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Hugo Décrypte lors d'une émission twitch pour Public Sénat
© © Accropolis Public Sénat - Wlad Simitch Capa Pictures

Comment la chaîne politique Public Sénat a réussi à attirer les jeunes avec Twitch

Le 9 janv. 2019

Le média-bashing est dans l'air du temps. Pourtant, loin des mastodontes de la télé, la chaîne Public Sénat veut moderniser son image ringarde auprès des millennials avec une émission qualitative créée en partenariat avec des YouTubeurs. Verdict ? 

C'est une première dans le monde de l'audiovisuel ! Et Emmanuel Kessler, Président-directeur général de Public Sénat a le sourire aux lèvres. Il accueille aujourd'hui Jean-Marc Gabouty, vice-président du Sénat pour une émission politique particulière : Questions aux Sénateurs.

« On n'est pas là pour faire La Marche du Siècle »

Stop ! On vous arrête tout de suite : si vous vous attendez à une énième émission soporifique sur la politique, pas de ça ici. Aux commandes de l'interview, ni Bruce Toussaint, ni Jean-Jacques Bourdin, mais le pimpant Hugo Décrypte. 

Le concept de l'émission ? Une heure de questions / réponses avec un sénateur diffusée en direct sur YouTube, le site de Public Sénat et Twitch, une plateforme sociale dédiée au streaming live de jeux vidéo, souvent vue comme la future télé. (Bon, si vous ne connaissez pas cette plateforme, rattrapez votre retard : nous l'avons testée pour vous). 

Le YouTubeur politique de 21 ans, iPad à la main, assène -gentiment - ses questions mais aussi celles des internautes grâce au chat en live de Twitch. Au programme six émissions par semaine et une matinale en sommeil, pour le moment.

Accropolis Public Sénat Jean Massiet

« Mieux qu'avec ta prof d'histoire-géo »

« Notre parti-pris éditorial est simple : on te montre comment fonctionne le Sénat, et tu comprends mieux qu'avec ta prof d'histoire-géo », résume Jean Massiet. Depuis septembre 2015, l'ancien assistant parlementaire, plume de Marisol Tourraine, commente comme un jeu vidéo les questions à l'Assemblée nationale

Il est bien loin le temps où, seul dans sa chambre de bonne du 9ème arrondissement de Paris, au milieu de ses guitares et de son canapé, le streamer faisait tout, seul ou presque, devant son fond vert.« Nous sommes aujourd'hui une petite équipe de 3 personnes à plein temps, et une vingtaine de bénévoles », explique fièrement Jean Massiet.

Plateau Twitch

Depuis l'été dernier, c'est dans les 1 200m2 de plateaux de la société O'Gaming, spécialisée dans la diffusion de compétitions de jeux vidéo et d'événements e-sport, que se tient l'enregistrement avec du matériel et une régie de pro (comme expliqué dans la vidéo). 

Et les locaux n'ont rien à envier aux studios télé. Gros bonus : la vue surprenante. Les grandes baies vitrées des bureaux donnent directement sur les magasins de la galerie marchande. Un endroit atypique qui vient combler le deuxième étage du centre commercial de 13 000m2, vide depuis 2016. 

L'anti Quotidien : on ne fait pas dans le sketch

Pour le directeur de Public Sénat, faire dans le débat politique sur Twitch était un pari osé, mais aussi une promesse de campagne. « C'est une première mondiale. Aucune chaîne politique ne l'a fait avant nous », fanfaronne le vice-président de Public Sénat. Côté Accropolis, on se défend d'être une émission d'infotainment, à l'instar du Quotidien présenté par Yann Barthès et diffusé sur TMC. Oui, on utilise des moyens de diffusion largement plébiscités par les jeunes (Youtube, Twitch et les réseaux sociaux) mais on ne fait pas dans le sketch. « J'ai créé Accropolis contre le Quotidien. Parce qu'une fois que tu as mesuré la taille des cravates des politiques, et que tu as repéré les punks de l'Assemblée, c'est fini, t'as rien appris », regrette Jean Massiet. 

« C'est cool »

« Salut c'est Hugo. On est parti pour une heure d'émission ». Le présentateur enchaîne cash les questions. Et, même si l'on s'en défend, pour détendre le sénateur, on commence sur du léger :« Est-ce que vous jouez aux jeux vidéo ?», commence le présentateur. « Non, moi je viens de la génération baby foot et flipper », s'amuse Jean-Marc Gabouty. S'y connaît-il en réseaux sociaux ? « Je ne suis pas né dedans » avoue avec un large sourire le vice-président du Sénat. Un doux euphémisme pour cet homme politique de 69 ans. Il reconnaît tout de même faire « des recherches sur Internet, utilise SMS et mails » mais confie que d'autres personnes s'occupent pour lui de Twitter et Facebook.

Puis les questions s'enchaînent : « Est-ce que vous êtes gilet jaune ? » « De quel parti vous êtes ? » « Est-ce que vous êtes sur une ligne plutôt macroniste ou juppéiste ? » « Vous avez été reçu par Edouard Philippe, que vous êtes-vous dit ? » « Que pensez-vous de l'idée du RIC ? » « Si le vote blanc, auquel vous êtes favorable, était comptabilisé dans les votes, est-ce qu'il faudrait refaire une élection s'il gagnait ? ». 

Jean-Marc Gabouty se prête volontiers aux questions. Un exercice qu'il a trouvé agréable, avec des questions « décalées ». « Il existe une incompréhension du métier de sénateur. Il faut donner aux jeunes la possibilité de comprendre. Pour employer des termes de "djeunes", c'est cool », résume-t-il.  

Audiences

« 900 personnes sont en attente pour l'arrivée du Sénateur. Là, c'est le deuxième talk-show après celui de Webedia, remarque Jean Massiet, un oeil sur les audiences. On a fini par atteindre les 2000. Comme quoi, les réflexes restent les même partout ». Côté Public Sénat, on se réjouit d'un bon départ et de réussir à créer du lien avec une cible dont l'âge moyen est nettement inférieur à celui des sénateurs : autour de 60 ans. Il faudra toutefois encore beaucoup de travail pour atteindre les audiences du Quotidien. 

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