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© Low Tech Lab

Les low-techs pour lutter contre le péril écologique ?

Alizée Perrin
Le 24 avr. 2019

Les low-techs se concentrent sur nos besoins primaires : accès à l’eau, à l’alimentation, à l’énergie. Elles sont conçues localement, avec des méthodes simples et peu coûteuses. À l’heure où le péril écologique nous pousse à repenser nos modèles, elles proposent des réponses adaptées et facilement reproductibles.

Guénolé Conrad, Ingénieur en Énergie Renouvelable et membre du Low-tech Lab définit la low-tech comme un ensemble de systèmes utiles, accessibles et durables. « Utiles car ils répondent à un besoin de base (accès à l’eau, à l’énergie, à l'alimentation...). Accessibles à la fois économiquement et techniquement. Durables car fabriqués au maximum avec des matériaux recyclés et respectueux de l’environnement ». La low-tech a donc pour but de fournir des solutions technologiques locales et peu coûteuses pour répondre à des besoins primaires. En bref, rendre leur autonomie aux gens.

Empreinte écologique du tout numérique

On parle de « low » techs car ces innovations ne capitalisent pas sur des technologies ultra-innovantes. Ces dernières ont en effet une empreinte écologique très importante. « En 2019, le secteur du numérique a une empreinte carbone globale supérieure au secteur de l’aviation civile », rappelle ainsi Fabrice Rigolot, Directeur Qualité & RSE chez CGI.

A l’inverse, les « low-techs » font appel « à l’ingéniosité individuelle pour trouver des solutions à partir de ce que l’on a déjà à disposition, sans ressources additionnelles », abonde Caroline Ailleret, Consultante en charge de la prospective chez Boomer, cabinet de conseil en management de l’innovation. Les low-techs couvrent de nombreux domaines, de la création d’un réchaud à économie de bois à celle d’un four solaire en passant par une couveuse fabriquée à partir de pièces détachées de voiture, un microscope imprimé sur du papier ou encore des LED créées à partir de restes d’eau de javel… Et force est de constater qu’Internet est aujourd’hui une vaste boite à outils de tutoriels DIY.

La low-tech plus « good » que la « tech for good »?

A l’heure où le « for good » est sur toutes les lèvres, que penser de la multiplication des infrastructures numériques et des devices associés ?

Philippe Bihouix, ingénieur arts et métiers et expert international en maîtrise de l'énergie rappelle que le digital, principal facteur d’accélération de l’innovation n’est pas « invisible » et s’appuie sur « des infrastructures physiques bien réelles (serveurs, antennes-relais, routeurs, satellites...) et des dizaines de métaux (argent, lithium, cobalt, étain...) qui nécessitent de l’énergie pour leur extraction ». « Aujourd’hui les solutions numériques sont souvent décrites comme « smart » : smartphone, smart grids, smart city… mais où est la dimension « smart » si aucune réflexion n’est menée en amont sur leur impact global ? Avant de s’appuyer largement sur le numérique pour régler les problématiques sociétales, il faut s’assurer de comprendre et travailler sur l’empreinte de ces solutions », complète Fabrice Rigolot.

Dès lors, les « low-techs » apparaissent comme une réponse particulièrement appropriée aux défis environnementaux. Pour ses adeptes, comme Guénolé Conrad, il est ainsi temps de remettre de la « sobriété et du bon sens dans la conception et l'utilisation de ces systèmes. »

Hybridation, collaboration, partage

Pour autant, à l’heure de la course au tout numérique, les low-techs présentent-elles un potentiel de généralisation crédible ? Plus que des produits finis, c’est plutôt le système de production « low-tech », basé sur le partage, la collaboration et l’open-sourcing qui séduit les adeptes de ces solutions. « Les solutions low-tech sont souvent issues d’échanges et de confrontation entre des cultures très différentes. C’est ce modèle d’hybridation qui a un réel potentiel de généralisation », souligne Caroline Ailleret.

En ce qu’il met l’accent sur la nécessité d’une transition structurelle (à la fois écologique et dans les modèles de production), le mouvement « low-tech » illustre donc parfaitement le ton de l’époque. Il offre par ailleurs des pistes de transformation concrètes, à la fois pour les individus et les organisations.

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