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La planète Terre vue du ciel
© The New York Public Library via Unsplash

Amazon : l'un des plus gros pollueurs de la planète crée un fonds pour la sauver

Le 18 févr. 2020

Jeff Bezos a annoncé dans un post Instagram débloquer 10 milliards de dollars pour lutter contre le changement climatique. 

Jeff Bezos annonçait le 17 février 2020 dans un post Instagram le lancement du fonds « Bezos Earth Fund ». Pour contribuer à sauver la planète en finançant la recherche et les ONG qui œuvrent à la protection de l'environnement, il l’a doté de 10 milliards de dollars, à savoir 8% de sa fortune personnelle. Alors vraie conscience écologique ou coup de com' ? On pencherait plus pour la seconde option… surtout qu’Amazon est un des plus gros contributeurs de gaz à effet de serre du monde, selon l'ONG Attac. 

De l'hypocrisie, selon les employés

Ironie du sort, cette subite prise de conscience intervient 20 jours après que 300 employés se soient alliés pour remettre en cause la politique environnementale d’Amazon. « Des centaines d'entre nous avons décidé de tenir tête à notre employeur Amazon. Nous sommes effrayés, mais nous avons décidé de prendre la parole face à la crise climatique », écrivent-ils dans un post Twitter.

Déjà en avril 2019, les salariés dénonçaient l’absence totale de mesures face au changement climatique. Les 7 642 membres du groupe Amazon Employees for Climate Justice avaient rédigé une lettre ouverte pour que l’assemblée annuelle des actionnaires valide la mise en place d’un rapport public sur les actions concrètes que la multinationale mène dans la lutte contre le changement climatique.

Champion de l’emploi précaire, de l’évasion fiscale et des émissions de CO2

« Évasion fiscale massive, développement d’entrepôts entièrement robotisés, livraisons par drones, repas fournis en moins de 30 minutes, salariés sous surveillance, reconnaissance faciale, destruction d’invendus… Le monde selon Amazon semble s’inspirer d’une science-fiction. C’est pourtant une réalité chaque jour plus concrète », résumait Attac dans un rapport sorti en novembre 2019.

La firme a émis près de 56 millions de tonnes de CO2 en 2018, l’équivalent des émissions d’un pays comme le Portugal, révèle Bastamag. De plus, Amazon est connue pour ses pratiques de gaspillage : 3 millions de produits neufs ont été détruits. Ces émissions comprennent également l’énorme réseau logistique de transport routier qui assure les livraisons de plus en plus rapides, mais aussi les entrepôts de serveurs qui assurent l’offre de service Cloud et qui tournent sans interruption.

Compenser ses émissions pour devenir neutre en carbone d’ici à 2040

Régulièrement pris pour cible par plusieurs actions pour dénoncer la surconsommation et les conséquences écologiques du Black Friday, Jeff Bezos assure vouloir atteindre la neutralité carbone en 2040. Mais plutôt que de diminuer à la source ses émissions de CO2, Amazon, tout comme de nombreux autres acteurs, se contente de vouloir les compenser. Dans son ouvrage La compensation carbone : illusion ou solution ? l’universitaire et chercheur Augustin Fragnière explique d'ailleurs que le système a de vraies limites et qu’il est urgent d’en changer. Selon lui « la compensation carbone permet aux entreprises de compenser à très bas coût leurs émissions ce qui ne les incite pas à repenser la façon dont elles émettent du carbone en premier lieu ».

Une tribune parue dans Le Monde livre quelques pistes à suivre pour qu'un changement radical de paradigme soit initié. Premièrement, les entreprises doivent réduire considérablement leurs émissions à la source, deuxièmement, elles doivent devenir des contributrices (et non pas des compensatrices) de cette réduction et enfin, devenir activistes de l’agro-écologie.

Des pistes qui paraissent encore un peu loin des ambitions de Jeff Bezos... qui n'hésite pourtant pas à déclarer que « sauver la Terre nécessite une action collective des grandes et petites entreprises, des États, des organisations mondiales et des individus. La Terre c'est la chose que nous avons tous en commun. Protégeons-la, ensemble ». D’accord… mais l’urgence ne serait-elle donc pas de prendre les problèmes à la source et non pas à la marge ?

Anaïs Farrugia - Le 18 févr. 2020
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