Anonymous et Poutine

« #OpRussia »  : comment les hackers d'Anonymous se mobilisent contre Poutine ?

© Hermione Bosseboeuf

Piratage des chaînes de télévision, hacking des services de renseignement russes... Pour le célèbre collectif Anonymous, la cyberguerre a lieu sur tous les fronts.

« Le collectif Anonymous est officiellement en guerre contre le gouvernement de Russie. » Le message est apparu quelques heures après l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe. Il a été relayé par plusieurs comptes Twitter comme @YourAnonOne ou encore @YourAnonNews, qui compte plus de 7,8 millions d’usagers. « Nous voyons les nuages de la guerre créés par un fou qui cherche son intérêt personnel, et cela nous mécontente », annonçait alors dans une vidéo YouTube un membre du groupe d’hacktivistes anonymes, masque de Guy Fawkes sur le visage et voix métallique. « Nous sommes Anonymous, concluait-il selon la formule d’usage. Nous sommes légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Vlad (pour Vladimir Poutine, ndla), redoutes-nous !  »

Fuite de données, perte de contrôle numérique… Sur le Web, les forces russes assiégées

L’opération la plus suivie à ce jour a été conçue par un groupe international de programmeurs, coordonné depuis la Pologne et nommé « l’escadron 303 », en référence à cet escadron de pilotes polonais qui se sont battus de façon héroïque lors de la bataille d’Angleterre contre les nazis en 1940. Affiliés à Anonymous, qui les héberge sur son site web, ils invitent tout·e un·e chacun·e à « rejoindre la légion » en se connectant au site www.1920.in, afin d’envoyer  un message sur la guerre à l’une des millions d’adresses e-mail ou à l'un des numéros de téléphone russes des bases de données dérobées. Une façon habile de contourner la censure numérique imposée par le Kremlin. Plus de 30 millions de messages auraient été envoyés par ce biais, à en croire leurs chiffres. Dans un autre cas de vol de données, des groupes opérant sous les noms d’Anonymous Liberland et de Pwn-Bär Hack Team ont obtenu plus de 200 Go de courriels du fabricant d’armes biélorusse Tetraedr, mis à disposition via le site web Distributed Denial of Secrets.

Un autre compte affilié à Anonymous affirme avoir piraté plus de 100.000 imprimantes à travers toute la Russie, activées à distance pour imprimer des messages « anti-propagande » sur le conflit ukrainien ainsi que des instructions pour installer Tor, le navigateur open source qui permet de communiquer de façon anonyme. Anonymous a aussi revendiqué avoir pris le contrôle à distance du yacht personnel de Vladimir Poutine, le renommant « FCKPTN » et indiquant comme sa destination d’arrivée aux autorités maritimes : « l'enfer ».

« Hors de contrôle, sans visage », l’initiative Anonymous inquiète les États

« Anonymous a piraté plus de 2 500 sites russes et biélorusses, y compris des sites gouvernementaux, des médias, des aéroports et des banques », affirmait jeudi 17 mars sur Twitter le compte Anonymous TV.  La plupart des médias hésitent à confirmer ces allégations, rappelant qu’Anonymous est un groupe décentralisé, anonyme et sans leader. Une sorte de nom de guerre dont n’importe qui peut se revendiquer. Certains « faits d’armes » supposés relèvent, comme c’est toujours le cas quand on est partie prenante d’une guerre, de l’infox ou de la propagande, comme ce Tweet affirmant qu’un groupe affilié à Anonymous aurait fermé le système de contrôle principal des satellites russes. Un autre compte, démythifié par la société de cybersécurité Check Point, prétendait avoir piraté des caméras de vidéosurveillance à l’intérieur d’une centrale nucléaire. Il réutilisait en fait des images de YouTube vieilles de plusieurs années. Pirate et anarchiste par nature, Anonymous n’est de fait pas bien vu par les États, les institutions et de nombreux médias, qui s’agacent de ne pouvoir s’adresser à aucun porte-parole officiel du mouvement. Certains s’inquiètent des dommages collatéraux que pourraient subir, comme ce fut le cas avec Wikileaks, des sociétés ou individus non responsables de la guerre, qui pourraient voir leurs données les plus personnelles diffusées sur Internet par des hacktivistes ne se donnant pas la peine de trier entre tels et tels citoyens de Russie auxquels ils auraient accès. Twitter a d’ores et déjà suspendu plusieurs comptes Anonymous pratiquant ce « doxing ». Le gouvernement britannique a également appelé les volontaires de la cyberguerre à ne pas rejoindre les rangs du collectif masqué, qui « pourrait jouer involontairement le jeu du maître du Kremlin », estime-t-il. Poutine pourrait prendre le prétexte d’une attaque d’Anonymous comme preuve de l’implication de l’Occident dans le conflit, s’inquiète Downing Street.

Spécialiste de cybersécurité, Jeremiah Fowler a passé en revue les actions revendiquées par Anonymous. Il affirme que les résultats sont bien là : « Anonymous s’est avéré être un groupe très compétent, qui a eu accès à des cibles, des dossiers et des bases de données de grande valeur dans la Fédération de Russie », écrit-il dans son rapport.  « Les actions revendiquées par Anonymous sont dans 90 % des cas véridiques », insiste-t-il, comme le confirme la chronologie. « Et le collectif ne semble pas agir pour la notoriété mais bien pour la cause qu’il défend ». Dernières opérations en date, Anonymous cible désormais les entreprises occidentales, notamment françaises, qui font encore des affaires en Russie. Le compte Twitter Anonymous Resistance affirme enfin avoir récupéré les données de 120.000 soldats russes, ce qui lui « permettrait d’identifier de probables responsables de crimes de guerre perpétrés à Boutcha ».

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Anonymous corrompus

  2. Anonyme dit :

    Vous avez les moyens d'information pour avertir le peuple Russe de ce qu'il se passe. Pourquoi ne le faites vous pas ?

  3. Anonyme dit :

    Anonymous, je suis sensible à vos actions, et je les encourage.
    L'informaticienne désormais à la retraite que je suis vous admire, mais face à (aux) adversaires que nous avons aujourd'hui, vous invite à la prudence.
    Car je ne connais pas d'arme de guerre qui ne fasse de dommages collatéraux.

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