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Une boite aux lettres remplie
© fishysam via Getty Image

Quand les journalistes désertent les rédactions pour lancer des newsletters payantes

Le 24 sept. 2020

Figure reconnue dans l’univers de la Silicon Valley, le journaliste tech Casey Newton quitte le média The Verge pour monter sa propre newsletter payante sur Substack. Et il est loin d’être le seul.

Mais quelle mouche a piqué Casey Newton pour quitter la rédaction de The Verge dans laquelle il officiait depuis 2013 ? Alors qu'il était responsable de la newsletter dédiée The Interface, lancée en 2017 et lue par 20 000 abonnés, le journaliste vient d’annoncer qu’il démissionnerait de son média. Il en profite pour lancer sa propre newsletter, intitulée Plateformer, sur Substack.

C’est quoi Substack ?

Assez peu connue en France, Substack est une plateforme permettant à n’importe quelle personne de lancer une newsletter gratuite, payante ou selon un modèle mixte. D’après Hamish McHenzie, le créateur de ce service, il suffit de réunir quelques centaines de followers et de leur faire payer 5 dollars par mois pour espérer toucher près de 100 000 dollars par an. Sur un abonnement payant, l’auteur récupère 90% de l’argent donné par les internautes, ce qui explique pourquoi plusieurs journalistes américains ont sauté le pas.

Parmi eux, on peut citer Emily Atkin, journaliste du magazine The New Republic qui a lancé Heated, une newsletter centrée sur le climat. De son côté, Matt Taibbi, journaliste d’investigation pour Rolling Stones, anime la newsletter Reporting sur les grandes affaires politiques. L'ancienne journaliste de Buzzfeed News, Anne Helen Petersen, casse la baraque avec Culture Study, une newsletter sur les changements de société. Et la liste continue de s'allonger.

Économie de la passion

Le point commun entre toutes ces personnalités est facile à trouver : elles sont réputées comme étant des spécialistes dans leur domaine, possèdent un bon carnet d’adresses et peuvent dégainer des informations avant les autres. Déjà suivies par des milliers de personnes sur Twitter, il ne leur a pas fallu réfléchir trop longtemps pour monétiser leur communauté grâce à Substack. C’est une application directe de l'économie de la passion, un concept développé par le journaliste et économiste Adam Davidson, par ailleurs auteur de la newsletter The passion economy.

Au-delà de l’aspect économique, ces journalistes tentent aussi de trouver un nouveau sens à leur métier a l’heure ou les GAFA dirigent la manière dont l’information circule. Dans  l'introduction de sa newsletter, Anne Helen Petersen explique qu’elle souhaite pouvoir aborder tous les sujets qui lui passe par la tête sans se soucier si ces derniers peuvent bien performer sur Facebook. « C’est vous qui décidez si ça vous intéresse et non l'algorithme d’un réseau social », indique-t-elle.

Trouver un nouveau modèle économique

Pour Casey Newton, c’est aussi et surtout la crise de la presse, exacerbée par la pandémie qui l’a décidé à rejoindre Substack. « J’ai été journaliste pendant 18 ans et pendant tout ce temps je me suis senti nerveux par rapport à ce qui se passait sur le marché publicitaire, raconte-t-il à OneZero. J’ai vu le web arriver et chambouler la presse papier dans laquelle je travaillais. Puis ce fut le tour des plateformes qui ont disrupté les médias en ligne. Tout le long, j’ai vu des dizaines de journalistes talentueux perdre leur travail. Je me suis donc demandé s’il n’y avait pas d’autres business models à explorer. Si ça fonctionne, peut-être pouvons-nous répliquer ce modèle et permettre à d’autres journalistes de créer leurs propres jobs. »

Reste à voir si ce modèle qui fonctionne avec des têtes déjà connues peut s'appliquer à tous...

David-Julien Rahmil - Le 24 sept. 2020
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  • C'est normal l'op.

    Les journalopes sont des esclaves et des vendus. Les infulanceurs sont juste des vendu.
    Et avec le vent populisme, etre vendu a la masse pas cher, c'est confortable moralement.
    Plus que d'étre une pute de l'oligarchie, d'autant que la sécurité de l'emploi, c'est plus ce que c'étais.
    C'est bien dans un sens, c'est libéral, ca diversifie, ca donne un bol d'air frai dans ce monde de merde.
    D'un autre coté, ca donne moins de puissance de feu aux "grand journalistes" pour abattre les scandales.
    Cette mutation est un fait auquel il faut s'adapter, il faut déveloper, des réseaux d'influanceurs fiabilisés.
    Il faut des journaliste niveau 2 publique, qui trie agrégé check et raffine pour les singes. pas des putains d'ia.
    L'autre part de l'évolution, c'est que j'ai capté quelques pourcent de ton audimat, si le modérateur le permet (bisou)
    La mascarade ne tient plus grace a cela, les "section commentaires" épurée de toute contestation font tache 😉

    Battez vous pour la vérité!

  • Je suis mitigé entre "cool enfin du nouveau" et "hé merde encore un truc qui va foirer". Car personne ne les contrôle : pas de comité de rédaction, pas de redac chef, rien. Si demain ils veulent faire des billets sponsorisés, favoriser leurs potes, ou une entreprise dans laquelle ils ont des actions ? Qui va les contrôler ?