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Un verbatim de témoignage contre le directeur de création de McCann Paris
© Les Lionnes

Harcèlement moral, sexisme… face à l’inaction de McCann Paris, Les Lionnes agissent

Le 6 nov. 2019

21 témoignages, un mois de discussions et… aucune vraie décision. Face à ce constat aberrant, l’association Les Lionnes a décidé d’agir.

D’abord, on collecte les témoignages. Ensuite, on alerte les entreprises concernées afin d’avancer ensemble et de rectifier le tir en privé. Enfin, si rien ne se passe, on agit, et publiquement. Le modus operandi des Lionnes est carré, transparent.

L’association lancée en mars 2019 par Christelle Delarue a pour objectif de recueillir la parole et d’aider les victimes de harcèlement dans le monde de la pub. Deux ans après #MeToo, on pourrait se dire que c’est fini, qu’on n’a plus besoin de ça. Triste constat : rien n’a changé. « Nous essayons de discuter et avancer conjointement avec les agences incriminées, nous explique Christelle Delarue. Mais quand les agences en question nous baladent pendant un mois… on passe à l’action. »

McCann Paris dans le viseur de l’association

À l’origine de la nouvelle actualité des Lionnes, plusieurs plaintes visant directement le directeur de création de l’agence McCann Paris.

Tout commence après le festival des Cannes Lions, lorsque l’association remet un prix à l’agence pour sa campagne « The Non Issue », pour L’Oréal. Plusieurs femmes de l’agence contactent alors l’association, soulignant les pratiques abusives du directeur de création. Au programme : humiliations répétées, sexisme et abus moraux.

Au départ, Les Lionnes collectent 5 témoignages. C’est le seuil au-delà duquel l’association contacte une agence mise en cause, selon un procédé établi avec l’AACC. Puis, rapidement, le nombre de témoignages passe à 21. « Du jamais vu », selon Christelle Delarue.

Le 26 septembre 2019, elle contacte donc les équipes RH de McCann Paris et propose une rencontre avec la direction. Elle les informe au passage de la procédure : si, sous 30 jours, l’agence n’annonce aucune mesure, les Lionnes alerteront la presse.

Pas une priorité

Le 7 octobre, Christelle Delarue rencontre la DRH de McCann, seule, et lui transmet les 5 témoignages anonymes écrits mettant en cause le directeur de création. Christelle Delarue apprend alors que la direction – et donc les actionnaires, McCann Paris appartenant au groupe américain Interpublic Group – n’est pas au courant de la procédure en cours.

Après une relance des Lionnes et le sentiment que le sujet n’avance pas, Christelle Delarue finit par rencontrer la direction française, le 16 octobre.

Dans un enregistrement vocal d'une réunion interne que L'ADN a pu se procurer via Les Lionnes, on a d'ailleurs l'impression que le sujet n'est pas franchement une priorité.

Une procédure cadrée

À l’issue du rendez-vous, sachant qu’il ne reste plus que 10 jours à l’agence pour agir selon la procédure des Lionnes, l’association propose un plan d’action et un accompagnement personnalisé.

Dans un e-mail adressé au Président et à la DRH de McCann le 17 octobre que L’ADN a pu se procurer, Christelle Delarue propose plusieurs mesures :

  • La rédaction d’un e-mail commun rédigé par McCann Paris et Les Lionnes à diffuser à l’ensemble des salariés, afin de présenter une enquête sur des faits de harcèlement sexiste au travail
  • L’écriture commune de questions à poser aux employé.e.s pour mener l’enquête au cours d’une séance d’échange
  • L’utilisation d’une plateforme externe à McCann Paris pour réaliser l’enquête afin de garantir l’anonymat des personnes répondantes si celles-ci le souhaitent
  • La mise en place d’une plateforme, développée avec Les Lionnes, pour recueillir les témoignages
  • La promotion de l’enquête en interne
  • L’analyse des conclusions de l’enquête
  • Une réunion d’échange le lundi 28 octobre 2019 sur la formulation des résultats de l’enquête aux équipes.

Merci… mais non merci

La réponse de McCann se fait attendre. Ce n’est que le 21 octobre que Les Lionnes recevront une réponse. Celle-ci, en substance, décline la proposition – tout en assurant que le sujet est pris très au sérieux. Ben voyons.

Sans nouvelles depuis, c’est décidé : Les Lionnes agissent.

Extraits choisis

Dans la nuit du 5 au 6 novembre 2019, les membres de l’association sont allés placarder des extraits des témoignages des victimes aux alentours de l’agence – qui, selon Christelle Delarue, avait prévu pour l’occasion un périmètre de sécurité.

Glaçants, les extraits donnent le ton. Et les 21 témoignages transmis à L’ADN sont tous concordants. Certains proviennent d'ailleurs d'hommes. Ils dénoncent un comportement abusif ainsi qu'une inaction (voire une complicité) de la direction et des services RH, alertés à plusieurs reprises et par différentes personnes. Dans ce contexte, Les Lionnes annoncent retirer le prix de l’agence. 

Contactée par nos soins, la direction de McCann Paris n'a pas répondu à nos questions. En revanche, nous avons reçu un communiqué de la part des équipes communication Europe :

« Nous confirmons avoir mené une enquête interne en concertation avec les représentants du personnel de l’entreprise au sujet des allégations dont vous faites état. Rien n’a été trouvé pouvant corroborer les faits présumés. »

Faut-il accompagner les accusés ?

Dès les premiers échanges avec l’agence, Christelle Delarue pose des questions qui remettent en cause le système. Les créatifs qui sont promus d’un coup, gagnent beaucoup d’argent, et ont possiblement une grosse pression sont-ils accompagnés correctement ? « Nous faisons face, aujourd’hui encore, à une logique de Boys Club, regrette Christelle Delarue. Les talents féminins ne sont pas considérés. Nous ne parlons pas ici d’une personne de 60 ans, il n’a rien du publicitaire ringard à l’ancienne. » Comme le révèle l’un des témoignages, « [Il] a été recruté pour gagner des Lions, à n’importe quel prix… C’est [sa] motivation essentielle, au-delà (…) des gens surtout… »

Il y a comme un problème dans le système.

Commentaires

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  • J’en pose la question de savoir comment lutter contre ce genre de pratique. Je me propose de bannir les marques représentées par l’agence de mon « panier de la ménagère ». Petite initiative, dérisoire mais il faut que chacun et chacune agisse dans la mesure de ce qu’il peut entreprendre.