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Hurlez, cassez, insultez… ces objets vous aident à évacuer vos émotions négatives
© RyanJLane via Getty Images

Hurlez, cassez, insultez… ces objets vous aident à évacuer vos émotions négatives

Le 24 mai 2019

À l’heure où l’on ne jure que par la créativité des « makers », nos comportements destructeurs passent souvent à la trappe. Pourtant, évacuer nos émotions négatives peut améliorer le bien-être. Pour nous y aider, la designeuse Michal Luria a créé des objets cathartiques à frapper ou sur lesquels hurler.

Souvent mal perçues, les émotions négatives font pourtant partie de nos vies. « Des recherches en psychologie sociale ont d’ailleurs montré qu’interagir correctement avec des émotions négatives pouvait améliorer le bien-être. D’autres travaux indiquent qu’un comportement cathartique peut aider à soulager la douleur et peut contribuer à créer un sentiment d’équité sur le lieu de travail », explique la designeuse Michal Luria. Doctorante à l’Institut d’interaction homme-machine de l’Université Carnegie Mellon, elle travaille actuellement à la conception « d’objets cathartiques » destinés à encaisser des coups et des insultes.

Détruire des trucs, c’est bon pour le moral

« Pour beaucoup de gens, la destruction est une pulsion négative. Pourtant, les gens détruisent depuis des milliers d’années : volontairement, de façon ludique ou par accident. Bien qu’il s’agisse d’un comportement très courant, très peu de recherches en interaction homme-machine et en design en parlent ». Afin d’étudier la façon dont la technologie peut nous aider à évacuer, Michal Luria a créé quatre objets réagissant aux gestes ou à la voix. Au cours du processus de fabrication, elle a remarqué que les comportements destructeurs variaient en fonction du matériau de l’objet.

Le premier réagit lorsqu’il est piqué avec un objet pointu. Lorsque trop d’objets y sont plantés, l’objet gigote jusqu’à ce qu’ils soient tous retirés, « ce qui termine un cycle », précise la designeuse. Le deuxième transforme vos insultes en lumière. Le troisième, lui, ressemble à une poupée. Lorsqu’un humain semble contrarié, cette dernière se met à rire de façon irritante. « Ce rire agaçant est destiné à encourager l’utilisateur à éliminer physiquement son énergie négative sur la poupée. La poupée continue de rire tant que l'utilisateur a besoin d'une interaction cathartique supplémentaire. Lorsque l'utilisateur se sent mieux, elle s'arrête », poursuit-elle. Plus intime, le quatrième objet permet aux utilisateurs de créer un message personnalisé, puis de le détruire, le tout sans causer de préjudice à l’éventuelle personne visée. Pas mal.

À terme, Michal Luria aimerait tester ces concepts cathartiques dans le cadre d’une installation interactive. En invitant les gens à participer, elle souhaite en apprendre davantage sur leurs émotions, leurs expériences de destruction et leur perception de ces objets.

La colère, un business prometteur ?

Le concept de la designeuse fait écho à une tendance plus globale. Nées au Japon, les « fury rooms » ou « rage rooms » proposent déjà des salles dédiées à la destruction. On s'y défoule, on hurle et l'on y détruit aussi bien des ordinateurs que des briques et blocs de plâtre. Il y a plus de 10 ans, des salariés japonais s’essayaient déjà à une thérapie contre le stress pour le moins étrange : briser des assiettes contre un mur. En 2015, un hôtel de Tokyo, le Mitsui Garden Hotel Yotsuya, ouvrait même des « crying rooms ». Seul hic, elles ne sont ouvertes qu’aux femmes (apparemment au Japon, les hommes ne pleurent pas).

À noter que certains professionnels de santé s'inquiètent quant aux dérives des exutoires les plus violents. « Décharger la haine, la rage a depuis longtemps été thématisé, rappelle Silvia Geller au Temps. En psychanalyse, Sigmund Freud avait notamment baptisé cette méthode l’abréaction et l’a finalement abandonnée. Sans orientation ni suivi, exploser un vase contre un mur n’aide pas à régler le problème. Au mieux, la personne va s’épuiser pour finalement revenir au même point. Au pire, cette activité peut même produire un recul en réveillant une angoisse majeure ; le sujet peut se retrouver avec une double impossibilité de se débarrasser de sa souffrance ».

Voilà. On peut désormais péter un plomb en toute connaissance de cause.


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