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La mania des Minions : comment ces créatures insupportables ont conquis Internet ?

Les Minions ont acquis une place centrale dans les mèmes des boomers et de la génération Z. On vous explique.

Un drôle de phénomène accompagne la sortie du film Les Minions 2 : il était une fois Gru. Et c'est évidemment sur TikTok que ça se passe. On voit de jeunes hommes, en costume, se rendre à la projection du film. En sous-titre : « la fin d’une attente de 5 ans » . Sur d'autres plans, des rangées d’ados, toujours en costume, joignent les mains, dans une mimique d’attente concentrée avant le début du film.

Comme l’explique le compte Spotters dans un thread, ces vidéos sont en fait une déclinaison d’un mème Internet dans lequel on tourne en ridicule des films jugés un peu nul. Aller voir Les Minions en costard est une posture absolument absurde qui soulignerait donc le caractère anecdotique voire médiocre de ce film pour enfant.

Les Minions sont partout, aucune échappatoire

On peut se demander pourquoi un tel phénomène pour ce film en particulier ? Pour cela, il faut se pencher sur le phénomène des Minions en général, car oui, les Minions sont bien un phénomène culturel. Pour rappel, les Minions sont des créatures jaunes qui sont apparues dans le film Moi, moche et méchant sorti en 2010. Ces personnages agaçants sont censés servir de larbins idiots à Gru, le héros du film, lui-même étant une sorte de James Bond méchant et ridicule en plus.

Gru aura droit à deux films pour poursuivre ses aventures tandis qu'un spin-off, sorti en 2015, se concentrera sur les Minions. Car les petits monstres jaunes sont devenus les mascottes insupportables et omniprésentes qu’ils étaient destinés à devenir, un peu comme le furent nos Lapins Crétins nationaux. Quant à l'usage intensif des personnages en opérations marketing de tous types, il aura largement de quoi finir d'agacer les internautes.

Comment les Minions on détruit l'Internet

Mais ce n’est pas tout. Cette mania des Minions s’est répercutée sur les réseaux sociaux et notamment dans une niche particulièrement active : celle des mamans de Facebook qui produisent un nombre invraisemblable de mèmes. Il faut dire que le design de ces mascottes est parfait pour s’intégrer dans n’importe quel canevas voulant mettre en avant des messages lénifiants à propos de la famille, des amis, de l’acceptation ou de l’amour. Ces mèmes sont généralement dénués de second degré ou d’humour absurde. Ils sont là pour exprimer, non pas des idées ou des émotions fortes, mais une sorte de consensus mou, un peu bébête, qui met tout le monde d’accord et permet d’engranger des likes. Comme le dit Brian Feldman, journaliste spécialisé dans la culture web, dans un article intitulé Comment les Minions ont cassé Internet : « Les Minions ont été conçus pour être tout et rien à la fois. » De ce fait, ces petits personnages jaunes seraient comparables à des émojis… Suffisamment vides et consensuels pour qu’on puisse y mettre ce qu’on veut, sans choquer qui que ce soit.

La perversion des Minions

Face à cette position consensuelle, le web fait ce qu’il sait faire de mieux : ajouter au concept une couche d'absurde. C’est ce qui s’est déjà passé avec les figures de Shrek ou de Sonic qui sont devenus des icônes dérangeantes d’Internet. C’est aussi ce qui est arrivé récemment avec Morbius, un film de super-méchants dans l’univers de Spider-Man, fort mal noté par la critique et le public. Les internautes ont réussi à faire croire à Sony, producteur du film, que ce dernier méritait une deuxième chance après son échec cuisant au box office. Pendant plusieurs jours, ils ont publié de manière totalement ironique des mèmes déclinant la réplique du film « It’s Morbin time » , comme si c’était un passage culte du film alors qu’il s'agissait du plus ridicule. Résultat : Sony a ressorti le film dans des salles, générant un second flop, encore plus retentissant. De son côté, le film des Minions ne risque pas grand-chose. Il a explosé les records de box office aux États-Unis avec 128 millions de dollars cumulés en l’espace de 3 jours. Raison de plus pour ridiculiser le phénomène, comme Internet sait si bien le faire.

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