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Comment une entreprise a volé les utilisateurs de Facebook pour les faire voter pour Trump ?

Le 22 mars 2018

L'entreprise Cambridge Analytica a aspiré les données de 50 millions de comptes Facebook grâce à une application de test psychologique connectée au réseau social. Ces informations ont ensuite été utilisées pour influencer leurs votes pendant l'élection présidentielle américaine. Comment une arnaque d'une telle ampleur a-t-elle pu avoir lieu ?

Même les cerveaux les plus créatifs de Hollywood n’auraient pas osé imaginer une intrigue pareille. Sur fond de manipulation d’opinions, un professeur de Cambridge, via une entreprise de big data, aurait aidé Donald Trump à remporter une élection sous le regard (passif ?) de Mark Zuckerberg, avec, en intrigue secondaire, quelques prostituées, des pots-de-vin et du chantage présumé. Un casting parfait pour une histoire archi bankable. Ce n’est pourtant pas le fruit d’une fiction mais de l’un des plus gros scandales de tous les temps : Cambridge Analytica.

Que s’est-il passé ?

La société britannique Cambridge Analytica, l’une des entreprises les plus performantes dans le domaine de l’analyse de données, est accusée d’avoir siphonné les données de 50 millions de comptes Facebook. Encore une - banale - fuite de données ? Non, pas tout à fait. Aleksandr Kogan, professeur à la prestigieuse université de Cambridge, a créé une application de test de personnalité, «thisismydigitallife». Les participants étaient rémunérés s’ils acceptaient de répondre aux questions et de donner accès à leurs données. Cette masse considérable de data a ensuite été utilisée par Cambridge Analytica dans le cadre d’opérations publicitaires en ligne ciblées pour influencer l’opinion des électeurs américains lors de la campagne présidentielle américaine de 2016 en faveur du candidat Donald Trump.

Mark Zuckerberg a-t-il fermé les yeux ?

Quel est le rôle de Facebook dans cette histoire ? Le patron était-il au courant et a-t-il fermé les yeux ? Après un silence de plusieurs jours, Mark Zuckerberg a enfin décidé de s’exprimer sur le sujet. D’abord dans un post Facebook où il a exprimé ses regrets (mais pas ses excuses). Interrogé ensuite par Wired, CNN et le New York Times (toutes les interviews sont en anglais), le patron a déclaré enquêter en interne sur la possibilité, pour une application tierce, d’avoir exploité des données à des fins politiques. Facebook affirme qu’Aleksandr Kogan a violé les règles de la plateforme. Mark Zuckerberg a admis la gravité du problème et qu'il s'agit avant tout d'une « crise de confiance ».

L'entreprise Cambridge Analityca savait-elle que les données avaient été volées ?

Les données ayant été recueillies par le professeur de Cambridge Aleksandr Kogan, la société aurait pu tout à fait ignorer qu’il s’agissait de données volées. C'est le contraire, selon le New York Times et le London Observer, qui ont révélé au grand jour le scandale. Pour couronner le tout, la crédibilité de l’entreprise a été mise à mal avec la diffusion d’une vidéo lundi 19 mars sur la chaîne de télévision gratuite britannique Channel 4. On y voit Alexander Nix, le patron, en caméra cachée, se vanter de faire chanter des hommes politiques avec des pots-de-vin ou en ayant recours à des prostituées... Le patron a depuis été suspendu de ses fonctions.

Pourquoi ce scandale est important pour les utilisateurs de Facebook ?

Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps, Facebook était vu comme une merveilleuse opportunité de connecter la planète. Sauf que ce service, en apparence gratuit, a un prix : vos données. Avec l’affaire Cambridge Analytica, Facebook met un coup de projecteur sur son mode de fonctionnement : récupérer un maximum de données et les revendre à prix d’or. Le tout, avec des considérations morales discutables. La récolte de données n’est pourtant pas un secret. Quiconque dispose de 12 heures de temps libre s’en rendra facilement compte en lisant les conditions générales d’utilisation... Doit-on pour autant s’attendre à être manipulé·e·s lors d’élections ?

#DeleteFacebook

À la suite du scandale, Brian Acton, cofondateur de WhatsApp, à appelé à quitter le réseau social. Le hashtag « #DeleteFacebook » a été repris par de nombreux utilisateurs. Ont-ils pour autant quitté le réseau massivement ? Difficile à dire pour le moment, d'autant que les seules données qui permettraient de le savoir viendraient de Facebook, qui n’a aucun intérêt à communiquer sur le sujet. Le scandale ne fait que renforcer une vague de défiance envers le réseau et l’intégrité de Mark Zuckerberg est plus que jamais sur la sellette. Facebook a déjà été accusé en 2016 d’avoir hébergé, via des publicité achetées par la Russie, de la propagande anti Hillary Clinton. Par ailleurs, le patron accumule les bourdes de communication. Son apparente naïveté concernant les enjeux éditoriaux et politiques de sa plateforme commencent tout bonnement à ne plus convaincre personne. D’anciens employés se sont même récemment dressés contre Facebook, accusant le réseau social d’exploiter « la vulnérabilité humaine » et d’abrutir les enfants.

Sécurité des données et marché publicitaire

Pour tenter de rétablir un climat de confiance, Mark Zuckerberg l’a assuré, il va être beaucoup plus vigilant sur l’ouverture des données des utilisateurs à des tiers. Dans un interview donnée à Wired, le patron exprime ses regrets de ne pas avoir été plus loin dès les prémices de l’affaire. Il souhaitent aujourd’hui effectuer un contrôle de chacun des développeurs via un audit et assure que ceux qui ne s’y soumettront pas seront bannis. Cela suffira-t-il à tisser un nouveau lien de confiance avec les utilisateurs, les gouvernements et les annonceurs ? Rien n’est moins sûr.
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