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une scène e manifestation sur Paris
© Randy Colas sur Unsplash

La liberté de la presse est-elle menacée pendant les manifestations ?

Le 19 déc. 2019

La France compte plus d’une soixantaine de journalistes blessés depuis le début du mouvement des Gilets jaunes et le chiffre ne cesse de grimper. La faute à des rapports de plus en plus tendus avec les policiers.

Dans un communiqué de presse publié le 17 décembre 2019, Reporters Sans Frontières a assuré que « les dernières journées de mobilisation contre la réforme des retraites ont été marquées par un niveau inégalé de violence contre les journalistes ». La journée du 5 décembre dernier est particulièrement pointée du doigt avec l’éborgnement du journaliste turc Mustafa Yalcin par une grenade de désencerclement. Gaspard Carpentier, « caméraman indépendant et identifié presse », a aussi été touché par une grenade de désencerclement à la cuisse gauche la même journée. En mai 2019, l’ONG avait déjà comptabilisé 54 journalistes blessés, dont 12 graves, sur une période de 6 mois. Aujourd’hui, le collectif Reporters en colère, créé à la suite des violences du 5 décembre, en compte plus d’une centaine.

Comment expliquer cette escalade de violence ?

Pour Mathieu Molard, rédacteur en chef de Street Press et spécialiste de la répression policière, les heurts récents peuvent s’expliquer par un changement de doctrine qui a eu lieu en avril dernier. Alors que les forces de l’ordre avaient pour consignes de contenir et contrôler les mouvements de foules, ces dernières vont à présent beaucoup plus au contact afin de lutter contre les casseurs. « Dès qu’un manifestant lance une pierre, on assiste à une charge, indique-t-il. Il y a des affrontements en permanence. Dans ce contexte, il y a beaucoup plus de blessés et les journalistes font partie des dommages collatéraux. »

Les tensions entre journalistes et forces de l’ordre ne sont pas si nouvelles. « On a vu les premiers changements à partir des manifestations de la loi travail en 2015, explique-t-il. Les associations locales de la presse se plaignaient déjà de tensions. Aujourd’hui, ça atteint un niveau jamais vu. » Pour lui, le plus inquiétant reste l’inversion du comportement des policiers vis-à-vis des journalistes. « Je couvre des manifestations depuis une dizaine d’années et les choses ont vraiment changé, précise-t-il. Avant, les CRS nous identifiaient et faisaient attention à nous. Ils évitaient de nous tirer dessus ou de cogner. Maintenant, au mieux ils nous traitent comme tout le monde, au pire, ils nous ciblent spécifiquement. On ne compte plus les insultes, les coups de matraque, les mains sur les objectifs, le matériel confisqué voire les gardes à vue préventives pour certains d’entre nous. »

Tous les journalistes sont-ils visés ?

Certains journalistes semblent particulièrement concernés par ce changement. C’est notamment le cas des journalistes qui n’ont pas de carte de presse. « Les policiers ont souvent l’impression que nous sommes une profession réglementée, indique Mathieu Molard. Si on ne leur présente pas notre carte, ils ont tendance à être beaucoup plus violents envers nous. Or de nombreux journalistes indépendants ne la possèdent pas. »

Pour rappel, la carte de presse n’est absolument pas obligatoire pour pratiquer le métier. De nombreux journalistes indépendants ne peuvent d'ailleurs pas l'obtenir à cause de leur mode de rémunération non salarié.

Les journalistes issus de médias indépendants ou alternatifs sont aussi plus souvent visés que les autres par les forces de l’ordre. C’est notamment le cas de Gaspard Glanz, bien connu pour filmer de près les actions des Black Blocks, oude Taha Bouhafs, responsable de la vidéo incriminant Alexandre Benalla sur la place de la Contrescarpe. Ces derniers sont régulièrement pointés du doigt et menacés durant les manifestations, mais aussi sur les réseaux sociaux par des syndicats de police.

Enfin, les journalistes les plus visés sont souvent ceux qui documentent le plus les violences policières et braquent leur caméra vers les forces de l’ordre. « Ils n’aiment pas être filmés, indique Mathieu Molard. Ça les rend nerveux. Il existe un fantasme assez répandu parmi les forces de l’ordre selon lequel les images peuvent servir à des militants radicaux pour identifier et traquer des policiers quand ils ne sont pas en service ». Une telle chose n’est jamais arrivée, mais la situation inverse est une réalité. Dans l’épisode 4 du podcast les Forces du désordre, consacré aux manifestations actuelles, la journaliste Samia Basille recueille le témoignage de reporters dont les enregistrements vidéo ont été saisis par les policiers afin d’identifier des manifestants.

Quelles mesures pour enrayer la violence ?

Malgré la multiplication des tribunes et des appels au changement, le gouvernement n’a pas envoyé de messages clairs au sujet des violences policières. Par conséquence, c’est au tour des journalistes de prendre les choses en main. Le collectif Reporters en colère recense à la fin de chaque manifestation les exactions commises sur les journalistes. Dans le podcast les Forces du désordre, on apprend que d’autres journalistes se coordonnent via un groupe Facebook secret afin de se protéger les uns les autres durant les événements. L’objectif ? Faire en sorte que les violences subies n’entravent pas définitivement la liberté de la presse.

David-Julien Rahmil - Le 19 déc. 2019
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