Leonardo di Caprio, hurlant dans Don't look up, film Netflix

Oui, la fiction peut venir au secours de la planète, et on sait mieux comment

Avez-vous vu Don’t Look Up ? … Et lu le dernier rapport du GIEC ? La pop culture pourrait-elle mobiliser là où les discours politiques et scientifiques ont échoué ? C'est le sujet d'une étude menée par l’ADEME.

C’est l’antienne des mobilisations pour le climat, la phrase entendue à tous les meetings, conférences et débats : « Il faut un nouveau récit ». Certes, mais lequel ? Surtout, comment faire pour que ce récit soit audible par les citoyens à l’heure où ils évitent de plus en plus de s’informer tant les nouvelles sont anxiogènes ?

Pour tenter de comprendre la mécanique d’une production culturelle qui donnerait envie d’agir concrètement pour l’environnement, l’ADEME (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), Place To B et BVA Group ont suivi un panel de 40 personnes pendant 3 mois. Ces répondants ont exploré spontanément des œuvres audiovisuelles abordant les questions écologiques et ont dû réagir à des œuvres sélectionnées.

Les Cassandre ne peuvent pas convaincre

Sans surprise, les œuvres culturelles environnementales génèrent le plus souvent des émotions négatives (peur, colère, frustration), associées à des imaginaires angoissants. Les panélistes expriment une forte lassitude face à la morale, la culpabilité ( « les bons contre les méchants » ) et les messages extrêmes. Le sentiment d’impuissance associé à l’idée de « bien-pensance » engendre même un rejet.

Le genre dystopique crée un malaise en donnant le sentiment d’être dans l’incapacité d’agir et de manquer de solutions. La série L’Effondrement, pourtant populaire, a ainsi « étouffé » une partie des répondants. Malgré leurs succès, les films catastrophe ne mobilisent pas non plus. Le « Disaster Porn » , ce plaisir voyeur à regarder l’apocalypse, laisse le spectateur écrasé par l’absence de solution et souvent ennuyé par des scénarios usés.

Mobilisation, mode d’emploi

Il est donc inutile ou contreproductif de répéter les preuves scientifiques des dangers mortels du dérèglement climatique. Les spectateurs cherchent majoritairement de la joie et de la surprise dans la culture populaire. L’étude montre l’impact particulièrement fort de l’humour. Pour convaincre le public, il faudra donc parler du dépassement des limites planétaires avec légèreté.

Pour l’embarquer, il faut aussi lui donner des moyens d’identification en intégrant au récit des éléments réalistes et connus (faits, lieux, noms). Le public n’étant pas à une contradiction près, il plébiscite également l’usage de la féérie ou de la poésie. Avatar de James Cameron est l’un des films les plus appréciés des répondants.

Oubliez cependant les super-héros. Les spectateurs préfèrent la figure de l’anti-héros ou du personnage ordinaire qui devient le héros par ses actes engagés. Ce que le protagoniste vit résonne alors plus fort avec les émotions du public. Il est là aussi question d’identification et de projection : nous avons tous envie d’être le héros.

L’amateurisme ne paye pas

L’étude fait ressortir l’importance de la qualité d’écriture, de production et de réalisation dans la réception des messages. Le public veut avant tout être diverti par de « belles œuvres ». L’intrigue est également décisive dans l’adhésion des spectateurs et dans le souvenir que ceux-ci en gardent. Le format a aussi un impact fort. Les mini-séries ou les œuvres courtes avec un rythme soutenu comme Il était une fois l’huile captent mieux l’attention des participants.

Le film d’animation semble être un format particulièrement apprécié pour sensibiliser et donner envie d’agir. Thermostat 6, Wall-E, Le Monde de Nemo, Un Monstre dans ma Cuisine ont ainsi rencontré un fort succès auprès des répondants. Ils n’ont pas seulement aimé ces films mais indiqué que ceux-ci les encourageaient à passer à l’action et à les montrer à leurs proches.

Au-delà du récit

Si les représentations culturelles sont très importantes, l’ADEME pointe aussi le besoin d’aller au-delà de la seule création en donnant des ressources complémentaires informatives et pédagogiques. L’agence préconise ainsi la mise en place d’un site internet pour répondre aux questions soulevées par l’œuvre, comme par exemple racinesderesilience.org pour Une fois que tu sais d’Emmanuel Cappellin ou animal-lefilm.com pour Animal de Cyril Dion.

Pour renforcer ces récits, il faut également les inscrire dans la durée par des échanges sur les réseaux sociaux et par des conférences ou des ateliers pour les inscrire dans le réel. Il est important de former des communautés de gens qui souhaitent agir, sans quoi l’engagement en faveur des transitions restera une fiction.

Pour aller plus loin :

L’étude « Des récits et des actes » de l’ADEME est ici.

Rob Hopkins – Et si… on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ? Paris, Éditions Actes Sud, 2020

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