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un bord de mer
© Shifaaz shamoon via Unsplash

20 000 lieues sous le Web, des millions de km de câbles

Le 28 mars 2019

Pour parvenir jusqu'à nos écrans d'ordinateur, les données se frayent un chemin à travers des câbles sous-marins. Artiste et hacker, Evan Roth nous montre l’envers de ce cyber-décor avec poésie.

 
 
 
 
 
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Séries, films, musique, e-mails, messages instantanés… Nous avons tendance à percevoir nos connexions et échanges quotidiens comme une force immatérielle presque miraculeuse. Pourtant, il n’y a rien de plus palpable que les câbles Internet qui sillonnent les océans. Devenus l’une des infrastructures les plus importantes au monde, ils nous permettent d’interagir virtuellement en un battement de cils et tissent une cartographie sous-marine inconnue du plus grand nombre.

« Fin février 2019, cette immense toile comptait quelque 380 câbles en service, soit environ 1,2 million de kilomètres de "tuyaux" qui serpentent sous les mers », rapporte RFI dans une récente enquête en 3 volets. Soucieux de partager l’envers de ce décor résolument vivant et matériel, l’artiste américain Evan Roth a voyagé autour du globe avec sa caméra, partant à la source de ces gigantesques câblages sous-marins. En résulte « Landscape with a Ruin », une panoplie de paysages sauvages, inextricablement liés aux technologies humaines, sortes d’archives archéologiques témoignant de plusieurs décennies d’échanges… immatériels.

 
 
 
 
 
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20 000 lieues sous le Web en solitaire

Ancien architecte se définissant comme un « hacker créatif », Evan Roth entame son périple en 2014, armé d’une caméra capable de filmer en infrarouge, soit la fréquence des informations transitant par des câbles à fibre optique. « Je voulais que ce soit un voyage, pas forcément un projet de photojournalisme, nous explique-t-il. J’ai commencé à chercher des endroits où les câbles à fibre optique sortent de la mer et rencontrent la terre ferme ».

 
 
 
 
 
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États-Unis, Royaume-Uni, Argentine, Suède, Nouvelle-Zélande, Hong-Kong… Evan Roth parcourt le monde entier à la recherche de site côtiers à explorer. Il s’y arrête, plante sa caméra pendant une vingtaine de minutes et attend, sans forcément chercher à filmer les câbles, plutôt des arbres, des buissons ou des lignes d’horizon au coucher du soleil. « J’ai privilégié des lieux reculés comme des plages. C’est ce qui crée ce paradoxe intéressant entre nos télécommunications, nos réseaux de connectivité massifs et le calme que j’ai pu ressentir sur place, surtout dans mon cas. J’y allais seul, sans contrainte de temps, de rendez-vous, de gens à voir. C’est une aventure solitaire que je n’avais jamais expérimentée avant ».

Au lieu de penser au Web comme un phénomène social, j’ai commencé à le percevoir de façon réellement tangible.

Un autre rapport à Internet

 

Avant de se mettre en route, il explique avoir été inspiré par des personnalités comme le journaliste Andrew Blum dont le livre A Journey to the Center of Internet raconte la matérialité du Web. « L’auteur commence avec une anecdote où il raconte que son Internet tombe en panne et qu’il n’arrive pas à comprendre pourquoi. En regardant par la fenêtre, il découvre un écureuil en train de grignoter un câble électrique relié à sa maison. C’est à ce moment qu’il a commencé à s’interroger sur la physicalité d’Internet, sur ses rapports au paysage, à l’environnement. Cela m’a inspiré. Au lieu de penser au Web comme un phénomène social, j’ai commencé à le percevoir de façon réellement tangible ».

 
 
 
 
 
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Evan Roth voit aussi sa démarche comme un moyen de se déconnecter du monde moderne, et peut-être aussi de son passé « d’hacktiviste ». Codeur autodidacte et pionnier du Web collaboratif des années 90, l’artiste a passé de nombreuses années à défendre un Internet libre en se battant contre l’hégémonie des géants du Web. « Un jour, j’ai entendu un drôle de bruit pendant que je filmais, une sorte de profonde respiration. Au loin, il y avait des baleines qui sortaient de l’eau. Il n’y avait que moi et elles », se souvient l’artiste. Ma première réaction a été de sortir mon téléphone pour poster ça sur Instagram. Je m’en suis empêché en me disant que c’était totalement inapproprié, que l’industrie du Web que j’ai toujours critiquée tend à nous rendre accros. Alors, j’ai appris à m’ennuyer pendant que la caméra tournait, à penser à mon rapport au temps, à un nouveau type de sociabilité ».

 
 
 
 
 
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« Hacktiviste » repenti

Ancien membre du collectif de Net Art F.A.T. Lab (The Free Art and Technology Lab) qu’il quitte en 2015, Evan Roth explique s’être détourné intentionnellement du militantisme d’Internet. « Nous avons perdu beaucoup de batailles et le Web changeait très rapidement. Nous sommes devenus vieux, et quelque part, je pense que nous nous sentions impuissants », raconte-t-il.

Après avoir enchaîné les actions anti GAFA pendant des années, le collectif tire finalement sa révérence après un ultime happening : un faux sommet de la tech à San Francisco célébrant la fin du Web libre. Sur le site du collectif, un dernier message défile. « Nous avons perdu. Nous, qui croyions qu'Internet pourrait changer la société, que la technologie pourrait emprunter d'autres voies que la surveillance, la centralisation et le consumérisme. La bataille est perdue et les poids lourds de l'industrie de la sécurité, du pouvoir et du capitalisme n'ont pas pu s'arrêter ».

Evan Roth a continué son chemin, sans nécessairement se détourner du Net Art. L’amertume laissant place au discernement, c'est aujourd'hui la poésie du Web qu'il nous donne à voir.


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