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une jeune femme en combinaison moulante dans une zone montagneuse.
© Death Stranding - Sony Interactive Entertainment

Pourquoi le jeu vidéo veut absolument se rapprocher d'Hollywood ?

Le 20 sept. 2019

Léa Seydoux, Norman Reedus, Keanu Reeves : les blockbusters du jeu vidéo mettent de plus en plus des stars du grand écran en scène. L’industrie aurait-elle un complexe d’infériorité ?

Attendus comme les deux plus grandes sorties de l’année, les jeux vidéo Death Stranding et Cyberpunk 2077 ont un point commun plutôt troublant. En effet, les deux titres ont la particularité de mettre en avant plusieurs stars de cinéma pour incarner leurs personnages.

Jouez avec Keanu Reeves !

Dans Cyberpunk 20177, développé par le studio CD Projekt RED, le joueur aura la possibilité d’interagir avec Johnny Silverhand, un personnage de hacker punk interprété par Keanu Reeves. Ce dernier avait d’ailleurs assuré la promotion de la première bande-annonce du jeu lors de la conférence E3 qui s’était tenue en juin 2019.

Du côté de Death Stranding, le nouveau titre d’Hideo Kojima (Metal Gear), c’est un casting entier qui est offert aux joueurs. Il est possible de discuter ou de se battre avec Léa Seydoux, Guillermo Del Torro ou bien encore Mads Mikkelsen. Quant au personnage que les joueurs prendront en main, il est incarné par l’acteur Norman Reedus bien connu des fans de Walking Dead.

Le jeu vidéo, une scène comme une autre ?

Des acteurs utilisés dans un jeu vidéo, ce n’est pas vraiment nouveau. En France, le studio Quantic Dream avait déjà mis en scène Ellen Page et Willem Dafoe dans son titre Beyond Two Souls en 2013.

L’année suivante, c’était Kevin Spacey qui prêtait ses traits à un personnage de Call of Duty. L’industrie a plus l’habitude d’utiliser des voix d’acteurs de cinéma pour faire parler ses personnages. Elijah Wood, Charles Dance, Martin Sheen ou bien encore Mark Hamill ont doublé des personnages comme autant de petits clins d’œil envoyés aux joueurs.

Des stars pour attirer plus de joueurs

Malgré ces petites incursions du cinéma dans le jeu vidéo, c’est bien la première fois que l’on voit une telle brochette d’acteurs participer à des titres et surtout être utilisée comme argument marketing. Quand on regarde les coûts de production, ça peut se comprendre. Les jeux AAA comme GTA V ou Red Dead Redemption 2 ont coûté entre 265 et 645 millions de dollars de développement. À ce prix-là, les titres ne peuvent plus se permettre de viser un public de niche et doivent attirer une audience de plus en plus large pour être rentables. C'est pour cela que Cyberpunk 2077 utilise la carte Keanu Reeves. L’acteur ultra bankable s’est notamment illustré dans des films de science-fiction du même genre comme Johnny Mnemonic, Matrix et plus récemment la saga des John Wick. Sa présence a de quoi attiser la curiosité des foules.

Le jeu vidéo est-il complexé par rapport au cinéma ?

Pour Death Stranding, l'équation est quelque peu différente. Le créateur du jeu Hideo Kojima est passionné par le cinéma. La plupart de ses jeux sont entrecoupés de longues scènes non jouables qui font avancer l’intrigue. Lors du festival de films de Tribeca, il avait aussi évoqué la possibilité de réaliser un film après la sortie de Death Stranding. Même chose pour David Cage, le fondateur de Quantic Dream qui est qualifié de « créateur-réalisateur » dans les portraits qui lui sont consacrés, tant ses jeux lorgnent sur le cinéma.

Pour Damien Mecheri, auteur de nombreux ouvrages consacrés aux jeux vidéo et notamment Metal Gear Solid. Une œuvre culte de Hideo Kojima, l’industrie du jeu a toujours eu un complexe d’infériorité par rapport au cinéma. « On retrouve beaucoup ce complexe dans les blockbusters du jeu vidéo, surtout à partir de la génération PS3 XBOX360, explique-t-il dans une thèse consacrée à la musique de jeux. À partir du moment où il y a pu y avoir une vraie « qualité cinématographique » dans la mise en scène, dans la fluidité de la caméra qui accompagne le joueur, il y a eu cette tentative de plagiat du cinéma hollywoodien ».

Le jeu vidéo : première industrie du divertissement

Si le jeu vidéo a toujours souffert de ne pas être considéré comme un art à part entière, ce complexe se justifie-t-il pour autant ? Pas vraiment quand on regarde les chiffres. D’après le rapport de SuperData, le secteur a généré plus de 120 milliards de dollars en 2018. À titre de comparaison, le cinéma n’a généré que 41,7 milliards de dollars sur la même année. Si le jeu rêve toujours d’être aussi bien considéré que le 7e art, il lui est clairement passé devant en tant qu’industrie du divertissement.

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