des mèmes anti-Poutine

9Gag : comment ce site de partage de mèmes est devenu un site d'info et de propagande

© 9Gag

Sur le site de partage de mèmes 9Gag, on ne trouve pas que des mèmes inoffensifs. Il est désormais l’un des épicentres de la guerre hybride que se livrent la Russie et l'Ukraine.

Sur le site 9Gag, on trouve d’habitude des GIFS de chats rigolos, des danses TikTok qui tournent mal et un nombre incalculable de mèmes internet que se partagent près de 4.7 millions de personnes, chaque jour. Cet agrégateur de contenus viraux dont le slogan est « Go fun the world » (à traduire par « Allez amuser le monde » ) connaît depuis deux mois un changement important, et qui n'est pas si amusant que cela. Des internautes bombardent le site de propagande pro-ukrainienne. On y voit des photos de soldats valeureux en plein milieu d’un bombardement, des images de tanks abandonnés par les Russes ou bien encore une vidéo truquée moquant le défilé militaire de Vladimir Poutine. On savait que cette propagande, largement basée sur des mèmes internet, tournait beaucoup sur d’autres réseaux comme Twitter. Mais pourquoi a-t-elle envahi un site comme 9Gag ?

Un défilé militaire moquant les larcins des soldats russes

C’est quoi 9Gag ?

Lancé en 2008 depuis Hong Kong, 9Gag est un agrégateur de contenus fonctionnant plus ou moins comme Reddit. Les internautes ont la possibilité de poster n’importe quel type de contenu amusant, mais aussi de voter afin de les rendre plus viraux. Plus un contenu obtient de votes positifs, plus il est mis en avant sur le site. Ces contenus sont aussi classés dans diverses rubriques comme « Animé et Manga » , « Cryptomonnaies » , « Politique » , « Jolies Filles » , ou bien... « Dernières Actualités » . Du fait de cette organisation, 9Gag est peu à peu devenu un véritable média où les internautes viennent s’informer et commenter l’actualité, mais toujours par le prisme de l'humour. Et le phénomène devient massif. Ils seraient environ 150 millions de visiteurs par mois et ils y passeraient généralement plus de 17 minutes pour regarder mais aussi commenter. Et maintenant que 9Gag est l’un des carrefours de l’information préférée des internautes, il est aussi devenu une place intéressante pour pratiquer de la propagande de guerre.

Trop de propagande ?

Dans un article publié sur The Conversation en mars 2022, Albin Wagener, chercheur associé à la PLIDAM (Inalco) et au laboratoire PREFICS (université Rennes 2) met en évidence plusieurs tendances dans le contenu posté. Il constate notamment l'affluence de mèmes ironiques ou sarcastiques sur la menace nucléaire russe permettant de faire face à cette angoisse, la mise en évidence de la force des soldats ukrainiens face à une armée russe présentée comme mal préparée et en déroute ou bien encore des mèmes commentant de manière ironique les réactions des différents pays d’Europe, des États-Unis ou de la Chine.

En jouant habilement sur les codes culturels et en injectant un humour souvent ravageur, les mèmes sont les véhicules parfaits pour la propagande de guerre. Ils permettent de véhiculer une idée, souvent simple et de manière percutante et amusante. Difficile de chiffrer combien de contenus sont postés chaque jour sur cette thématique, mais le fait que le tag « Ukraine News » situé tout en haut du site juste à côté des sections trending et hot montre que le sujet est omniprésent sur le site. Ce bombardement de mèmes fait d’ailleurs lui aussi l’objet de mèmes méta dénonçant la transformation de 9Gag en site de propagande.

Mais comme l'indique Albin Wagener, ces mèmes ne sont pas seulement là pour convaincre les internautes occidentaux de soutenir l'Ukraine. Ils sont aussi le reflet de la manière dont les européens ou les américains perçoivent le conflit et ses répercussions sur la scène internationale. De ce fait, 9Gag est donc bien plus qu'un site pourvoyeur d'images de chats marrants. Il s'avère être aussi un thermomètre de l'opinion globale des internautes occidentaux.

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