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Médias : quand les archives défraient l’actu

Avec l'INA

Alors qu’Internet chasse une tendance après l’autre, les archives passionnent. Par leur pouvoir de contraste, elles éclairent l’actualité. Par leur charge nostalgique, elles racontent et sauvegardent une époque. Décryptage.

Sur les vidéos en format vertical typiques de Brut, une jeune fille se connecte au Minitel. Anxieuse, on la voit tenter de se connecter au 3615 Ravel, afin de se préinscrire sur les listes de l’université de son choix. Le système bug et elle doit, comme nombre de ses camarades, faire la queue devant l’université – quitte à devoir y camper. Dans les années 90, des décennies avant la mise en place de Parcoursup, prime la règle du premier arrivé, premier servi. La vidéo à l’esthétique granuleuse dure à peine trois minutes mais le contraste est parlant : l’affectation des élèves post-bac est un casse-tête qui dure depuis longtemps.

Pour illustrer la difficulté de l’affectation post-bac, Brut a choisi des images de l’INA,
sur mediaclip, la plateforme de l’INA pour les médias et tous les créateurs de contenus.

Média nouvelle génération qui bouscule les codes du journalisme, Brut a bien compris l’impact des images d’archives. Avec sa rubrique #TBT (throwback Thursday, un hashtag populaire sur Internet où les internautes partageaient leurs souvenirs nostalgiques et archives personnelles), le pure player revisite l’actualité à la lumière du passé.

Le procédé est adopté par de nombreux médias, qui font appel à l’INA et son service mediaclip, un catalogue de contenus inédits prêts à publier avec des images décalées et pertinentes. Konbini, lorsqu'il donne la parole à Éva Thomas, première victime d’inceste à avoir témoigné à la télévision à visage découvert ; Mediapart et sa plongée dans les Rafale Papers avec les images de la signature entre la France et l’Inde d’un contrat de vente de 36 chasseurs Rafale ; Disclose et son enquête sur les essais nucléaires en Polynésie française ; ou encore l’INA lui-même, avec son article sur la dernière centrale à charbon de France, au moment où l’on parle de les rouvrir.

La double mémoire ou le paradoxe d’Internet

Internet oublie vite mais se rappelle de tout. Un paradoxe que l’on retrouve jusque dans l’architecture même du réseau, avec des liens url dont la destination disparaît, perdant les informations attachées au passage. En anglais on parle de link rot, ou liens pourris. Les études sur le sujet convergent vers un même chiffre : 10 % de taux de pourrissement la première année. En d’autres termes, au bout d’un an, 10 liens sur 100 ne seront plus actifs. Les médias ne sont pas épargnés. En 2021, l’équipe numérique du New York Times, en collaboration avec le professeur de Harvard spécialiste du sujet Jonathan Zittrain, s’est attardé sur les liens externes (ceux qui mènent vers des sources extérieures) des articles publiés par le journal depuis 1996, soit environ 550 000 articles et 2,2 millions de liens. Un quart de ces liens étaient désormais pourris.

Si le chemin disparaît, l’information, elle, est toujours là. « La façon de réconcilier tout ça est de comprendre que l’information à une adresse ou URL donnée disparaît presque immédiatement. Mais en réalité, cette information est copiée à différents endroits et continue donc d’exister » , expliquait à propos de cette double temporalité le professeur Michael L. Nelson au magazine CtrlZ.

Internet, lieu de dépôt des mémoires

Comme pour conjurer cette obsolescence, Internet se passionne pour les archives et invente de nouveaux outils pour les mettre en lumière. Ainsi par exemple, Rue89 a mis au point l’application Rétro Lyon, une « machine à remonter le temps » . Grâce à un affichage photo dynamique, ou l’outil slide, l’équipe du pure player met en miroir les photos de la ville de Lyon et l’évolution de l’espace dédié à la voiture entre le 19ème siècle et aujourd’hui. Dans le documentaire « La k7 de yaye Elisa », sorti en mai, Arte Radio se sert de l’audio pour faire revivre les voix d’un passé intime. À travers une cassette enregistrée il y a 17 ans par un membre de sa famille au Sénégal, la journaliste raconte une histoire de l’immigration : une arrivée en France douloureuse et l’amour des siens laissés au pays. Un podcast qui résonne avec la série documentaire de l’INA « Cherchez le daron » , une plongée dans le Paris des années 80 à travers l’enquête de deux filles à la recherche du souvenir de leurs pères, disparus à l’âge de 33 ans. Le New York Times décide quant à lui de raconter des tranches de vie de la Grosse Pomme. Fin mai, le journal se plonge dans ses archives pour en ressortir des photos de cabines téléphoniques publiques de la ville, technologies autrefois centrales et omniprésentes devenues obsolètes, et de ses divers utilisateurs.

Des archives éditorialisées mais aussi plus brutes. Lieu de mémoire collective, les internautes viennent déposer ce qu’ils ne veulent pas que l’on oublie. Ainsi par exemple du Museum of Endangered Sounds, le Musée des sons en voie de disparition en VF, fondé il y a dix ans par Brendan Chilcutt pour sauvegarder les sons des anciennes technologies. « Imaginez un monde où l’on n’entendra plus jamais le lancement symphonique d’une machine sous Windows 95 » , déplore-t-il sur son site. La messagerie instantanée d’AOL, le bruit d’une ancienne caisse enregistreuse ou la sonnerie d’un Nokia 3310 : le Musée est une ode à une ère où la technologie était bruyante et encombrante.

Nostalgique du cool

Sur ce médium qui chasse une tendance après l’autre, on revendique sa nostalgie. Dans un mème presque aussi populaire que #TBT, les internautes se rappellent avec une bonne dose d’autodérision les objets anachroniques de leur époque, devenus badges d’appartenance générationnelle. « Je suis tellement vieux que je me rappelle [des Pogs et des Jojos, des disquettes, des sonneries de portables payantes, des Minikeums, de lorsqu’on devait appeler chez les parents pour parler à ses copains, ou tout autre usage obsolète]. »

Et les médias de s’engouffrer dans la tendance. Un Top 20 des objets que vous ne connaissez seulement si vous êtes nés dans les années 80 ? Voilà une mode So 2020, à laquelle on succombe avec plaisir.


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