Appli de montage Narative

Narative, l'app qui veut aider les créateurs de contenus à streamer comme des pros

Livestreaming pour tous ! C’est le pari de narative, qui promet aux streamers de débrider leur créativité avec une app balancée comme une régie de poche. Interview du cofondateur et CEO Jean-Marc Denoual qui veut contribuer au décollage de la « creator economy » .

Transformer chaque streamer en un Cecil B. DeMille en puissance, avec un outil mobile capable de produire et diffuser des lives sur tous les réseaux digitaux : c’est sans doute parce qu’il est issu de l’industrie du broadcast que cet ancien exec’ de TF1 veut apporter à la nouvelle garde de créateurs digitaux des standards proches d’une qualité « télé » .

Avec Narative, Jean-Marc Denoual, déjà à l’origine de Molotov.tv (qui vient d’être cédé à l’Américain FuboTV), cherche à se placer aux avant-postes de la « creator economy » . Et à écouter l’entrepreneur égrener les raisons pour lesquelles son projet est un « condensé d’anticipation du marché et de technologie » , on veut bien croire que le moment est particulier a minima : baisse significative de la consommation télé, notamment auprès des plus jeunes, montée en puissance des modèles payants sur le digital, sans parler du déploiement de la fibre, de l’arrivée de la 5G ou des smartphones toujours plus sophistiqués… Interview.

Vous semblez cibler spécifiquement les acteurs de la « creator economy » avec votre solution : pourquoi ce choix ?

Jean-Marc Denoual : 30 % des jeunes américains de 8 à 12 ans rêvent, non pas de conquérir Mars, mais de devenir… créateurs vidéo (ndlr : enquête Lego-Harris Poll, 2019). Or, aucune plateforme n'offre à ce jour les fonctionnalités qui permettraient à ces jeunes générations d'assouvir leur passion. Narative ambitionne de devenir cette plateforme, avec une technologie propriétaire unique.

C'est un choix de cœur, mais aussi d'affinités, compte tenu de mon parcours et celui de mes cofounders, Quentin Renard et Marc Ferry. C’est aussi un choix de marché : je suis convaincu que nous assistons à l’émergence d’une nouvelle ère. Les modèles économiques dominants, privilégiant l’audience, ont écrasé la création et n’ont pas permis aux petites communautés de s’exprimer en vidéo.

Quentin Renard, Jean-Marc Denoual, Marc Ferry – Narative

Mais ces modèles publicitaires s’essoufflent – même les créateurs à succès en vivent difficilement et la lassitude des algorithmes gagne. D’autre part, de nouvelles relations entre créateurs et diffuseurs se structurent, notamment sur le marché du podcast, rendant la « creator economy » possible : Apple ou Spotify permettent désormais aux créateurs de faire du podcast payant, et Facebook, Twitter ou YouTube explorent aussi ces modèles. La méga levée (ndlr : 155 millions de dollars en avril 2021) de Patreon est un autre signal fort. Cela prouve que le digital n’est pas condamné au seul contenu mainstream.

Le système est vertueux : s’il est impossible de tirer un revenu publicitaire correct sur une audience de 5000 viewers, quand ces mêmes 5000 payent 3 dollars pour un contenu, alors vous pouvez vivre de votre passion. Et ce faisant, améliorer vos contenus, susciter des vocations, etc. Rien que sur YouTube, on compte 70 millions de chaînes, donc plus d’une centaine de millions de créateurs de contenus toutes plateformes confondues… On peut faire l’analogie avec ce que nous avons connu dans l’industrie de la télé dans les 80s : à côté des chaînes gratuites généralistes, des pay TV thématiques et exclusives. Et sur le digital, le payant, ça sera des niches serrées, de l’authenticité et des communautés très engagées.

Vous parlez de « conditions de marché idéales » pour le lancement de votre plateforme : quelles sont-elles, en détail ? Pourquoi maintenant ?

JMD : Notre analyse repose sur trois piliers. Le premier est l’aspiration générationnelle que j’évoquais : les jeunes veulent produire de la vidéo, il faut leur offrir les moyens d’exprimer leur talent et leur passion.

Le deuxième est technologique : nous souhaitons rendre la production vidéo accessible sans sacrifier la qualité de la narration, ni sans la réserver aux happy few ou aux plus gros pourvoyeurs d'audiences. Narative est capable depuis un mobile de mixer 5 caméras venant de smartphones et de les envoyer sur les plateformes de destination : Twitch, Facebook, YouTube, TikTok, etc. C’est une plateforme disponible dans 150 pays, qui offre une heure de live sur un réseau en simultané, que chacun peut prendre en main, sans aucune connaissance particulière. Enfin, le troisième repose sur la puissance et le besoin de live : quel meilleur format pour s’adresser et interagir avec sa communauté ? Le cocktail est parfait.

Quelles sont les tendances éditoriales en matière de live stream ?

JMD : Ces tendances en sont encore à leurs prémices – justement parce que produire et diffuser une heure de live, c’était compliqué et onéreux. Si l’on fait tomber les barrières, comme le fait notre outil, la créativité pourra s’exprimer. Nous avons identifié quelques tendances que pour le moment nous gardons pour nous, des formats originaux qui s’appuieront sur l’unicité de notre plateforme. Les streamers de la première heure, souvent issus du gaming, ont ouvert ce nouvel Ouest mais aujourd’hui, tous les passionnés veulent faire de la vidéo sympa et quali, de l’interactivité avec leur audience, sans s’embarrasser de problématiques techniques.

Il est temps de parler à ses communautés avec un outil digne de ce nom. Et de créer des contenus viraux, sociaux et inclusifs, avec autre chose que cette esthétique « visio » qui fatigue tout le monde et qui est tout, sauf de la narration. Dans les nouveaux formats qui cartonnent, le narrateur et sa communauté entretiennent une relation très forte, regardez le succès de Tous en cuisine avec Cyril Lignac – sans parler de l’interaction des communautés entre elles.

Les médias, notamment télé, ont-ils un (nouveau) motif d’inquiétude avec le développement et la « professionnalisation » du registre live ?

JMD : Pas nécessairement les chaînes gratuites, qui ont l’exigence de fédérer des audiences massives et satisfaire leurs annonceurs. D’ailleurs, le live ne fait plus partie des codes de la télé : à part pour l’info et quelques talks, il disparaît des antennes puissantes, pour des raisons évidentes : moins d’audience, risque d’aléas en tous genres, etc. Elles ne peuvent ni satisfaire les audiences de niches, ni les aspirations d'authenticité et d'interaction des communautés sur les sujets qui les passionnent. Le lancement récent de Brut Live montre bien que le besoin d’histoires non scriptées existe toujours. Nous pensons qu’en offrant des outils plus professionnels de production, nous allons contribuer à tirer vers le haut le niveau et avec, l’engagement des audiences et l’émergence de nouveaux modèles. Nous faisons le pari de la création, de la narration et de la communauté.

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