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rouleau de ficelle orange
© Camille Gharbi

Violences conjugales : des objets du quotidien transformés en armes de crime

Le 7 janv. 2019

En capturant de banals objets du quotidien devenus armes de crime, la photographe française Camille Gharbi sensibilise au phénomène des homicides conjugaux. Minimaliste. Glaçant.

À première vue, la série de photos Preuves d’amour de Camille Gharbi ressemble à un catalogue IKEA. Capturés sur fond gris, les objets qu’elle met en scène semblent n'avoir aucun rapport entre eux. On y trouve un briquet, de la ficelle de cuisine, un robinet, un couteau, une enceinte, un marteau, un tournevis et même un fer à repasser. Pourtant, ils en ont un. Tous ont été impliqués dans des affaires de violences conjugales.

 © Camille Gharbi

« En France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon, rapporte froidement l’artiste sur son site. Certains détails glaçants attirent parfois plus particulièrement l’attention des médias, et la nôtre par la même occasion. Comme l’histoire de Marcelle, retraitée, décédée le 2 mars 2017 à l’âge de 90 ans, tuée par son mari à coups de casserole. Ou celle de Thalie, consultante, décédée le 19 août 2017 à l’âge de 36 ans, battue à mort par son conjoint à coups de robinet neuf non monté ».

Le premier « féminicide » de l’année 2019 a eu lieu le 6 janvier, date à laquelle nous prenions contact avec l’artiste.

Mettre en scène des objets plutôt que des femmes

« J’ai longtemps été sensible à la question des violences conjugales mais je voulais aborder le sujet avec le bon angle, sans tomber dans le voyeurisme, le misérabilisme ou la victimisation, rapporte la dernière lauréate du prix FIDAL, un prix de photographie dédié aux jeunes artistes. C’est en lisant un article de « fait-divers » que j’ai eu le déclic. Le journaliste décrivait l’arme du crime d’un homicide conjugal, c’était un cutter je crois. J’ai réalisé que le fait de mentionner l’objet, encore plus que le nom de la victime, change notre perception. Cela nous confronte de plein fouet à la brutalité de la réalité ».

© Camille Gharbi

253 féminicides recensés

Entre 2016 et 2017, cette architecte de formation a recensé 253 féminicides en France. Un travail de documentation qu'elle effectue en épluchant les journaux et sur la page Facebook Féminicides par compagnons ou ex entretenue par un collectif militant. 

« Ces meurtres ne sont pas de simples cas isolés qui toucheraient une certaine catégorie de la population, rappelle l’artiste. Ces drames montrent des similarités trop prononcées pour être anodines : tous surviennent presque systématiquement dans des contextes de couples en crise ou au bord de la séparation, de jalousie, ou de possessivité exacerbée d’un conjoint sur sa "moitié" ».


La série Preuves d’amour devrait être exposée au 104 lors du festival Circulation(s) 2019, dès le 20 avril prochain.

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