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© Getty Images

Génération sous-traitance : maintenant, des sociétés écrivent vos romans

Le 7 oct. 2019

Faire appel à un prête-plume n’est plus l’apanage des personnalités politiques. Vous rêvez d’écrire un roman ou de signer une saga à la Hunger Games ? Certaines sociétés proposent à des auteurs et autrices confirmés de faire tout le boulot.

Avec les succès des sagas Fifty Shades of Grey ou The Martian – toutes deux auto-publiées au départ – auteurs et autrices en herbe fantasment à leur tour : « pourquoi pas moi ? »

Aux États-Unis, la société de prête-plumes Gotham Ghostwriters a lancé une nouvelle offre dédiée à la fiction. Sa cible ? Monsieur et Madame Tout-le-monde, rapporte un article de Forbes. Alors que faire écrire ses mémoires ou exploits par une autre plume était initialement réservé à une élite, une nouvelle typologie de clients semble annexer le marché. Entendez ici « des personnes qui rêvent de publier un roman ou, éventuellement, de lancer une franchise multimédia », écrit le journaliste Adam Rowe.

Génération sous-traitance

Selon Jennifer Banash, directrice du groupe de création littéraire de Gotham Ghostwriters, ce glissement s’explique en partie par nos usages numériques et notre propension à vouloir « tout, tout de suite ».

Pour Dan Gerstein, fondateur de la société, ce sont nos comptes Twitter et Facebook qui nous ont transformés en apprentis écrivains. « La validation instantanée que les gens obtiennent en diffusant leurs histoires les encourage à viser un public plus large. Deuxièmement, l'explosion des options d'auto-édition et la montée en puissance de plateformes comme Wattpad ont ouvert les portes à des auteurs qui n’auraient jamais pu être publiés auparavant. »

Séries, jeux vidéo, films… passer par le roman pour viser la franchise

Selon la société qui possède un réseau de 2 000 spécialistes éditoriaux et 20 000 freelances, deux catégories de personnes frappent à leur porte : les rêveurs, qui cherchent simplement à partager leur histoire avec le monde et les ambitieux, ceux qui passent par la case « roman » pour viser la franchise multimédia – film, série, jeu vidéo – à succès.

Et ils auraient raison. Dans un autre article, le journaliste explique en effet qu’écrire un livre est un moyen efficace pour percer dans le monde des franchises – il cite notamment les comics Marvel ou Harry Potter, deux succès multimédias notoires de ces dernières décennies – ou sur les plateformes de SVOD. Face à la concurrence, « Netflix, comme toutes les autres plateformes de streaming vidéo, ont désespérément besoin de contenus originaux pour susciter l’intérêt », rappelle-t-il. On est donc moins dans la beauté du geste que dans l’industrialisation de contenus littéraires.

À l’heure où tout sous-traiter devient la norme – une start-up a récemment eu l’idée d’envoyer de « faux manifestants » militer à la place d’individus trop occupés pour se déplacer – on perd un peu l’essence même du propos, à savoir faire les choses par soi-même, ou ne pas les faire... du tout ?

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