Enfant tenant pancarte Pray for Ukraine

Pourquoi parle-t-on plus de la guerre en Ukraine que des guerres au Yémen, Soudan, Mali, Palestine ?

© Tim Mossholder

Le conflit en Ukraine est-il plus suivi que les autres parce qu’il est proche de nous ou bien parce qu’il concerne des Européens à la peau blanche ?

Pourquoi le conflit qui oppose l’Ukraine à la Russie semble bénéficier d’une couverture médiatique plus large et plus intense que d’autres conflits plus meurtriers comme la guerre civile du Yémen qui a fait plus de 100 000 morts en 7 ans ? Pour beaucoup de journalistes, la réponse tient en une « loi » empirique appelée la loi de proximité ou encore loi du mort kilométrique. D’après cette théorie qui est bien souvent enseignée en école de journalisme, l’audience d’un média est toujours plus sensible à un événement dans lequel elle peut se projeter facilement. La mort d’une personne vivant à proximité est donc censée être plus « concernante » que la mort de plusieurs milliers de personnes survenue dans un pays lointain. D’autres facteurs comme la temporalité d’un événement, ou bien les sujets auxquels il est accolé (l’argent, la famille, le travail…) influent sur ce sentiment de proximité. 

La guerre en Ukraine est « parfaite » pour les journalistes

Comme l’indique la reporter de France Info Sarah Nedjar dans un thread Twitter, la guerre en Ukraine coche toutes les cases de cette fameuse loi du mort kilométrique. 

Elle se situe à 2h de Paris en avion, implique des femmes et des enfants chassés de leurs maisons, se déroule quasiment en temps réel par le truchement des réseaux sociaux et offre aux Européens ainsi qu’aux Américains la possibilité de ressentir le sentiment d’appartenance au camp occidental, en opposition avec la Russie. La journaliste indique cependant que cette loi devrait être mise de côté dans les traitements médiatiques des différents conflits, car elle reposerait aussi sur des biais culturels voire racistes. En l’appliquant de manière bête et méchante, les rédactions invisibiliseraient des guerres et des drames tout aussi importants pour la simple raison que les personnes concernées n’ont pas la même culture ou la même couleur de peau.

La guerre en Ukraine est aussi un événement historique

Il est effectivement difficile d’évacuer l’argument du racisme de la manière dont nous hiérarchisons les conflits et leurs conséquences. Certains propos tenus par des personnalités politiques ou médiatiques les premiers jours montrent que les futurs réfugiés ukrainiens sont traités avec plus d'égard que les réfugiés venant d’Afrique par exemple. 

Cependant, au-delà de nos biais habituels, la hiérarchisation très haute du conflit ukrainien dans le traitement de l’information s’explique aussi par d’autres éléments : la soudaineté du conflit et son aspect exceptionnel rappelant la Seconde Guerre mondiale, la menace d’anéantissement nucléaire clairement établie au début des opérations et enfin, la réaction politique européenne face à ce conflit ainsi que les changements en termes de vision géopolitique globale. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter le discours du président Emmanuel Macron qui a déclaré que « ce retour brutal du tragique dans l’Histoire » nous incitait à « répondre par des décisions historiques » . La guerre en Ukraine a rebattu les cartes de l’Histoire en l’espace d’une semaine, ce qui explique sans doute pourquoi elle est autant surveillée de près. 

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