Dussert - Le 28 mai 2020
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