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Starbucks accusé de faire campagne contre les syndicats avec de faux tweets

Le torchon brûle entre le PDG de Starbucks et ses salariés. En cause : de faux tweets rédigés par l’enseigne qui dévoilent sa nervosité face aux velléités syndicales de ses salariés.

« Starbucks a affiché en boutique des tracts anti-syndicats sur la base de faux tweets qui sont allégués. Nous ne les avons jamais postés », protestait le 13 avril 2022 sur son compte Twitter le syndicat Starbucks Workers United. « Voici l’astuce pour repérer la différence : nos tweets sont beaucoup moins chiants et récoltent bien plus de likes et de RTs » . L’organisation accuse le torréfacteur d’avoir falsifié les tweets cités dans des tracts distribués et affichés dans des magasins de l’enseigne aux États-Unis. Et effectivement ces tweets de la discorde affichent une même date et… n’ont aucun like ou RT quand les tweets de protestation à date (le 15 avril 2022, ndlr) ont été retweetés plus de 1 600 fois et likés à 5 840 reprises.

« Éduquez-vous avant de vous syndiquer »

« Comme tous les syndicats, Workers United est un business, un business de cotisations, de négociations et de grèves », explique le tract. L’entreprise va jusqu’à présenter le syndicat comme un système pyramidal, « dénonçant » le fait qu’un syndicat a pour vocation d’accroître le nombre de ses membres « payants ». « Si le syndicat a 20 « associés » (les salariés de Starbucks, ndlr) dans 100 magasins, les salariés auront contribué (en cotisations) à hauteur d’un million de dollars ». « Voter pour un syndicat est une décision importante qui peut impacter, vous, vos associés et votre magasin. Éduquez-vous avant de prendre une telle décision. » Outre ces tracts, l’enseigne a conçu un site One.starbucks.com, un véritable manifeste de l’entreprise contre les syndicats.

Ces tracts – et cette campagne anti-syndicats – s’inscrivent dans un long bras de fer entre associations de salariés qui souhaitent se syndicaliser et le nouveau président par intérim de la chaîne, Howard Schultz. Ce dernier a fait de Starbucks, alors un torréfacteur de café de Seattle qui se déployait sur quatre points de vente, le géant que l’on connaît. L’histoire entre l’entrepreneur et l’enseigne est longue et tumultueuse. Il la rejoint en tant que directeur marketing, a une révélation en Italie – il faut vendre du café très cher – quitte l’entreprise pour lancer son commerce. Quelques années plus tard, il rachète Starbucks. La suite, on la connaît. Enfin, on la connaît… Howard Schultz avait gardé ses parts d’actionnaire principal mais s’était retiré de la présidence en 2018. 

Il est sorti de sa réserve et en a repris la présidence début avril. La faute à la multiplication d’unions de travailleurs au sein de l’entreprise (on en comptait mi-avril 2022 une vingtaine)… et à une bonne douzaine de plaintes auprès des prudhommes locaux, le National Labor Relations Board pour attitude discriminatoire envers le staff syndiqué. Howard Schultz reprend donc la barre. L’entrepreneur exerce un management à l’ancienne : contre les velléités de se syndiquer, une recette : quelques avantages sociaux ça et là, un discours progressiste, des licenciements et de sombres histoires de pétitions internes lancées pour dissoudre toute tentative d’organisation des salariés. 

Travailleurs versus consultants

Dans la bataille classique aux États-Unis, des salariés qui souhaitent syndiquer leur lieu de travail et les consultants embauchés par les entreprises pour saper cet élan, la balance penche désormais du côté des employés, commente dans les colonnes de The Guardian le professeur spécialisé du travail, John Logan. « Les travailleurs, et a fortiori, les plus jeunes, n’hésitent plus à parler, ils ont recours aux réseaux sociaux pour déjouer les manœuvres des consultants. » L’explication est aussi à chercher dans le taux très bas de chômage aux États-Unis. Ainsi s’ils se font remercier, ils retrouveront un travail. La Grande Démission a donc un autre effet : les « cols bleus » sont mieux armés pour se défendre… et plus conscients de leurs conditions de travail. 

Le syndicalisme aux États-Unis souffrait d’un long déclin. Un sondage de Gallup révélait en septembre 2021 que 68 % des Américains sont favorables aux syndicats. Le cas Starbucks marque l’éveil d’un nouveau syndicalisme, qui fait écho à la bataille d’employés d’Amazon qui ont obtenu pour la première fois début avril 2022 le droit d’avoir leur syndicat sur le sol américain

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