Jeunes diplômées souriant dans la nature

Rentrée 2022 : Sciences Po, ESSEC, Audencia misent sur le vert pour leurs formations supérieures

© Karolina Grabowska et Cedric VT

Le Manifeste pour un Réveil Écologique de 2018 porte-t-il enfin ses fruits ? La rentrée 2022 voit naître une flopée de programmes centrés sur les enjeux de transition, dans les universités et les grandes écoles de tout le pays.

1,1 milliard de dollars. C’est la somme astronomique que l’université de Stanford vient de recevoir de la part du couple de mécènes Ann et John Doerr pour ouvrir une School of Sustainability (École de la Durabilité). L’évènement est doublement historique pour l’université : non seulement cela faisait soixante-dix ans qu’une école n’avait pas ouvert à Stanford, mais il s’agit également du plus gros don de son histoire. La France n'est pas en reste puisque Nadia Maïzi ouvre à l'École des Mines le Transition Institute TTI.5 à la rentrée prochaine. Elle y voit un signal fort : celui du déclic de l’enseignement supérieur sur les sujets environnementaux, partout à travers le monde. Où en est la France ?

En 2022, le supérieur se met (vraiment) au vert

Le Manifeste pour un Réveil Écologique, signé par 30 000 étudiants en 2018 pour appeler les grandes écoles à prendre au sérieux la transition, a amorcé une lame de fond. En février dernier, le rapport Jouzel, du nom du climatologue Jean Jouzel qui en est l’auteur, a été remis à la ministre de l’Enseignement Supérieur, avec un objectif ambitieux : former 100 % des étudiants de bac+2 à la transition écologique d’ici cinq ans. Cette double pression venue des hautes sphères du ministère et de la mobilisation des étudiants sur le terrain a accéléré la mue de l’enseignement supérieur. Cette année, les initiatives se multiplient, à tel point qu’il est difficile d’en faire le tour, explique Christian Koenig. Ancien membre de l’administration de l’ESSEC, il fait partie de l’équipe du Campus de la Transition, une structure originale qui propose aux universités et aux grandes écoles de les aider à développer leurs formations sur la transition. « Nous recevons énormément de sollicitations », se réjouit Christian, rappelant que le Campus, en seulement trois ans et demi, a connu une croissance considérable.

Proposer un cours sur le développement durable ne suffit plus

Saupoudrer quelques cours de développement durable sur une formation ne suffit plus. Les sollicitations ne sont pas seulement plus nombreuses, elles changent aussi de nature. Jusqu’ici, les établissements développaient quelques cours isolés ou des spécialisations à bac+4 ou bac+5. Or ce type d’initiative n’intéresse que des personnes déjà sensibles à la crise environnementale, et dépasse rarement quelques dizaines d’étudiants par an. Pour Christian Koenig, les écoles sont de plus en plus nombreuses à comprendre qu’ « on ne peut pas faire un cours de 3 h le jour de la rentrée pour dire que le monde va mal, puis reprendre les cours comme avant… » Il est là, l’enjeu de cette mue de l’enseignement supérieur.

Bref : universités, écoles de commerce ou d’ingénieurs… C’est tout l’enseignement supérieur français qui, depuis quelques mois, se donne enfin les moyens de former les jeunes à la transition. En suivant l’exemple de pionniers qui expérimentent depuis des années.

Parmi les initiatives les plus ambitieuses, Christian Koenig salue le travail de CY Université (anciennement Université de Cergy-Pontoise), dont le président « est extrêmement engagé ». Dans les écoles de management, Audencia, l’école de commerce nantaise, fait figure de modèle. Remarquée pour son master spécialisé sur la transition énergétique, l’école travaille en ce moment avec le think-tank The Shift Project, emmené par l’ingénieur-star de la transition Jean-Marc Jancovici. Le projet, intitulé ClimatSup Business, proposera dès la rentrée 2022 une maquette de cours entièrement repensée pour répondre à l’urgence climatique. L’ESSEC n’est pas en reste : elle a lancé une démarche stratégique de 18 mois intitulée ESSEC Together, pour repenser l’école face aux enjeux sociaux et environnementaux. L’école ouvre également le Bachelor Act en partenariat avec CY Université. Un nouveau programme pensé par le Campus de la Transition, qui accueillera 30 bacheliers dès septembre.

Campus des Transitions de Sciences Po Rennes : le précurseur

Le Campus des Transitions de Sciences Po Rennes, localisé à Caen, fait partie de l’avant-garde de l’enseignement écologique. Le campus n’a pas attendu le Manifeste pour un Réveil Écologique de 2018, et encore moins le rapport Jouzel en 2022, pour lancer des programmes exigeants et innovants. Il a été fondé en 2012, « à une époque où il n’y avait pas grand monde sur ce terrain !  », rappelle Nicolas Escach, son directeur. Ses cursus sont résolument ancrés dans le territoire : les quelque 150 étudiants du campus ont cours dans plusieurs tiers-lieux de la région. Ils travaillent à la dépollution des sols, repensent la signalétique urbaine ou le mobilier urbain en partenariat avec des villes normandes.

Le décloisonnement entre les disciplines est un des mots d’ordre du campus. Nicolas Escach propose des enseignements à la croisée des chemins : design cyclable, biomimétisme, philosophie environnementale… À la rentrée, le campus ouvre un nouveau master en partenariat avec une école d’art, où les étudiants travailleront pendant trois ans sur un projet de design implanté sur le territoire à l’issue de la formation. Nicolas Escach est également un ferme défenseur de la « décélération pédagogique », cette idée selon laquelle il nous faut reprendre le temps d’aller sur le terrain, pour un apprentissage plus profond. « Quand on part en voyage pédagogique, on part 20 jours, pas 3 ou 4. » Le campus préfère également des modes de mobilité douce. Adieu les voyages de classe à New York pour cinq jours. À la rentrée, les étudiants partiront trois semaines en bateau (à voile, bien entendu), direction les îles danoises. Au programme : conférences, observations scientifiques, photographie…

Inertie, quand tu nous tiens

Alors bien sûr, il reste des réfractaires. L’impression de branle-bas de combat général ne doit pas nous faire oublier « la très grande inertie » qui persiste dans certaines écoles, reconnaît Christian Koenig. Le Shift Project rappelait dans son rapport de 2019 que 76 % des formations du supérieur en France ne comportent aucun cours sur le climat Cette inertie, Louis Fidel en a fait l’expérience. Pendant deux ans, cet ancien étudiant d’HEC Paris a négocié sans relâche avec l’école pour qu’elle aille plus loin qu’une série de cours sur la RSE. Car en dehors des cours sur la durabilité, c’est business as usual, raconte Louis : « Quand tu sors d'un cours sur la durabilité pour aller dans un cours de finance, tu as l'impression d'arriver dans un autre monde… » L’école travaille activement à revoir ses programmes pour mieux y intégrer les enjeux sociaux et environnementaux. Louis s’en réjouit, mais doute que les changements soient suffisamment ambitieux : « Quand HEC aura fini sa mise à jour du cursus, je crains qu’elle ne soit déjà en retard sur ce que d’autres écoles auront fait entretemps... ».

Si les classements changent, les écoles changent

Pour Christian Koenig, ce qui peut faire évoluer les écoles, notamment les écoles de management, ce sont les classements nationaux et internationaux, dont dépend leur réputation. Et cela tombe bien : depuis quelques années, ils sont nombreux à ajouter des critères environnementaux à leur grille d’évaluation. Le podium du sacro-saint classement des écoles de management a longtemps été la chasse gardée des « trois parisiennes » (HEC, ESSEC, ESCP). Mais en octobre 2021, le classement des écoles de commerce les plus engagées en matière d’écologie publié par Les Echos Start proposait un tout autre top 3: ESCP, Montpellier Business School, EM Lyon. HEC ne figure pas dans le top 15. Un coup de pression plutôt bienvenu.

commentaires

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  1. Anonyme dit :

    Green Management School, une des formations les plus complètes et totalement en e-learning...

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