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un homme allongé sur des déchets électroniques
© Benjamin Von Wong

Benjamin Von Wong, l'artiste qui aide les marques à changer le monde

Le 13 juin 2019

Activiste de l’impossible et influenceur malgré lui, le photographe Benjamin Von Wong a trouvé sa vocation : utiliser l’art pour changer le monde et embarquer marques et citoyens dans des projets réputés pour être irréalisables.

Cheveux hirsutes, regard volontaire et look « à la cool », Benjamin Von Wong accepte un Skype de bon matin depuis la côte Ouest des États-Unis. Il est vêtu de son emblématique marcel noir, un t-shirt simple griffé à son nom qu’il semble porter en toutes circonstances. On le sent, ce trentenaire agité a le sens de la pub et du relationnel. Outre sa carrière de photographe, c’est là son « superpouvoir », admet-il : « par certains côtés, je pense un peu comme un publicitaire. Avec une mission plus vertueuse, je l’espère ».

Pollution plastique, surconsommation textile, réchauffement climatique… cet ancien ingénieur d’origine canadienne s’est découvert un intérêt grandissant pour les fléaux de notre temps. Son leitmotiv ? Concevoir des installations spectaculaires pour nous y sensibiliser, cultiver la spontanéité en embarquant des bénévoles avec lui et prier pour que la sérendipité soit aussi de son côté. Avec un demi-million de followers sur les réseaux, la recette semble fonctionner. Il faut dire qu’il a eu le temps de la peaufiner en plus de 10 ans de pratique. Son nom ne vous dit toujours rien ? Alors peut-être serez-vous tombés sur l’une de ses prouesses en écumant Facebook ou Twitter. Recycler 2 tonnes de déchets électroniques en œuvre d’art ? Check. Transformer 168 000 pailles de plastique en vagues géantes ? Check. Bâtir le plus grand placard du monde, faire poser une mannequin au milieu de requins et des gens devant une tempête à l’approche ? Check, check, check.

Pur produit d’une génération qui ne veut plus de « job à la con », Benjamin Von Wong voyage et expérimente aujourd’hui toutes sortes d’idées dans le monde entier. Armé d’une solide conscience environnementale, il évangélise et collabore régulièrement avec des entreprises, si tant est qu’elles soient prêtes à faire changer les choses ! Il nous raconte.

Une grande partie de vos projets a pour vocation de sensibiliser à la pollution et à l’environnement, mais vous n’avez pas toujours eu cette fibre militante.

Benjamin Von Wong : En 2015, j’ai décroché la plus grosse campagne photo de ma carrière. C’était pour Huawei. C’était génial professionnellement et financièrement, mais il me manquait quelque chose. Je n’avais pas le sentiment d’avoir apporté grand-chose ou d’avoir rendu le monde meilleur. C’est à ce moment que j’ai commencé à plancher sur des projets à impact social. Je n’ai jamais été expert en environnement, mais je m’y suis intéressé. J’ai appris seul en me documentant. Les informations sont sous nos yeux, il faut simplement avoir envie de les voir pour faire changer les choses. Je pense que c’est ça : je me suis mis en quête d’une mission qui soit plus grande que moi et la crise écologique à laquelle nous faisons face me semblait toute choisie. 

Quels ont été vos premiers projets artistiques de sensibilisation ?

B. V. W : Mon premier projet a vu le jour grâce à ma copine. Elle avait cette idée d’utiliser l’image de l’orage comme métaphore du changement climatique. Je commençais de plus en plus à me documenter sur le sujet et j’ai rapidement compris que je pouvais utiliser la fiction pour évoquer des émotions et provoquer des conversations autour de ce sujet.

(Dans le cadre de ce premier projet, Benjamin Von Wong a demandé à plusieurs mannequins de mimer des situations banales en pleine nature, quelques minutes avant qu’une tempête ne s’abatte sur le lieu du shooting, ndlr)

Peu de temps après, j’ai lancé un autre projet pour la préservation des requins (le photographe fera descendre un mannequin à 50 mètres sous l’eau pour la faire nager avec des requins, ndlr). Finalement, je crois que tout s’est vraiment enchaîné lorsque j’ai lancé le projet de la sirène coincée dans plus de 10 000 bouteilles de plastique. C’était un vrai succès et ce qui m’a conforté dans cette voie.

J’ai beaucoup travaillé avec la pollution plastique, mais j’essaye de m’initier à d’autre sujets. Le monde dans lequel nous vivons est un système. Quand on sait par exemple que la pauvreté est l’un des plus grands ennemis de l’environnement, on se rend compte que tout est interconnecté, qu’il y a d’autres fronts à explorer !

Quand tu t’investis pour une cause qui te tient à cœur, tu sais que tu vas t’en rappeler. Bien plus que la dernière vidéo que tu as vue sur Internet. C’est aussi comme ça que tu comprends l’échelle et la magnitude d’un problème.

En tant qu’artiste et activiste, qu’essayez-vous de provoquer chez les autres ?

B. V. W : Je ne suis pas sûr d’être à l’aise avec le mot « activiste ». Il a souvent une connotation négative. Beaucoup de militants sont « anti-gouvernements » ou « anti-corporations ». De mon côté, je suis surtout « pro-humain », « pro-survie » et « pro-monde meilleur ». Ce qui m’intéresse, c’est d’ouvrir la conversation, de travailler avec les gens qui m’entourent et veulent bien me donner un coup de main. Dans le monde professionnel, on invite rarement des bénévoles ou des volontaires à participer. C’est un trop gros risque et une vraie responsabilité pour les marques. Je me bats pour ces opportunités, elles sont rares et il en faut plus. Quand tu te retrouves à laver des dizaines de milliers de pailles en plastique, que tu t’investis pour une cause qui te tient à cœur, tu sais que tu vas t’en rappeler. Bien plus que la dernière vidéo que tu as vue sur Internet. C’est aussi comme ça que tu comprends l’échelle et la magnitude d’un problème. Je demande de l’aide aux autres, oui, mais je leur offre aussi quelque chose en retour, une expérience et des alternatives de vie différentes.

DELL, Starbucks, Sony… Vous collaborez aussi avec des entreprises qui se lancent dans des initiatives durables.

B. V. W : Je me rends compte qu’on ne peut pas simplement dire aux gens ce qu’ils ne peuvent pas faire. Il faut aussi les éclairer sur ce qu’ils peuvent faire. Avec les entreprises, c’est pareil. J’estime qu’il faut encourager et récompenser les comportements justes, un peu comme pour un enfant. Leur taper sur les doigts à chaque fois qu’ils font quelque chose de mal ne fait pas avancer les choses. En revanche, on crée une dynamique plus vertueuse en les aiguillant vers le bon chemin.

Je pense à Starbucks, par exemple, qui a pris la décision d’arrêter les pailles en plastique l’année dernière. Évidemment, ça ne règle pas tout le problème puisque la marque produit encore des gobelets en plastique, mais le fait de reconnaître qu’il faut changer est un début (ci-dessus, le projet #Strawpocalypse réalisé avec Starbucks au Vietnam, ndlr).

Je pense la même chose de ma collaboration avec DELL (l’artiste a utilisé avec le programme de recyclage de déchets électroniques de la marque pour concevoir une œuvre d’art, ndlr). Oui, recycler devrait être la norme, oui c’est un business model pour eux. Il n’empêche qu’il faut encourager ces démarches. Changer de perception pour ensuite transformer l’essai dans son business est une chose difficile à faire. C’est notamment ce dont je parle aux entreprises, lorsque je donne des conférences ou que je conçois un projet en collaboration avec elles. Le fait d’appréhender l’art comme un outil me permet de communiquer plus facilement avec des univers plus professionnels. Je pense un peu comme un publicitaire, mais avec une mission plus vertueuse, je l’espère.

Quel projet vous a le plus marqué personnellement ?

B. V. W : Celui sur la pollution des océans, probablement (un projet mené en Grèce sur l’île de Corfou, ndlr). Nous avons dû balancer des milliers de bouteilles en plastique attachées les unes aux autres dans l’eau pour réaliser le shooting. Je me rappelle qu’il était extrêmement difficile d’empêcher les bouteilles de dériver au loin. Une fois que c’est dans l’eau, tu sais que c’est foutu et nettoyer les mers et les océans est l’une des choses les plus difficiles qui soit ! Après le shooting, je suis allé faire les courses dans un supermarché. C’est là que j’ai réalisé à quel point il est dur d’éviter le plastique. Il y en a partout. À ce moment, je me suis dit que je faisais aussi partie du problème, que je ne pouvais rien y faire. C’était frustrant, mais c’est aussi ce qui m’a montré que l’on est tous dans le même bateau, entreprises comme grand public, qu’il faut se confronter à ce type d’inconfort pour réellement faire changer les choses.


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Commentaires

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  • C'est un superbe travail artistique et une belle cause.
    Il faut aussi faire attention, pour sensibiliser à cette cause, de ne pas avoir à utiliser des énergies fossiles (carburant) et des matériaux non naturels dans l'océan ou dans la nature.
    Sinon, le "message" est un peu biaisé.