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une personne court avec des oiseaux dans un champ
© KHABELSHVILI Luka

Festival Circulation(s) : ces 8 photographes vont vous bluffer

Le 18 avr. 2019

Rapport aux frontières, rapport au corps, rapport aux femmes, rapport aux migrants, rapport au rêve quand on n’a pas d’argent… Au festival Circulation(s), observatoire de jeunes talents photographiques, les thèmes abordés sont poignants et plus que jamais d’actualité.

Tremplin pour les jeunes talents photographiques, le festival Circulation(s) présente son cru 2019, au Centquatre à Paris. Du 20 avril au 30 juin 2019, une trentaine d’artistes européens exposent leur travail selon 5 thèmes naturellement militants : le corps et les souffrances, les paysages et la nature, les territoires, et la photographie documentaire.

Focus sur 8 artistes qui nous ont marqués durant cette 9ème édition.

Camille Gharbi

Nous vous avions déjà parlé de son travail sur les violences conjugales. Poignant. Nous avions pris contact avec l’artiste le 6 janvier dernier, date du premier féminicide de l’année 2019.© GHARBI Camille - Preuves d'amour

Avec sa série « Preuves d’amour », Camille Gharbi met en scène des objets du quotidien qui ont été utilisés comme armes lors d’homicides conjugaux. L’artiste nous racontait à ce sujet : « C’est en lisant un fait-divers que j’ai eu le déclic. Le journaliste décrivait l’arme du crime d’un homicide conjugal, c’était un cutter je crois. J’ai réalisé que le fait de mentionner l’objet, encore plus que le nom de la victime, change notre perception. Cela nous confronte de plein fouet à la brutalité de la réalité ».

© GHARBI Camille - Preuves d'amour

Philippe Braquenier

Data centers, disques durs… Racontant les infrastructures de stockage de données qui soulagent notre mémoire au quotidien, la série « Palimpsest » (un manuscrit sur parchemin dont on a effacé le texte pour le remplacer par un autre, ndlr) illustre la fragilité de notre savoir. Témoin de notre ère tout numérique, le photographe belge Philippe Braquenier résume ainsi son travail : « À mesure que de plus en plus d’informations sont sauvegardées et externalisées sur des disques durs et des services cloud en ligne, le substrat de la mémoire humaine s’effondre lentement ».

© Philippe Braquenier - Palimpsest

Margaret Mitchell

C’est peut-être la série la plus émouvante du parcours. Née en 1968 et résidant à Glasgow, Margaret Mitchell a passé plusieurs années de sa vie à photographier sa sœur et ses trois enfants. Dans « Family » (1994), elle évoque leur vie quotidienne et la difficulté de leur situation socio-économique en Écosse.

© Margaret Mitchell - Family

Après la mort de sa sœur, ce sont uniquement ses enfants qu’elle prend en photo. Et ils ont bien grandi. En témoigne sa série « In This Place » qu’elle réalise des années plus tard, en 2016 et en 2017. Spectatrice des inégalités sociales qui perdurent dans son pays et au sein de sa famille, la photographe nous invite à nous questionner. « Je veux que le spectateur se pose des questions sur la façon dont fonctionne la société, sur le lien entre le choix, l'opportunité et l'environnement. Je veux qu’il voie que les vies sont complexes, que parfois les gens font ce qu'ils font pour la simple et bonne raison que rien ne leur a été offert en premier lieu ».

© Margaret Mitchell - In This Place

Chloe Rosser

« Non, rien n’est photoshoppé ! », nous assure l’artiste londonienne devant ses photos. Sous nos yeux, des corps nus, désarticulés et sans tête.

© Chloe Rosser - Form and Function

Rien d’alarmant, Chloe Rosser a seulement demandé à ses modèles de dissimuler leurs caractéristiques distinctives, visage compris. Examinant notre rapport au corps et les stéréotypes que nous lui attribuons souvent, sa série « Form & Function » donne à voir de drôles d’amas de chair, sortes de sculptures anonymes et presque similaires. Noirs ou blancs, de sexe, d’âge et de sexualité différents, ils questionnent surtout nos feeds Instagram saturés d’images retouchées et de corps standardisés…

© Chloe Rosser - Form and Function

Caterina Lorenzetti

Avec « The Asylum Seeker », l’Italienne Caterina Lorenzetti montre les visages dissimulés derrière des formulaires de demande d’asile. Elle essaye ainsi de déconstruire les préjugés européens attribués aux migrants et la manière dont ils sont invisibilisés par nos sociétés. Sur place, son dispositif est simple mais puissamment humain : quatre feuillets de demande d’asile sont accrochés au mur. On tourne autour sans comprendre avant d’en soulever l’un des coins. Derrière, les visages d’hommes migrants se révèlent au visiteur. La photographe a expérimenté ce travail sur des hommes africains et afghans.

© Caterina Lorenzetti - Untitled - The Asylum Seeker

Luka Khabelashvili

« C’est au printemps 2018, lors des lectures de portfolio du Kolga Tbilisi Photo Festival, que j’ai rencontré Luka Khabelashvili. Chemise colorée, cheveux bouclés, tatouage sur l’avant-bras, il était très pudique et nous regardait à peine pendant que l’on parcourait son compte Instagram, éberlués », raconte Carine Dolek, la première à découvrir ce jeune photographe autodidacte aujourd’hui basé en Géorgie.

© Luka Khabelashvili - The Enlightment

Commissaire d’exposition indépendante, elle l’aidera à monter sa première exposition : une mosaïque de photos Instagram imprimées et simplement collées sur un mur. Un régal digne d'un film de Xavier Dolan.

© Luka Khabelashvili - The Enlightment

Rubén Martín de Lucas

La mission de ce photographe espagnol ? S’approprier 100 m2 de terrain, le délimiter via des formes géométriques, puis l’habiter 24h durant.

© Rubén Martín de Lucas - Minimal Republic

Performance humoristique et installation artistique, la série « Minimal Republics » qui en résulte adresse l’aspect arbitraire et absurde de nos états et de leurs frontières.   

© Rubén Martín de Lucas - Minimal Republic

Emile Ducke

Depuis la chute de l’URSS, les déserts médicaux frappent la Sibérie. Les infrastructures sont insuffisantes et les médecins peinent à parvenir jusque dans l’arrière-pays. On découvre alors qu’il existe un train médical, le Saint Lukas, qui se rend dans les villes les plus isolées de la Russie.

© Emile Ducke - Diagnosis

Basé à Moscou, le photographe Emile Ducke s’est rendu à bord. Il y photographie ses laboratoires d’analyse, ses appareils d’échographie ou d’imagerie cérébrale, sa petite équipe de médecins et d’assistants aussi. « Le train effectue des trajets de deux semaines, dix fois par an, en s'arrêtant à huit gares à chaque trajet environ, raconte le reporter. Habituellement, les régions visitées par le train ne manquent pas complètement de soins de santé, car elles ont au moins un médecin ou une infirmière. Le train permet aux habitants de visiter plusieurs spécialistes bien équipés en un seul jour. Les 17 médecins et leurs assistants examinent jusqu'à 150 patients par jour, soit environ 15 000 patients par an ».

© Emile Ducke - Diagnosis

Festival Circulation(s) au Centquatre-Paris, du 20 avril au 30 juin 2019


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