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Richard et Jared, dans la série Silicon Valley, en train de faire passer un entretien d'embauche

Est-ce que ça vaut vraiment le coup de faire des « learning expeditions » à Tel Aviv ou dans la Silicon Valley ?

Le 18 juin 2018

À Tel Aviv ou dans la Silicon Valley, les « learning expeditions » sont à la mode. C'est qu'elles s'avèrent être de riches accélérateurs pour la transformation des grandes entreprises. Rencontre avec ces « tour operators » dédiés à l'innovation corporate.

La vérité est ailleurs, si l’on en croit le succès des learning expeditions. Ces explorations nouvelle génération visent à embarquer les entreprises « tradi » d’ici à la découverte de ce qui se fait de mieux chez les petits nouveaux de là-bas. On parle de tech, mais pas que : le grand intérêt du voyage, c’est surtout de se confronter à des cultures et des états d’esprit différents, avec l’objectif de les faire infuser une fois rentrés.

Thomas Doduik, directeur des activités digitales média chez Lagardère Active, a profité d’une excursion à Tel Aviv, orchestrée par Valérie Zarka, fondatrice de More Than Digital, pour s’imprégner de la fameuse houtspa, cette audace commune aux entrepreneurs israéliens. « Cette capacité à oser, à tester avant de chercher à monétiser, à ne pas avoir honte ni peur de se planter… C’est vraiment ce que j’ai cherché à transmettre à mon retour : je voulais l’exposer au comité de direction en priorité afin de transformer l’entreprise par le haut », explique-t-il. Pour Valérie Zarka, cet état d’esprit a plusieurs origines. « C’est une nation de pionniers : des communautés très variées ont dû inventer un pays de A à Z.

Partir de rien n’angoisse pas les Israéliens. La prise de risque ne s’accompagne pas d’une peur de l’échec, de la stigmatisation, du tabou. » Toute l’éducation des enfants va dans ce sens : ils sont éduqués de façon très libre, en autonomie, dans une sorte d’improvisation permanente. « Il n’y a pas beaucoup de discipline : traverser la route tout seul, jouer avec le feu…, ils sont toujours poussés à être le plus créatif possible. » Enfin, l’armée obligatoire confère aux jeunes un pragmatisme à toute épreuve. « Pendant cette période, ils sont souvent derrière un écran à développer des interfaces, des algorithmes, des solutions de vision à distance, de cryptographie… Cela leur donne des profils très en lien avec la tech. Dès 18 ans, ils sont habitués à remettre en question les décisions, à challenger, et à repenser la hiérarchie. »

Valérie Zarka compose des programmes pour provoquer une confrontation accélérée à l’écosystème entrepreneurial du pays. « L’objectif est d’être secoué, de casser un certain nombre de représentations. À partir de briefs précis, j’élabore pour les participants un parcours sur mesure, à la rencontre des startups du pays. » En partant du principe que l’inspiration peut venir de partout, elle permet aux grands groupes de rencontrer des acteurs de différents horizons pour faire avancer leurs projets : conception de plates-formes numériques et de stratégies digitales, création de contenus… Question profils, embarquent plutôt celles et ceux qui se trouvent aux postes clés de l’entreprise, les patrons, les comités d’innovation, les directions stratégiques…

« Cela permet de débloquer les mentalités à la source. » Xavier Ducurtil, directeur marketing stratégique de Covéa, a ainsi participé à un voyage orienté sur des thématiques très tech : intelligence artificielle, blockchain, cybersécurité… « Il faut constituer un petit groupe, pas plus de 15 ou 18 personnes. Sinon ça part tous azimuts. J’ai mélangé des personnes du comex, des directeurs de pôle et des opérationnels en charge de thématiques pointues. » Dans l’idéal, il aurait aimé faire venir tous les dirigeants – « c’est ce qu’il y a de mieux pour transmettre une culture, mais ils ne sont jamais tous disponibles en même temps ».

Si Israël attire de plus en plus, c’est dans la Silicon Valley que tout a commencé. Pour Dominique Piotet, CEO de l’agence Faber Novel à San Francisco et organisateur, à ce titre, de learning expeditions aux États-Unis, le véritable voyage commence au retour. « Partir pour rencontrer de belles boîtes et se faire plaisir, ça s’appelle du tourisme. La vraie valeur de l’expérience, c’est d’accélérer une transformation. » Il met d’ailleurs un point d’honneur à accompagner ses clients à leur retour. « C’est un sujet de leadership : c’est pourquoi nous aimons emmener les patrons pour confirmer leurs convictions et les pousser à l’étape d’après, afin qu’ils impulsent des projets, fassent découvrir de nouvelles pistes stratégiques, instaurent des partenariats… » Pour lui, le choix des profils est important. « Nous prenons des champions, qui vont devenir des relais au sein de l’entreprise, dans les différents services. C’est une forme de récompense et de reconnaissance. »

 

Il partage l’exemple de la SNCF. « Si, à leur retour, les équipes s’étaient seulement émerveillées d’avoir rencontré Hyperloop, on aurait loupé un truc. Mais elles ont engagé un véritable processus, elles ont investi parce qu’elles veulent apprendre de ces gens-là. » En parallèle, avec l’agence, la SNCF organise une « reverse learning expedition » pour tous les cadres : une demi-journée au siège, filmée et accessible à tous, avec une présentation approfondie de l’écosystème, des vidéos du voyage et la prise de parole de start-up. « Ça, c’est un succès. »

Un point de vue partagé par Xavier Ducurtil, qui explique que l’un des gros intérêts de ces voyages est de créer une communauté au sein de l’entreprise. « C’est un cercle vertueux : les participants deviennent de vrais ambassadeurs, des sponsors de la transformation qui ont à cœur de déployer ce dont ils ont pu être les témoins. » En parallèle, les relations nouées sur place se renforcent. « Nous organisons des événements auxquels nous convions des entrepreneurs avec lesquels nous avons échangé. Ça démultiplie les points de contacts, ça permet de mieux transmettre. » Pour Thomas Doduik, la transmission doit être la plus incarnée possible. « Il faut tester tout de suite, en laissant de côté les barrières. Ces voyages sont des bulles : vous revenez plein d’espoir, puis il faut se confronter à la réalité. C’est pour cela qu’il faut en faire plusieurs : sortir de ce quotidien qui nous aspire est nécessaire pour réellement appliquer le changement. »

Question investissement, il faut prévoir un peu de temps (au moins trois jours)… et d’argent. « Il existe plein de formules différentes », rappelle Dominique Piotet. « Et certaines sont faites pour les plus petites entreprises. Mais il faut un encadrement et des gens sur place qui connaissent l’écosystème. Sinon ça perd tout son sens, et l’on risque de passer à côté du plus important. » Valérie Zarka confirme : « Les multinationales sont très focalisées sur leur propre marché et n’ont aucune idée de la façon dont fonctionnent les entreprises israéliennes, américaines, ou coréennes ! Il faut cet électrochoc, c’est nécessaire. Mais il faut être coaché correctement pour repartir avec le bon bagage. » Pour Xavier Ducurtil, l’investissement vaut le coup. « C’est une démarche qui permet de faire un saut culturel. Nous sommes dans une optique de changement : tout n’a pas été déclenché par les voyages, mais ils ont permis une accélération indéniable. » Et de souligner qu’en plus des moyens financiers, c’est avant tout une ouverture d’esprit. « Mais si le management n’est pas enclin à la découverte, ça ne mènera nulle part. »


Cette interview est parue dans la revue 14 de L’ADN, pour vous la procurer cliquez ici.


À CONSULTER
morethandigital.fr
fabernovel.us

À VOIR
La learning expedition de la SNCF dans la Silicon Valley :
fabernovel.us/portfolio-item/sncf-574-sf/

La learning expedition de Covéa à Tel Aviv :
Lex Israel, Covea, septembre 2016, by More Than Digital.

La learning expedition du GESTE, avec Lagardère Active, à Tel Aviv :
YouTube : Lex Israel, Le Geste & 15 publishers by More Than Digital, novembre 2016.

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