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Un homme au masque de cheval devant son ordinateur
© FG Trade via Getty Images

Découvrez les dark patterns, ces attrape-couillons qui vous carottent sur le web

Le 16 janv. 2019

Internautes du monde entier, réveillez-vous ! Tous les jours, les créateurs d’applications et de sites web vous manipulent à l'insu de votre plein gré. Pour cela ils utilisent leur botte secrète : les dark patterns. On vous explique.

Chaque veille de vacances, c’est la même routine : vous vous connectez sur des sites comme Lastminute ou Airbnb et vous scrollez jusqu’à trouver la destination de vos rêves. Une fois votre choix fait, vous cliquez sur la fiche, et c’est généralement là que le message suivant s'affiche. « Cette location a été vue plus de 245 fois », ou bien « il ne reste que 2 offres comme celle-là, dépêchez-vous ».

Ces petites astuces sont faites pour vous pousser à l'achat. Leurs ressorts rappellent inévitablement les nudges, ces incitations qui jouent sur nos biais cognitifs pour nous faire agir. Dans le milieu du design utilisateur (ou UX) on les appelle les dark patterns (à traduire par : chemins obscurs). Voici ceux que vous croisez le plus souvent.

« Confirmshaming »

On retrouve cette pratique absolument partout dans les formulaires de confirmation. Sous couvert de faire des petites blagues sur les pages de confirmation, les mots employés culpabilisent les internautes afin de les inciter à dire oui.

Vous pouvez trouver de nombreux exemples (en anglais) sur le tumblr confirmshaming.

Les publicités déguisées

On les retrouve souvent sur des sites de streaming illégaux. Il s’agit de faux boutons de confirmation sur lesquels les internautes cliquent afin de downloader un film ou une série. Ils sont alors dirigés vers une page de publicité non sollicitée. Depuis 2016, Google est censé bloquer ce type de pratique en lançant un message d’avertissement, mais ce dernier n’est pas toujours efficace.

Exemple : Sur le site DPStream, les débutants se font souvent avoir par les gros boutons « Regarder en HD et Télécharger ». En cliquant sur ces dernier, on se retrouve sur des pages de publicités plutôt louches.

Le « privacy zuckering »

Derrière cette subtile référence au patron de Facebook se cache une pratique qui consiste à demander le plus d’informations personnelles à un utilisateur au moment de son inscription. Le prétexte officiel est « d’en apprendre le plus sur vous ». Mais l’objectif est bien évidemment de récupérer le plus de données à des fins publicitaires.

Exemple : À présent, la pratique a beaucoup évolué et elle est devenue beaucoup plus discrète. Plutôt que de vous demander vos données personnelles dans un formulaire, certains géants du web comme Facebook vont plutôt utiliser des applications ou des sites tiers pour compléter ses données sans rien vous demander en échange.

La continuité forcée

Il s’agit d’une tactique qui s’appuie surtout sur notre capacité à oublier. Certains sites vous proposent un essai gratuit de quatorze ou trente jours pour basculer ensuite sur leur service payant par abonnement. Une fois ce délai passé, la carte du client est automatiquement débitée sans aucun rappel par mail ou SMS.

Exemple : les sites de e-commerce comme Amazon sont friands de ce type de tactique. Le service Prime par exemple, ne vous prévient pas une fois la période d’essai passée. Vous avez toujours la possibilité de revenir en arrière et de demander le remboursement, mais à ce moment-là, le site vous renvoie vers un confirmshaming vous incitant plutôt à garder cette offre jusqu’à l’année prochaine.

L’hôtel des cafards

Inspiré par la marque de piège à cafard Roach Motel, cette technique consiste à vous garder prisonnier à jamais d’un site ou d’un service. Pour cela, les designers font en sorte que l’inscription soit très facile à réaliser tout en cachant dans les tréfonds du site web les options permettant d’effacer son compte.

Exemple : pendant longtemps, c’était Facebook qui était champion de cette méthode. Mais ce dernier ne fait pas le poids face à Amazon, l’un des meilleurs hôtels à cafard de l’Internet. Pour désactiver votre compte, il n’y a pas d’autre choix que de suivre cet hallucinant tutoriel.

L’inversion des couleurs

La grande majorité des internautes sont sensibles au même code couleur. Dans l’inconscient collectif, le rouge veut dire non et le vert (ou le bleu) veut dire oui. De la même manière, quand on active ou désactive des options sur les smartphones Android, les curseurs deviennent bleus quand ils sont activés et restent gris quand ils sont désactivés. En inversant ces normes de couleurs, les designers peuvent tromper les utilisateurs et leur faire croire qu’ils ont désactivé une option alors que c’est l’inverse.

Exemple : la page RGPD de préférences des cookies du site Challenges.fr illustre bien cette technique. Si vous décidez de tout refuser, les curseurs restent bleus (on à l’impression qu’ils sont activés). À l’inverse, si vous consentez à tout, ils deviennent gris.

« Next program »

Pour donner envie à un utilisateur de rester sur un service, il faut lui donner l’impression qu’il n’y a jamais de fin et lui proposer toujours quelque chose de neuf. C’est exactement sur ce principe que s’appuient les applications d’Instagram, Facebook ou Twitter sur lesquelles vous pouvez scroller à l’infini.

Exemple : on a tous expérimenté cette technique avec la « vidéo qui démarre dans 5 secondes » de Netflix. Mais ce piège est aussi utilisé sur l’interface des chauffeurs Uber qui se voient proposer une nouvelle course dès qu’ils viennent de déposer un client. L’application leur indique même combien d’argent ils peuvent se faire en plus s’ils l’acceptes. Redoutable !

Commentaires
  • Article très intéressant ! Des techniques qu'on remarque au quotidien, puis auxquelles nous sommes devenus habitués...
    Par contre si je peux me permettre, cette faute sur la dernière ligne gâche un peu tout ! Ils l'acceptes..?

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