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un adolescent, pieds nus dans sa chambre avec un portable dans les mains.
© SolStock via Getty Image

Témoignages : comment les parents gèrent le temps d’écran de leurs ados

Le 3 mars 2020

Parfois largués, mais voulant bien faire, les parents déploient des trésors d’imagination pour réguler l’utilisation des téléphones portable de leurs enfants à la maison. Voici le premier volet de notre enquête sur les ados et leur portable.

Entre fantasmes et réalités, on entend tout et son contraire sur les ados et leur smartphone. On les dit isolés, accros, inconscients des dangers, ou au contraire très bien informés... On a voulu en avoir le cœur net, et vérifier comment se passait l’arrivée d’un écran dans les mains d’un ado. Pour cela, nous avons  interrogé plusieurs parents dont les enfants ont entre 14 et 15 ans. Dans cette première partie, nous nous concentrons sur l’achat du premier téléphone et les nouvelles règles concernant son usage que les parents doivent inventer.

Le passage en 6ème marque l'arrivée du premier portable

Les parcours d’entrée dans le monde numérique sont souvent les mêmes. Après une période durant laquelle les enfants utilisent les écrans appartenant aux parents (télévision, tablette ou console de jeux vidéo) il arrive un moment où ils entrent en possession de leur propre smartphone. Cette étape, qui arrive généralement à l’entrée en 6e, est bien souvent source d’angoisse chez les parents, mais reste parfois perçue comme une obligation. « Je ne sais pas pourquoi on craque tous à ce moment, explique Sofia, mère de deux filles de 10 et 14 ans. On dirait une sorte de tradition pour tout le monde. Quand ton enfant entre en 6e, tu lui offres un portable. »

Pour Virgile, père d’un adolescent de 15 ans, c’est surtout l’éloignement entre le collège et la maison qui l’a poussé à acheter un téléphone à son fils. Mais hors de question d’investir dans une machine dernière génération à l'époque. « On lui a offert un smartphone bas de gamme acheté 40 euros dans une petite boutique avec un forfait lui permettant juste d’envoyer des SMS ou d’appeler, indique-t-il. Ça lui suffisait et il n’a jamais réclamé autre chose. Pour son entrée en seconde, il a quand même eu le droit à un iPhone plus récent. On lui a dit qu’il était responsable et autonome et qu’il pouvait donc avoir un appareil plus élaboré qui lui permette vraiment d'aller sur le Web. »

Le premier enjeu des parents : limiter le temps passé sur les écrans

Donner un téléphone à un ado, c’est bien, mais contrôler le temps qu’il passe dessus, c’est crucial. En effet, les 12/15 ans passerait environs 4,4 heures sur un écran en semaine et 7,4 heures le week-end, d’après l'étude suisse Health Behaviour in School-aged Children (HBSC). Les parents que nous avons interrogés partagent tous le même constat : si on n’impose aucune règle à la maison, les enfants deviennent « accros » sans s’en rendre compte. « Ma première inquiétude c’était le temps passé sur le téléphone, raconte Laure, maman d’une jeune fille de 14 ans qui a eu son premier portable l’été dernier. Au début je lui faisais confiance et je n’ai pas vraiment donné de règle ou de limitation. Je me suis rendue compte par la suite qu’elle passait beaucoup de temps sur l’appareil au point d’oublier le temps qui passait. »

L’envie d’utiliser le smartphone est parfois tellement fort qu’il peut empiéter sur les heures de sommeil. « J’ai déjà surpris mon fils en train de mettre son réveil à 4h du matin pour pouvoir se lever plus tôt, récupérer le téléphone dans le salon et regarder YouTube avant de prendre son petit déjeuner et aller à l’école », indique de son côté Virgile.

Très rapidement, l’idée de mettre en place des règles d’utilisations des écrans s’impose. Selon un rapport de Médiamétrie rendu public lundi 10 février 2020, 95 % des parents interrogés mettent en place au moins une règle pour contrôler les usages numériques de leurs enfants. Ces dernières sont surtout liées à la limitation d’usage des écrans.

Quand les notes baissent, le portable disparait

D’après les témoignages, certaines règles sont universelles et plutôt naturelles : pas de smartphone à table et extinction des appareils après 20h30. Il existe cependant de petites nuances dans la manière de faire respecter ces limites. Ainsi l’utilisation du smartphone est souvent corrélée au comportement ou aux notes à l’école. Si le niveau des notes baisse, tous ont ce réflexe de retirer les appareils pendant une semaine ou deux. Seule Sofia est embêtée par cette pratique. « Ma fille est plutôt bonne élève, du coup je n’ai aucune raison valable de lui retirer son téléphone alors que j’ai souvent envie de le faire », indique-t-elle.

Malgré la présence de ces règles, les parents avouent ne pas pouvoir contrôler l’utilisation du smartphone toute la journée et même parfois le soir. « Quand ils sont au collège ou même à la maison et qu’on est encore au travail, on ne peut pas vraiment surveiller ce qui se passe, admet de son côté Jean-Pierre, papa d’un garçon de 14 ans. Même après le repas, on aimerait bien qu’il lâche son portable, mais ça implique de jouer au policier, et parfois la fatigue aidant, on lâche l’affaire. On ne peut pas toujours dire non. »

Pour éviter ce rôle de policier du portable, Laure a trouvé une solution. Elle utilise l’application Family Link qui permet de contrôler le temps d’utilisation d’un smartphone et même de bloquer l’accès à Internet quand la limite est dépassée. Dans ce cas, seuls les appels et les SMS sont autorisés. « On a été obligés de mettre ce système en place après cette première phase de liberté, raconte-t-elle. Avec cette appli, je peux lui donner du temps, le couper quand je veux dans la journée. En revanche, elle m’envoie souvent des SMS pour me demander de lui rajouter du temps. Il y a une part de négociation qui est très liée au travail scolaire. »

Négocier ou resquiller : quand les ados contre-attaquent

Malgré toutes ces règles, les ados restent des ados et tentent bien souvent de contourner ces dernières. Cela peut aller d’une simple tentative de récupérer un smartphone dans le salon en mode « ninja » sur la pointe des pieds, à des techniques beaucoup plus élaborées. « J’ai installé des restrictions d’utilisation sur les tablettes et les smartphones, mais mon gamin a réussi à trouver une parade pour faire sauter celle de son portable », indique Virgile. De son côté, Laure a déjà surpris sa fille en train de trafiquer son propre téléphone. « Elle avait pris mon portable pour se rajouter du temps d’utilisation sur le sien, indique-t-elle. Ça montre l’emprise que peut avoir cet appareil sur eux. »


Cet article fait partie d'une série dédiée aux adolescents et leurs écrans. La deuxième partie sera dédiée aux activités et usages des plus jeunes sur leur smartphone.

David-Julien Rahmil - Le 3 mars 2020
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