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Ludovic B et les archives de la télé : « ces histoires sont complètement folles mais elles sont complètement vraies »

Avec l'INA

Passé de la télé et ses chaînes d’info en continu à YouTube, Ludovic B décrypte les médias pour ses 327k abonnés. Avec « L’histoire de la télé », « À qui appartient vraiment la télé » ou « YouTube VS la télé », il dévoile, dans ses séries de vidéos, les coulisses des médias—là où se jouent pouvoir et influence.

Lassé du rythme fou de la télé, où il estime ne pas avoir le temps de travailler ses sujets en profondeur, Ludovic B quitte la télévision en 2015 pour se lancer sur YouTube. Sur sa chaine, il décrypte le petit écran et mêle sa déontologie journalistique aux codes esthétiques plus pop de la plateforme Internet. « Ce qui me passionne, c’est la façon dont la télé fonctionne : son histoire, son modèle économique, la puissance qu’elle a sur la société… », confie-t-il. Il propose une analyse nuancée et sourcée, qu’il appuie sur des images d’archives, savamment distillées, pour étoffer son propos. Quel rapport entretient-il avec ces documents et de quelle manière les utilise-t-il ? Interview.

Tu fais beaucoup appel aux images d’archives. Qu’est-ce qu’elles montrent que tu ne peux pas raconter ?

Ludovic B : Il y a un côté nostalgique, forcément. Mais l’intérêt des images d’archives est qu’elles viennent « clouter » mes récits, c’est-à-dire que ça vient asseoir mes propos. Du point de vue visuel mais aussi pour apporter la preuve de ce que je dis. Même si les histoires que je raconte paraissent complètement folles, elles sont complètement vraies.

Comment sais-tu qu’un passage mérite une image d’archive ?

LB : Les archives me servent à la fois à clouter ce que je dis, mais aussi à aérer le discours et varier les plans. J’essaie de créer du rythme, qu’on ne voie pas ma tête trop longtemps à l’écran. En télévision, il y a une règle selon laquelle l’œil peut rester sur un plan fixe seulement sept secondes avant de décrocher – il faudrait donc que l’image change toutes les sept secondes.

Par exemple, j’ai fait une série où je raconte l’histoire des chaînes de télévision en France. Il y a beaucoup d’images à propos de la privatisation de TF1, dont la remise des dossiers par le groupe Lagardère ou Bouygues, avec le coup de théâtre à la fin et la remise du dossier Lagardère à la dernière minute. Tout ça est documenté.

Qu’est-ce qu’une bonne image d’archive selon toi ?

LB : J’utilise beaucoup des archives des années 80 car il y a un eu à cette époque de nombreuses transformations pour la télé. J’aime quand les images décrivent un moment et qu’elles contiennent tout le contexte, c’est-à-dire qu’il n’y a pas besoin de lancement. Ça m’est arrivé sur une vidéo qui raconte l’histoire des radios pirates. Le Parti socialiste, à l’époque, avait créé une radio pirate, et il y a eu une descente de police. J’ai retrouvé un passage d’un sujet de JT là-dessus. Tout était parfait et je n’avais qu’à introduire la séquence. Tout est à l’intérieur, c’est concis, parfaitement écrit. C’est une très bonne image d’archives, une histoire elle-même.

T’arrive-t-il de partir d’une image d’archive pour t’inspirer un contenu ?

LB : Ça m’est arrivé une fois quand je regardais, dans les archives du CSA, les appels d'offres pour les nouveaux canaux de la TNT, avec les oraux des différents groupes qui voulaient obtenir un canal gratuit en TNT. Ça durait deux ou trois heures et c’était tellement incroyable, je me suis dit que ça méritait une vidéo. On voit les chaines telles qu’elles étaient sur le papier et telles qu’elles sont devenues mais aussi des propositions complètement folles qui auraient pu voir le jour.

Comment trouves-tu ce que tu recherches ? As-tu des conseils ?

LB : Quand j’utilise mediaclip, je fonctionne à l’envers, c’est-à-dire que je sais déjà la période sur laquelle je veux une image d’archive. Ça permet d’aller beaucoup plus vite. Je vois dans des articles des choses qui se sont passées, par exemple la privatisation de TF1, et je sais que c’est tel jour que le verdict a été rendu. Plus on arrive à angler notre recherche, plus ça va vite et plus on arrive à des choses qualitatives.

Tu fais aussi des lives. L’archive a-t-elle une place dans ce contexte ?

LB : Clairement, l’archive peut avoir son rôle sur les lives. Il y a d’ailleurs sur Twitch une catégorie qui s’appelle « react », qui consiste à réagir à des images, souvent issues de la télé. Les streameurs regardent des replays de la télé, voire des images d’archives un peu plus anciennes, et réagissent. Parce que le format de l’émission est marrant, parce qu’on peut comparer ce qui se faisait avec maintenant...

Quel âge a ton public et comment réagit-il aux archives ?

LB : Mon public est assez vaste. Certains sont encore mineurs et d’autres ont connu TF1 quand c’était une chaîne publique, ou Antenne 2. C’est assez rigolo parce que cela crée un choc générationnel, toujours bon enfant, dans les commentaires. Certains se souviennent avoir vu une séquence en direct pendant que d’autres n’arrivent pas à croire que la télé a ressemblé, un jour, à cela. Ça touche tout le monde.

Quelle est ton archive favorite ?

LB : En 1985, Paul Amar a lancé sur Antenne 2 une punchline qui, pour moi, résume entièrement ce qu’est la télévision aujourd’hui : « pas d’illusion, la télévision qu’elle soit privée ou publique, reste et restera un enjeu politique ». Cette phrase m’a permis de clôturer ma série sur l’histoire de la télévision, « À qui appartient vraiment la télé ». C’était la conclusion parfaite puisque c’est vraiment tout ce qu’on a décrit, la décennie des années 80 où la télévision a été un jeu de pouvoir – c’est d’ailleurs toujours le cas aujourd’hui.

Un dernier mot ?

LB : Il y a tellement d’archives aujourd’hui qu’il faut leur redonner vie, j’espère que plus de créateurs vont s’en emparer. Une archive qui n’est pas utilisée est une archive qui meurt. Il y a tellement de choses à faire avec les archives, il faut se lancer, il faut les faire vivre !


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