habillage
Une page Zoom avec des gens qui font la fête ensemble
© Capture de @lappartchezmoi

Concerts, festivals, manifs, clubbing... nos rassemblements se réinventent sur les réseaux

Le 21 avr. 2020

On a bien compris. Même après le 11 mai, nous ne sommes pas près de nous réunir comme avant. Mais sur le Net, les initiatives se multiplient, réjouissantes et parfois même déjà lucratives.

Aristote avait raison. L’Homme est avant tout un animal social. Et, confinement ou pas, se regrouper à plusieurs fait partie de nos besoins primaires. Avec les réseaux sociaux, les plateformes de vidéoconférences, les initiatives de grands rassemblements populaires se multiplient. Alors oui, les formats sont nouveaux, les modèles économiques restent à inventer, mais pour le reste, on a tout gardé : on y danse et on y chante, on discute et on revendique... et puis on y drague aussi.

Des stars confinées pour un mega show pro bono

L’énorme succès du mega show virtuel de Lady Gaga fera date. Le « One World: Together at Home » – à traduire par "Un monde : ensemble chez soi" – a été organisé par la pop star au profit des personnels soignants et en partenariat avec l'association Global Citizen.

Dans la soirée du samedi 18 avril, l'événement était ouvert à tous depuis le compte YouTube de l’ONG et sur de nombreuses chaines de télévision partenaires. Les confinés du monde entier pouvaient ainsi entendre des dizaines de super méga stars pousser la chansonnette depuis leurs salons... Ils ont découvert donc le sweet homes de chacun des Rolling Stones, de Sting ou de Jennifer Lopez, d’Angèle ou encore de Christine and the Queens.

Le tout avait des airs d’apéro Zoom entre copains, mais avec la qualité de la retransmission, du son et de l'image en plus. Les audiences ont été à la hauteur du panel de stars, énorme. Elles pourraient faire voler en éclats le précédent record établi par le Live Aid de 1985, suivi à l’époque par près de deux milliards de personnes dans le monde.

Succès d’audience donc, doublé de retombées financières. Le show a permis en effet de récolter pas loin de 127,9 millions de dollars de promesses de dons.

 

 

 

Les concerts live online, intimes et payants

Mais les artistes jouant gratuitement ou pour la bonne cause ne sont pas les seuls à avoir trouvé le chemin des concerts live on line. Aux USA, comme ici d'ailleurs, la très grande majorité des artistes dépendent des revenus que leurs concerts génèrent. Alors, pour s'adapter à la fermeture des salles, les groupes proposent à leurs fans des sessions online dont beaucoup sont payantes.

Le site Bandsintown, conçu pour alerter les internautes des dates de tournées, notifie désormais les live à retrouver sur les réseaux. Et les grandes plateformes s’y sont mises également. Facebook et YouTube envoient des mises à jour quotidiennes sur les horaires des spectacles, tandis que Twitch d'Amazon a conclu un partenariat avec MTV pour accueillir toute une série de concerts.

 

Des festivals en mode virtuel

En France, le « festival du monde d’après » a ouvert le mouvement. Organisé par un collectif baptisé la Meute d’amour, il a été monté en quelques jours seulement. Un tour de force puisque l’équipe a réussi à réunir les samedi 11 et dimanche 12 avril, 250 personnalités. Toutes étaient mobilisées autour d’une même intuition : la crise du Covid-19 est l’occasion de faire éclore un « modèle plus solidaire, résilient aux risques climatiques et écologiques, soutenable et protecteur des citoyens, la protection de la biodiversité. »

Se sont succédées à l’écran, un certain nombre de tête connues : des artistes – Camille, Yael Naim ou Juliette Binoche –, des activistes – Cyril Dion, Marion Cotillard –, des experts – Jean-Marc Jancovici... et beaucoup d’inconnus engagés et souvent remarquables. Le festival filmé sur Zoom, a été retransmis en direct sur YouTube et Facebook. Le tout s’est déroulé sans problème technique – et en maintenant un très bon niveau d’interaction : tous les connectés pouvaient interagir via un chat, en direct, entre eux et avec les intervenants. Leurs questions étaient régulièrement posées à l’antenne.

 

 

Désormais, les festivals classiques adoptent aussi le mode virtuel. Lundi 20 avril, c’est le Printemps de Bourges qui a annoncé qu’il aura bien lieu. Du 21 au 26 avril, l’édition 2020 est visible sur Internet – et le programme disponible sur « Printemps rebaptisé pour la circonstance Imaginaire ».

Radio France est de la partie. À partir du lundi 20 avril, chaque soir, de 21 heures à 22 heures, le Printemps de Bourges prend le contrôle de l’antenne de France Inter avec des rediffusions tirées des éditions précédentes. Le vendredi 24 avril, un concert confiné de la chanteuse Izia (Higelin) et du DJ Rone. Le Mouv proposera aussi des soirées rap, les mercredi 22 et le jeudi 23 avril. Ici, les organisateurs et leur partenaire Crédit Mutuel semblent avoir renoncé à tout modèle économique et rembourse les places de ceux qui les ont prises.

 

Des manifs alignées sur les mesures de distanciation sociale

Les mesures de distanciation sociales ne mettront pas un point final à la lutte. C’est ce que semblent assurer les images fascinantes de la place Yitzhak Rabin de Tel-Aviv prise dimanche 19 avril. On y voit rassemblés des manifestants, mobilisés contre les mesures adoptées lors de la crise du coronavirus et, plus généralement, contre la politique du Premier ministre, Benyamin Netanyahou. Tous respectent une distance de deux mètres et forment ensemble une impressionnante figure géométrique. Si le tout n'a mobilisé que 2 000 personnes, les images ont fait le tour du monde.

 

Un carnaval en ligne mais qui a l'air d'être dans la rue

« On ne pouvait laisser le virus nous priver de carnaval », explique Cédric Magnes, président des Fééries de Noël à Aniane, petit village de l’Hérault. Et il en a convaincu ses concitoyens. Grimés, déguisés, et avec le concours d'une agence de communication visuelle, l'agence Ruffe, ils ont tous été photographiés et même filmés. Avec les images obtenues, une vidéo d'un défilé dans les rues du village a été produite. Les habitants ont l’air très contents d’eux, et il faut reconnaitre que leur joie est contagieuse. Leur vidéo, diffusée sur Facebook, a déjà été visionnée plus de 50 000 fois, et a obtenu les honneurs de la presse régionale sur Facebook, a déjà été visionnée plus de 50 000 fois, et a obtenu les honneurs de la presse régionale, puis nationale, et même ceux du journal de Jean-Pierre Pernaut !


La fièvre du samedi soir, chacun chez soi, et live pour tous

L’idée est partie dès le premier week-end du confinement. Axel Bonnichon, fondateur de l’agence Black Lemon, et son amie Djette Barbara Butch n’arrivaient pas à imaginer un samedi soir sans faire la fête. Au départ, il s’agissait juste de réunir quelques copains sur un live Facebook, mais dès la semaine suivante, l’initiative a passé un cap. Maintenant, tous les samedis soir, de 21 heures à 23 heures – un peu plus tard pour les accros –, les membres de la page Facebook ou du compte Instagram @lappartchezmoi se retrouve pour un Zoom festif. C’est Barbara Butch qui mixe, les autres, qui sont plus de 500 à se joindre maintenant, restent en mute, mais peuvent discuter via le chat, se filmer ou pas, danser ou faire ce qu’ils veulent. « C’est comme une fête en vraie, mais avec plus de mixité. On a des tas de gens d’horizon et d’âge différents qui se rencontrent, ou se reconnaissent, discutent et échangent même leurs coordonnées », raconte Axel. Ici, les participants sont invités à participer aux frais, mais déjà quelques clubs new-yorkais se mettent à ce type de pratique pour faire des soirées plus privées.

 

 

Il est difficile de savoir ce qu'il restera de ces pratiques après le confinement, et des mesures de distanciation sociale qui les suivront. Mais la vitesse de propagation de ces usages ont tout des premiers temps des réseaux... avec, un gros plus : la nécessité pour beaucoup d'acteurs de retrouver un modèle économique.

 

Béatrice Sutter - Le 21 avr. 2020
À lire aussi
premium2
premium2

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

  • Je n'ai aucun plaisir à voir des artistes es confinés dans leurs concerts sur le web et ce pour x raisons. Mick Jagger par exemple a ainsi pris un jet privé pour aller dans son château près d'Ambroise. Quel imposture comme bien d'autres dans le showbiz. Ce n'est qu'une parenthèse. Pour le reste, je trouve ça triste et parfois pathetique, un artiste confiné chez lui ou l'on voit s cuisine ou sa bibliothèque sans musicien près de lui mais accessoirement à distance, je trouve ça navrant et je préfère largement voir des anciens concerts de certains. Pour le reste, beaucoup de vrais artistes de la chanson française et du cinéma qui passent très rarement à la télévision et très peu à la radio et communiquent très peu sur le web bossent pleinement et vivent toujours ce confinement insupportable sans se plaindre publiquement comme certaines stars qui au passage font peut-être monter la vente de la presse people. Eux au moins seront peut-être bien plus performants que d'autres confiné s très médiatisés, sur scène. Voir un artiste confiné jouer chez lui ou à faire des sketchs m'est tout aussi insupportable que de lire la vie d'un écrivain confiné. En attendant, j'espère qu'en août prochain, les concerts reprendront pour une vie meilleure d'aujourd'hui.