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deux jeunes gens allongés sur la plage
© Marielle Chabal, Al Qamar - Courtesy de l’artiste

Clinique de clonage ou de réaffectation de genre… une artiste imagine les mœurs de 2024

Le 28 juin 2019

Au Palais de Tokyo, l’artiste Marielle Chabal, lauréate du programme Audi Talents, présente Al Qamar, une cité et communauté fictive d’Occidentaux venus s’installer sur les restes d’une base militaire israélienne en 2024. Utopie ou dystopie ? C’est au public d’en juger. 

Digne d’une fiction à la Blade Runner, la prémisse d’Al Qamar, projet à la croisée entre architecture expérimentale et cinéma (semi) documentaire, promet une fiction futuriste que l’on adorerait voir sortir en série :

« En janvier 2023, le groupe de hackeuses féministes des Halmens, installé depuis 2020 à Damas, pirate le système monétaire international en faisant sauter les centres de sauvegarde des données bancaires mondiales. Cette attaque provoque – temporairement – une remise à l’état initial de l’économie, dont naît un espoir de renouveau, permettant à la communauté d’Al Qamar de s’instaurer à la place d’une colonie israélienne désertée – Naomi – près de Jéricho (en 2024 donc, ndlr). » 

Marielle Chabal, lauréate Audi talents 2018 / Exposition alt+R, Alternative Réalité au Palais de Tokyo 

Présentée par l’écrivaine et plasticienne Marielle Chabal au Palais de Tokyo, l’installation brouille les pistes entre utopie et dystopie. On y découvre les idéaux et fondements architecturaux d’une société pas si éloignée de notre époque. Rejet en bloc du capitalisme et des « notions de classes », refus des normes familiales et du patriarcat, sexe et soirées enflammées, bâtiments et tâches partagés, urbanisme excentrique… le décor est planté, et n’est pas aussi idyllique qu’il n'y paraît.

Marielle Chabal, Vue 3D Al Qamar, work in progress / Courtesy Marielle Chabal et Studio Levy

Utopie à la dérive

Sous leur cloche de verre, les principaux bâtiments qui composent la cité servent tous une fonction qui profite à la vie de la communauté. Morgue, hammam, dortoir géant, clinique de réaffectation de genre et même centre de clonage et d’insémination artificielle… Elle est un condensé des avancées sociales, culturelles et scientifiques qui questionnent déjà notre présent, une « hétérotopie » comme elle le dit elle-même – terme qu’elle emprunte au philosophe Michel Foucault et qui désigne la localisation physique d’une utopie.

Marielle Chabal, Al Qamar / Courtesy de l’artiste

Au travers d’un film expérimental présentant ses habitants – ils sont jeunes, beaux, et d’origines diverses – Marielle Chabal relate les pratiques et les limites de ce mode de vie épicurien. Elle injecte, en filigrane, sa propre critique du « colon occidental », lequel cherche à imposer ses mœurs culturelles sous couvert de progressisme. « Il est question ici de "communautarisme" et de quelques déconvenues géopolitiques, rapporte l’artiste lors d’une interview. En cause, l’installation « d’une  société ultra-libertaire dans un territoire où la religion était jusque-là très prégnante ». Au Palais de Tokyo, l’artiste évoque aussi le phénomène de « disneylandisation » du monde. Le terme, introduit par la géographe Sylvie Brunel, désigne la façon dont le tourisme de masse (et celui des plus riches) altère inévitablement les sociétés et coutumes locales.

Le tout a un air de 3%, série brésilienne produite par Netflix. Diffusée depuis 2016 sur la plateforme, la fiction fait aussi miroiter un véritable paradis terrestre (« l’Autre Rive ») à seulement 3% de la population, une cité idéale où guerre, misère et pauvreté ont soi-disant été éradiquées.

Aussi louables que déviantes, les deux cités dérangent et mettent le doigt là où ça fait mal : des dérives de l'ethnocentrisme aux disparités sociales, économiques et culturelles. À voir absolument !

Marielle Chabal

Écrivaine et plasticienne, Marielle Chabal a fait une prépa littéraire, Sciences-Po, les Beaux-Arts et le Royal College of Art de Londres. Elle développe des fictions littéraires qui donnent lieu à des formes sculpturales, picturales, cinématographiques et musicales. Elle passe, depuis 5 ans, d’une résidence artistique à l’autre, en France mais surtout « à l’étranger » : au Monténégro, en Angleterre, en Norvège, en Inde et plus récemment en Palestine, à Jéricho.

En savoir plus sur Alt+R au Palais de Tokyo – Exposition des lauréats Audi Talents

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