Les médias dans le brouillard

Fatigue des influenceurs, articles générés par IA... Nos prédictions 2023 pour les médias

© Caspar David Friedrich via Wiki commons

Fin de la presse papier, montée en force des IA, pressions sur les influenceurs, affaiblissement de Google face à la recherche sociale… Voici les grandes lignes qui vont définir l'année média 2023.

Prévoir des tendances est plus un art acrobatique qu'une science exacte. Pour vous proposer ce que nous estimons être les grandes lignes directrices de 2023, nous nous reposons à la fois sur le rapport Journalism, Media and Technology Trends and predictions 2023 de l'Institut Reuters et de l'université d'Oxford ainsi que sur nos propres observations au sein de la rédaction.

Les médias dans l'incertitude

Réduction de personnel dans les rédactions, arrêt de publications papier, recherche de nouveaux modes de financement. L'année 2023 ne sera pas de tout repos pour la presse qui se voit contrainte par plusieurs facteurs. Les premiers sont la hausse du prix du papier et de l'énergie ainsi que les changements d'habitudes post-Covid. En France, TV Magazine qui était diffusé à 3,7 millions d'exemplaires a cessé d'être vendu en kiosque, par exemple. Dans l'ensemble, les journaux ont réduit leur pagination de 20 % et augmenté les prix entre 10 et 30 centimes. Côté numérique, ça n'est pas folichon non plus. De nombreuses rédactions comme Gamekult, Canard PC, Brut, ont connu des licenciements tandis que les médias tentent de rééquilibrer les comptes après une baisse des investissements publicitaires de 6 % entre 2021 et 2023. Les revenus par abonnement restent la plus grande source de revenus pour 80 % des médias (ils étaient 74 % en 2020). Preuve que l'on compte de plus en plus sur le porte-monnaie des consommateurs. À noter que les deals passés entre les médias et les plateformes sociales comme Facebook pour compenser les pertes publicitaires (environ 33 % des médias y avaient recours en 2022) vont arriver à leur fin en 2023. Les médias vont devoir affronter directement Meta, YouTube, Amazon ou TikTok pour éviter un carnage, Reuters envisage la mise en place d'alliance entre grands médias par le biais de bundles (plusieurs journaux ou sites payants) proposés aux consommateurs contre un seul abonnement.

La fin des influenceurs ?

Entre l'implication de plus en plus importante des stars sur les réseaux, l'émergence des microcélébrités sur TikTok et le ras-le-bol des posts sponsorisés et des publicités omniprésentes, les internautes font état d'une certaine fatigue à l'encontre des influenceurs. S'ajoute à cela une méfiance de plus en plus importante vis-à-vis des influ-voleurs issus de la téléréalité, à la pointe des arnaques sur les cryptos. Cette fatigue se retrouve notamment dans les chiffres d'engagement sur Instagram. Alors que les investissements n'ont jamais été aussi hauts, le taux d'engagement (commentaire et partage) a diminué de 33v% en 6 mois au cours de l'année 2022 pour plus de 3000 marques. La faute reviendrait à des changements d'algorithmes ainsi qu'à la multiplication de contenus de piètre qualité.

Il est aussi possible que le modèle du marketing d'influence évolue avec TikTok. La plateforme vidéo a la particularité de rendre virales les vidéos de n'importe quel utilisateur même si ces derniers ne sont pas connus. Si l'une de ces vidéos contient un objet vu des millions de fois, ce dernier va alors connaître un boom de ventes inattendu. Ce phénomène possède même son hashtag #tiktokmademebuyit (TikTok me l'a fait acheter). Une fois la viralité atteinte, les marques n'ont qu'à transformer l'essai en faisant du tiktokeur un ambassadeur officiel du produit. N'allez pas croire pour autant que les influenceurs vont disparaître. Ces derniers vont tout simplement moins investir Instagram et sans doute se concentrer sur la fabrication de contenus et de marques média comme nous avons pu le voir avec la stratégie Dear Média. Cette plateforme de podcasts pour femmes booste sa visibilité grâce à la présence d'influenceurs qui profitent d'une audience engagée pour mettre en vente de nombreux produits dérivés.

L'année de la recherche sociale

Vous cherchez encore vos infos sur Google ? C'est d'un ringard. D'après Prabhakar Raghavan, Google senior vice-président, 40 % des jeunes vont sur Instagram ou TikTok quand ils cherchent un nouvel endroit où manger. Ces plateformes ont l'avantage d'optimiser leurs résultats en fonction des tendances, mais aussi de proposer de très nombreux contenus pouvant répondre à des demandes très spécifiques en termes de tutoriaux ou de décryptage d'actualité. Vous voulez apprendre des accords faciles à la guitare ou bien comprendre comment fonctionne ChatGPT ? Sur TikTok, il existe des dizaines de vidéos qui vous apprendront tout ça et bien plus. Bon, on est encore loin de la perfection et TikTok garde une réputation de plateforme hébergeant beaucoup de désinformation, mais Google avait aussi le même problème à ses débuts.

L'invasion des IA

On les regardait comme des objets de curiosité il y a un an… À présent, les intelligences artificielles pouvant générer du texte ou de l'image sont omniprésentes et bouleversent des secteurs entiers. Dans les médias, les premières illustrations IA sont arrivées, suivies à présent des premiers articles écrits grâce à GPT3. Le média CNet s'est d'ailleurs fait prendre la main dans le sac en générant plusieurs articles parfaitement optimisés pour le SEO dans sa rubrique finance, sans le mentionner franchement. En plus de cette cachotterie, les articles se sont révélés bourrés de fautes de sens et de fausses informations, ce qui a obligé le média à les dépublier afin de les faire fact-checker par un journaliste. De cette erreur pourrait bien naître une nouvelle manière de produire du contenu « journalistique » : un premier jet effectué par une IA, doublé d'une vérification par un humain ou bien tout simplement une réécriture de dépêches entièrement automatisée. Au-delà de l'écriture, les IA vont aussi permettre de simuler des voix humaines ou bien d'animer des présentateurs virtuels pour des flashs infos vidéos.

« Pic internet » et Romo

Vous ne le savez peut-être pas, mais après des décennies de croissance constante, le temps passé sur Internet a diminué de 13 % en 2022. Ce phénomène qui fait suite à l'usage intensif que l'on a pu observer pendant les confinements est appelé par le rapport Reuters, le « pic Internet ». Ce pic semble se refléter dans les audiences des médias puisque 58 % d'entre eux constatent une stagnation voire une décroissance. Si la reprise d'activité en présentiel explique en partie ces résultats, la majorité des éditeurs (72 %) s'inquiètent devant le ROMO (Release Of Missing Out), une tendance qui consiste à éviter sciemment les informations pour diminuer son anxiété. Pour lutter contre cette angoisse, les rédactions s'éloignent de la mise en avant de nouvelles positives ou des contenus lents qui n'ont pas fait leurs preuves. En échange, elles se réorientent vers un journalisme de décryptage et d'explication avec notamment un format de questions/réponses ou bien mettent en avant des histoires inspirantes.

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Dans une dictature le pire est souvent derrière. Dans une démocratie , le pire est toujours devant

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