Foule

Une assemblée citoyenne pour écrire les fictions de la transition

À quoi ressemblerait une société qui respecterait les limites du vivant ? Si personne n’a encore pu clairement la décrire, autant le faire ensemble ! Rencontre avec la réalisatrice Valérie Zoydo, l’une des initiatrices de cette expérience d’écriture à l’échelle inédite. 

Nous savons que notre modèle de production et de consommation basé sur l'extraction de ressources fossiles est à l'origine du dérèglement climatique. Ce que nous ne savons pas vraiment, c'est quel cadre de vie nous offrirait un modèle alternatif. Pour le donner à voir et à désirer, il nous faut "un nouveau récit". Une manière de se dire qu'une société qui respecterait les limites planétaires pourrait nous offrir une plus belle (la) vie. Réaliste mais enthousiasmant, concret mais désirable et surtout collectif, ce récit est un défi scénaristique. Spécialiste en storytelling, Valérie Zoydo s'est associée à l'ADEME, le festival Atmosphères et Bluenove pour organiser le seul atelier d'écriture à la hauteur de ce défi : une assemblée citoyenne des imaginaires.

Pourquoi si peu d’œuvres audiovisuelles décrivent une société écologique ? Ne sait-on pas raconter la transition ? 

Valérie Zoydo Ce qu’on voit est effectivement soit hors-sol, soit apocalyptique. Avec l’ADEME, j’ai mené une enquête sur le storytelling des enjeux actuels puis participé, avec d'autres, à l’écriture d’un livre sur ce sujet. Les scénaristes ne sont pas formés, leur compréhension est conditionnée par la presse qui est majoritairement catastrophiste. Mais il y a surtout un triangle racinien entre scénaristes, producteurs et diffuseurs : les producteurs ne proposent pas de visions alternatives car les diffuseurs sont persuadés que le public n’aimera pas, tout en se plaignant du manque de nouveauté ! Or il y a une attente du public. 

À quoi pourraient ressembler ces nouveaux récits ?

V.Z : Quand l'écologie devient une fin en soi dans une histoire, on s’ennuie. La nature et le respect du vivant doivent donc transpirer partout : dans les décors, la psychologie des personnages, les intrigues... Il faut éviter l'écueil dystopie/utopie. La peur de la première paralyse. L'espoir de la deuxième ne convainc que les convaincus. Il convient d’être à la convergence des deux car un récit a besoin d'ombre et de lumière. Mais le plus important est d’intéresser le public pour permettre une pédagogie clandestine. Il est donc indispensable de mieux connaître ses attentes, ses espoirs et surtout le faire participer ! C’est le but de l’assemblée citoyenne des imaginaires : que les gens puissent écrire le récit qui les mobilisera.

Qui composera cette assemblée ?

V.Z Il y aura mille membres, sélectionné.e.s par Bluenove parmi les volontaires inscrit.e.s. Le but est d’avoir l’ensemble le plus représentatif possible. Les activités se dérouleront en physique et en numérique pour avoir des personnes dans toute la France.

Quelles seront ces activités ?

V.Z Dans un premier temps, nous voulons comprendre ce public. Pour lui parler, nous devons forcément partir de là où il est, pas de là où nous voudrions qu’il soit. Nous allons donc sonder son rapport au réel, lui demander quels sont ses grands enjeux actuels. Ensuite, nous tenterons de comprendre leur rapport à l'imaginaire. Quelles sont les histoires qui ont marqué leur inconscient collectif ? Quelles histoires les ont mis en mouvement ? 

Et une fois cette radiographie terminée ?

V.Z : Nous passerons dans une phase de formation inspirée des méthodes de la Commission Nationale du Débat Public. Des scientifiques et des scénaristes interviendront pour donner les outils nécessaires à la compréhension des enjeux actuels et les former au storytelling. À ce stade, nous serons rejoints par huit scénaristes qui bénéficieront de cette formation indispensable au travail d’écriture.

Que devront produire les membres ?

V.Z Les histoires qui n'existent pas encore et qu'ils aimeraient raconter en faveur d’une société compatible avec le vivant ! Je ne veux pas trop les influencer, ni limiter le champ des possibles. Ces récits pourront être de toutes formes : série, film, format court, jeu vidéo…

Chaque membre de l’assemblée écrira une microfiction. Elles seront analysées par Bluenove pour voir si des thèmes ou des champs sémantiques émergent. Les scénaristes les liront pour les transformer en plusieurs présynopsis qui seront présentés à l’assemblée qui pourra les amender. Ensuite, les membres, les scénaristes et nos partenaires voteront pour le synopsis qui sera développé dans l’acte 2.

Qui sont ces partenaires ?

V.Z Pour le moment, l’ADEME, Bluenove, le festival Atmosphères, Engie, Véolia, TF1 et le ministère de l'Écologie. Nous sommes en discussion avec d’autres entités. Tous nos partenaires pourront encourager leurs salarié.e.s à participer et auront accès en priorité à ces récits qui seront ensuite disponibles en open source pour servir au bien commun. 

Si TF1 est partenaire, le fruit de ce travail sera diffusé à la télévision ?

V.Z Avoir la chaîne la plus populaire comme partenaire est un élément clef pour toucher tous les publics et faire participer des scénaristes aguerri.e.s. Mais à ce stade, notre engagement avec l’ADEME est de livrer un synopsis final. C’est le but de l’acte 1 qui devrait débuter en janvier 2023 et durer au moins six mois*. Nous aimerions en produire le fruit et le diffuser mais la durée des projets audiovisuels est beaucoup plus longue. Cet acte 2 est notre souhait. Cela pourrait prendre la forme d’un livre, d’une série, d’un film… L’assemblée décidera !

Les assemblées citoyennes sont à la mode. Le Grand Débat National et la Convention Citoyenne pour le Climat ont cependant engendré plus de déceptions que d’avancées réelles…

V.Z : C’est l’absence de décisions politiques qui a déçu. La parole citoyenne y a été usurpée parce qu’elle faisait peur. Les citoyens ne se sont pas sentis respectés malgré leur investissement. Notre projet ne peut pas être récupéré politiquement. Nous ne promettons pas le grand soir ou des changements législatifs. Nous voulons juste montrer que d’autres imaginaires sont possibles.

Une série, un film : une oeuvre de fiction peut-elle être à la hauteur de la crise écologique ?

V.Z : Ce n’est qu’un outil au service de « l’empuissentement » citoyen. Tout le travail de l’assemblée est de former les spectateurs pour qu’ils puissent écrire les récits dont nous avons besoin. En écrivant nos propres histoires, nous pouvons enfin nous autoriser à rêver et à œuvrer ensemble. En 1789, il y eut les cahiers de doléances. En 2023, nous voulons écrire les cahiers d’espérances. Nous avons tous vocation à y prendre le stylo.

*Mise à jour le 20/10/2022 : La durée du projet a été modifiée selon ses dernières évolutions.

commentaires

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  1. Axelle dit :

    Où trouver l'info source pour se renseigner sur le projet ?

  2. Marsan dit :

    Super et bravo. On s'inscrit où? C'est quand.. a très vite. CM

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