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femme de dos devant des gens

Lisa Park, l'artiste aux mille capteurs connecte votre coeur au cerveau de votre voisin

Le 19 oct. 2018

Lors de ses performances, l'artiste américano-coréenne Lisa Park connecte les émotions qui parcourent ses spectateurs pour leur faire ressentir le lien étroit qui existe entre eux.

« Est-ce que nos émotions pourraient former un langage universel ? »

C'est la question qui habite tout le travail de l’artiste Lisa Park. Armée de capteurs biométriques, elle mesure notre fréquence cardiaque et nos ondes cérébrales, pour que nous puissions voir ces étranges mouvements d’humeur, ces « dialogues invisibles », qui nous relient les uns aux autres.

Faire bouger les éléments en fonction de ses émotions 

Casque à électroencéphalogramme sur la tête, elle en fait la première démonstration en 2013 avec son projet Eunoia. Immobile et agenouillée au centre de cinq vasques remplies d’eau, l’artiste traduit en temps réel les messages de son cerveau en ondes sonores pour faire onduler le liquide. Bonheur, haine, tristesse, colère, désir : chacun des bassins correspond à une émotion primaire et vibre en fonction de ses pensées et ressentis du moment.

« J’ai remarqué, durant une performance face au public, qu’une connexion muette se créait entre lui et moi, explique-t-elle. Quand je suis apaisée, l’eau est toute lisse, et je deviens beaucoup plus sensible à ce qui m’entoure, à ceux qui me regardent. Lorsque je suis nerveuse ou que je me sens frustrée, le son s’intensifie, l’eau est agitée et les gens le sont aussi… Le fait d’utiliser des capteurs biométriques m’a plus tard incitée à développer ces performances interactives pour me connecter à d’autres personnes. »

Durant ses performances live, intimistes et contemplatives, l’artiste fait alors successivement office de cobaye et de maîtresse de cérémonie. Elle nous invite à partager une expérience télépathique collective où les échanges verbaux sont presque proscrits. « C’est comme projeter l’intérieur d’une personne dans le monde réel. J’aime à utiliser les technologies de telle façon qu’elles m’aident à comprendre nos états d’âme », rapporte-t-elle plus loin.

 

Avec Eunoia II, elle élargit son interprétation de l’activité cérébrale en faisant correspondre 48 vasques d’eau aux 48 émotions théorisées par le philosophe Spinoza, parmi lesquelles l’espoir et le désespoir, la peur, le remords, la compassion ou l’humilité. « Pendant cette performance, j’essaie vraiment de donner une représentation de ce que je ressens, c’est davantage un processus de méditation que de divertissement. Mais les spectateurs semblent vivre une expérience différente quand ils s’y essaient. Ils voient presque ça comme un jeu, une compétition même. C’est à celui qui arrivera à faire trembler l’eau en premier ! », s’amuse-t-elle.

On ne voit bien qu'avec le coeur...

Ancienne des Beaux-Arts de Los Angeles et de l’Université de New York où elle étudie la maîtrise des arts et des technologies interactives, l’artiste se spécialise depuis en dispositifs de « rétroaction biologique », un ensemble de techniques visant à mesurer sciemment ses fonctions organiques. En parallèle de nos ondes cérébrales, elle explore la façon dont la fréquence cardiaque peut aussi être source de créativité. Avec son projet Heartmonic, Lisa Park compose une symphonie avec les battements de cœur de volontaires auxquels elle a préalablement attribué un instrument. Violoncelle, piano, marimba, clarinette... Elle les guide dans des activités physiques et émotionnelles pour déployer toutes les nuances de ses mélodies. « Certains artistes aiment à s’inspirer d’eux-mêmes, à faire dans l’autoportrait. De mon côté, je préfère observer les gens et les connections qui se font entre eux. J’ai beaucoup voyagé, rencontré beaucoup de personnes différentes, changé de ville... C’est ma relation aux autres qui m’intéresse le plus. »

En fait, j’adorerais connecter émotionnellement et en live des centaines de milliers de gens, dans des villes, des pays différents.

Si la technologie le permettait un jour, pourquoi ne pas imaginer une performance émotionnelle et collective à plus grande échelle ? La question semble l’intéresser. Elle réfléchit, évoque le fossé grandissant entre la Corée du Nord et la Corée du Sud et ce projet auquel elle pense depuis quelque temps : « J’avais dans l’idée de faire un documentaire dans lequel j’utilise des capteurs pour reconnecter les habitants des deux pays, leur faire jouer de la musique les uns pour les autres rien qu’avec leur rythme cardiaque... En fait, j’adorerais connecter émotionnellement et en live des centaines de milliers de gens, dans des villes, des pays différents. Peut-être avec un dispositif haptique qui leur permettrait de se toucher ou de la réalité virtuelle pour qu’ils puissent se voir dans un même décor... Ce serait dément ! »


À VOIR 

thelisapark.com


Cet article est paru dans le numéro 16 de la revue de L'ADN concernant les Rituels. Vous pouvez vous procurer votre exemplaire ici.

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